Par Ashish Kumar Sen
The Washington Times, 23 janvier – Des opposants iraniens dans un camp au nord de Bagdad affirment que le gouvernement irakien prépare un «camp de concentration» dans lequel ils doivent être réinstallés selon un plan négocié par l’ONU.
Le camp Liberty, une ancienne base militaire américaine près de l’aéroport international de Bagdad, a été choisi comme foyer temporaire pour plus de 3000 résidents d’Achraf – anciens combattants de la Résistance iranienne réfugiés en Irak depuis 1986.
Mais le camp a été réduit à une fraction de sa taille originale, est entouré de hauts murs de béton et contrôlé par des caméras de surveillance et la police – tout cela en violation de l’accord que l’ONU a passé avec le gouvernement irakien, a déclaré Shahriar Kia, un porte-parole du camp d’Achraf.
« Non seulement c’est clairement un camp de concentration, mais c’est aussi une prison », a-t-il déclaré dans un entretien téléphonique.
Radhia Achouri, porte-parole de la Mission d’assistance des Nations unies pour l’Irak (MANUI), a déclaré au Washington Times que le camp Liberty ne répondait pas aux normes de l’ONU.
«Le gouvernement irakien doit encore terminer la préparation du camp Liberté pour le mettre en conformité avec les critères internationaux humanitaires spécifiés dans [l’accord de l’ONU]», a-t-elle dit dans une réponse par courriel aux questions du Times.
Mme Achouri a déclaré que les résidents du camp d’Achraf se déplaceront vers le camp Liberty seulement une fois que « l’ONU sera satisfaite, après vérification du camp, du fait que les critères humanitaires sont remplis. »
Le gouvernement irakien avait fixé une date butoir le 31 décembre pour fermer le camp d’Achraf. Le mois dernier, il a accepté de prolonger le délai jusqu’à la fin du mois d’avril, époque à laquelle il veut que tous les résidents du camp d’Achraf aient quitté l’Irak.
En décembre, Martin Kobler, le représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU pour l’Irak, a passé l’accord avec le gouvernement irakien de déplacer les résidents d’Achraf vers le Camp Liberty. La direction du mouvement de résistance, connu sous le nom des Moudjahidine du peuple (OMPI), a accepté de déplacer 400 habitants en geste de bonne volonté.
Le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki accuse l’OMPI d’être un groupe terroriste et veut fermer le camp. Le Département d’Etat américain a désigné l’OMPI comme une organisation terroriste en 1997, mais les forces américaines ont désarmé de la résistance en 2003 après avoir envahi l’Irak pour renverser le dictateur Saddam Hussein.
Ces deux dernières semaines, les exilés iraniens ont été la cible d’attaques à la roquette sur le camp d’Achraf. Le gouvernement irakien a également annoncé des mandats d’arrêt pour 126 habitants.
Les critiques de M. al-Maliki, dont le Vice-premier ministre irakien Saleh al-Mutlaq, accusent le premier ministre d’agir à la demande du régime chiite iranien qui poursuit la résistance depuis des décennies.
« Le transfert [des exilés iraniens] du camp d’Achraf est purement une décision iranienne », a déclaré M. Mutlaq dans un entretien téléphonique.
« Il n’y a aucune raison de les transporter dans un autre endroit en Irak quand nous cherchons à les envoyer vers d’autres pays. Cela n’a pas de sens. Nous avons honte qu’ils souffrent dans notre pays », a-t-il ajouté.
Les porte-parole du gouvernement irakien n’ont pas répondu aux appels téléphoniques ni aux demandes par email du Washington Times pour un commentaire.
Selon l’accord de l’ONU, l’agence des réfugiés des Nations unies permettra de déterminer le statut de réfugié des opposants après leur déplacement au camp Liberty dans une première étape nécessaire à leur réinstallation en dehors de l’Irak.
L’accord pourrait éviter le massacre – que redoutent les exilés et leurs partisans – perpétré par l’armée irakienne et la police si elles essayaient de fermer le camp par la force.
M. Kia a déclaré que les résidents du camp d’Achraf n’ont pas été autorisés à visiter le camp Liberty, mais ont reçu des informations grâce à des sources à l’intérieur de l’Iran.
Alors que le gouvernement irakien est seul responsable de la sûreté et de la sécurité des opposants iraniens, il a accepté que des observateurs de l’ONU s »installent au camp Liberty.
Des responsables de l’ONU ont visité le camp Liberty régulièrement. Ils étaient accompagnés par des fonctionnaires de l’ambassade américaine lors d’une visite récente.
L’administration Obama soutient l’effort mené par l’ONU.
«Nous sommes étroitement engagée avec l’ONU et le gouvernement irakien, qui travaillent pour s’assurer que les conditions de l’ancien camp Liberty soient conformes aux normes humanitaires internationales », a déclaré Noel Clay, un porte-parole du Département d’Etat.
Il dit que les Etats-Unis veulent « une solution sécurisée et humaine à l’impasse du camp d’Achraf ».
« Notre intérêt est humanitaire et indépendant de notre point de vue sur le passé de l’OMPI», a-t-il ajouté (…)
Les résidents du camp d’Achraf ont rendu leurs armes en 2003 dans le cadre d’un accord de cessez-le-feu avec les forces américaines. Le Département d’Etat est en train de réviser l’inscription de l’OMPI sur la liste des organisations terroristes. L’Union européenne a radié le groupe de sa liste noire du terrorisme en 2009.
M. Kia, porte-parole du camp d’Achraf, a déclaré que les résidents n’ont pas changé d’avis sur le déplacement vers le camp Liberty, mais veulent d’abord des assurances écrites des Nations Unies comme quoi toutes les conditions humanitaires ont été respectées dans le nouveau camp.
Mme Achouri, porte-parole de l’ONU à Bagdad, a déclaré que l’Organisation des Nations Unies a exhorté le gouvernement irakien à répondre aux demandes des résidents du camp d’Achraf pour plus d’espace au camp Liberty et les autres demandes, comme de permettre aux exilés d’emporter leurs véhicules dans ce qui sera leur nouveau foyer.

