samedi, février 4, 2023
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Bernard Kouchner : La justice internationale doit se saisir du dossier de l’ignoble massacre de 88 en Iran

Bernard Kouchner : La justice internationale doit se saisir du dossier de l’ignoble massacre de 88 en Iran

L’ancien ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, participait le 28 novembre à une exposition sur « le massacre des prisons » en Iran, organisée à la mairie du 5 e arr. de Paris. Sous les auspices de la maire Florence Berthout, l’évènement comportait une conférence intitulée « massacre de milliers de prisonniers politique en Iran en 1988 – Droit à la vérité pour les familles des victimes ».

De nombreux orateurs, dont l’ancien Premier ministre algérien, Sid Ahmed Ghozali, l’ancienne secrétaire d’Etat chargée des affaires étrangères et des droits de l’homme, Rama Yade, Ingrid Betancourt, l’avocat William Bourdon, le juriste-expert Tahar Boumedra, ancien haut fonctionnaire de l’ONU, sont intervenus pour demander la constitution d’une commission d’enquête internationale sur les exécutions extrajudiciaires de 30 000 prisonniers politiques. La Présidente élue du Conseil National de la Résistance Iranienne (CNRI), Maryam Radjavi, s’est adressée à la conférence à travers un message vidéo pour soutenir cette initiative.

Le grand défenseur des droits de l’homme et cofondateur de Médecins sans frontières, a déclaré dans son intervention :

« Je pense que la mémoire et l’objectif poursuivi exige que nous soyons encore là et que nous puissions convaincre, une par une, toutes les personnes que nous pouvons rencontrer. Car plus la pression sera grande, plus l’opinion publique bougera, plus cet ignoble crime sera possiblement reconnu par les instances internationales.

Ce que nous souhaitons, c’est qu’il y ait une enquête particulière des Nations Unis. Madame Radjavi vient de rappeler un certain nombre de choses à ce sujet. Dans la récente déclaration du Secrétaire général des Nations Unies, en date du 31 octobre, il a qualifié l’exécution des trente mille personnes de crime contre l’humanité.

A l’époque, en 88, la notion même de « crime contre l’humanité » était un peu floue. Et puis les tribunaux internationaux étaient balbutiants, il n’y avait pas véritablement de justice internationale vers qui se tourner. Vous savez l’histoire est sans mémoire. Il faut répéter. Même les crimes les plus ignobles habituent à l’oubli.

Alors n’oublions pas comment ça s’est passé. D’abord il y avait eu l’arrivée de Monsieur Khomeiny, c’était 1979, il y a longtemps déjà. Je me souviens son accueil en France et de la générosité dont nous avons témoigné. Nous n’avions pas exactement compris ce qu’il représentait de haine et de barbarie. Et puis il y a eu la guerre Iran/Irak, 80-88. En 88, après la guerre, après une espèce d’équilibre sur les fronts, Khomeiny a voulu marquer sa détermination à sa population mécontente du régime. Les fronts n’avaient pas bougé, mais il y a eu quand même plus d’un million de morts des deux côtés. Alors Khomeiny – qui parlait au nom de Dieu – a prononcé une fatwa au nom de Dieu. L’homme est assez prétentieux. Je ne sais pas s’il avait des contacts directs lui aussi, mais la fatwa a été prononcée pour la mise à la mort de trente mille personnes sur des mois et des mois. Ça ne s’est pas fait du jour au lendemain, il y a eu quelques hésitations à peine.

Ce qui est formidable dans cette affaire, ce qui atteint un sommet de la barbarie, c’est que l’immense majorité des trente mille victimes étaient déjà en prison. Et certains allaient être libérés, certains avaient accompli leur peine. Alors on est allé les chercher et il y a eu des commissions de la mort ! Les commissions de la mort en général ils étaient cinq et ils prononçaient oui ou non. Beaucoup plus de oui que de non. Suivant la réponse qu’on apportait à la question « est-ce que vous êtes en accord avec la politique des Moudjahidine du Peuple ? », si on répondait oui, on était fusillé immédiatement. On répondait non, on était fusillé un peu plus tard. C’est un des crimes les plus effroyables qu’on puisse faire. Décider ça… c’est d’une particulière pathologie intellectuelle.

Il y a un homme qui faisait partie de cette commission de la mort et qui est maintenant ministre de la justice. Cette crapule s’appelle Alireza Ava’i et il est ministre de la justice en Iran dans le gouvernement de Monsieur Rohani, dont on dit qu’il a tellement changé par rapport au gouvernement précédent ! Qu’il est beaucoup plus sympathique et beaucoup plus doux… Voilà ce sont les mêmes !

Il y a toute une liste invraisemblable, il faut que vous vous procuriez ce livre. Il répertorie les individus qui ont été les complices de l’assassinat de ces trente mille personnes et qui sont toujours dans les rouages de l’Etat iranien à des postes élevés.

Et puis il y a quelque chose que je veux également souligner, c’est que le numéro deux de cette époque, l’ayatollah Montazeri, s’est immédiatement indigné de la fatwa. Il s’est immédiatement indigné de l’exécution décidée d’avance, quelles que soient les allégations. Et il a écrit très clairement au Guide qu’il ne pouvait pas supporter ça. Et son fils a très récemment fait passer des documents enregistrés pour illustrer la ténacité et le courage de son père de s’être prononcé contre ces exécutions. Ça nous met un peu de baume dans le cœur.

Donc maintenant qu’est-ce qu’on peut faire ? Je crois que l’alerte – ce qui s’est passé aux Nations Unies et l’insistance du secrétaire général Guterres – font que le moment est venu de publier le plus possible, de signer le plus possible pour que la commission des droits de l’homme des Nations Unies à Genève soit saisie. Il faut remuer une par une les personnes qui ont une petite influence et c’est pour ça que dans sa très belle salle – je remercie une fois de plus Madame le maire Florence Berthout, nous pouvons exiger qu’il y ait une enquête pour que ces victimes soient reconnues comme étant des victimes de la barbarie et de la théocratie.

Au moment où s’ouvre au commerce international le territoire iranien, c’est le moment qu’on exige une fois de plus que notre mémoire revienne, que l’on s’en souvienne, que l’on apprenne combien cet homme à qui nous avions donné l’asile a été l’exemple même du raffinement dans la cruauté… de la trahison politique que représente un tel geste… aller chercher en prison les gens qui purgeaient leurs peines.

Pour qu’en passant dans cette salle on se dise qu’on n’a pas fait assez, en contemplant leurs photos. Il faut qu’on puisse faire bouger un peu la république. Mais regardez, Ratko Mladic vient d’être condamné. Un tribunal spécial pour les crimes commis en Yougoslavie l’a condamné 22 ans après. Donc on peut encore exiger que la justice internationale se saisisse du dossier iranien, que ce ne soit pas seulement les dictateurs africains qui en pâtissent, mais bien d’autres.

Je serai heureux parce que nous aurons fait avancer les choses et permis que la justice passe, non seulement pour rendre hommage aux victimes mais aussi pour que leurs familles puissent un peu respirer en paix. Merci.

 

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