mercredi, décembre 7, 2022
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Avec l’exemple de l’Iran nous sommes au comble de la monstruosité – Me Henri Leclerc – vidéo

Avec l’exemple de l'Iran nous sommes au comble de la monstruosité - Me Henri Leclerc

« Prenant l’exemple de l’Iran, je continue à affirmer que nous sommes là au comble de la monstruosité », a déclaré Me Henri Leclerc, président d’honneur de la Ligue des droits de l’homme à l’occasion de la Journée mondiale contre la peine de mort, le 10 octobre.

A cette conférence intitulée « Iran : droits de l’homme, stopper les exécutions », tenue à l’invitation du Comité de soutien aux droits de l’homme en Iran (CSDHI), d’autres personnalités sont également intervenues, notamment Maryam Radjavi (Présidente-élue du CNRI), Phumla Mandela (fille de Nelson Mandela), Mgr Jacques Gaillot, Rama Yade (ancienne secrétaire d’État chargée aux Droits de l’homme), Gilbert Mitterrand (Président de la Fondation France Liberté-Danielle Mitterrand), Patrick Baudouin (Président d’honneur de la FIDH), Tahar Boumedra (ancien directeur du bureau des droits humains de l’ONU en Irak), François Colcombet (co-fondateur du syndicat de la Magistrature), Jean-François Legaret (maire du 1er ardt de Paris), Jean-Pierre Brard (ancien député-maire).

Dans son intervention, le grand avocat des droits de l’homme a déclaré : « Chers amis, je suis venu ici comme ami de la Résistance iranienne de longue date. Mais je suis venu encore plus, comme militant depuis 60 ans de l’abrogation de la peine de mort dans le monde. J’ai lutté pendant 60 ans sans cesse. D’abord jusqu’à ces jours merveilleux de 1981 dont parlait Gilbert Mitterrand, de ce moment où nous entendîmes le discours de Robert Badinter le 17 septembre 1981. Puis le vote de l’Assemblée nationale à une écrasante majorité le 18 septembre. Puis le vote aussi du sénat, conservateur, le 30 septembre. Et ensuite l’adoption définitive le 9 octobre : la peine de mort était enfin abrogée en France !

Nous savons que c’était un combat difficile, parce que la volonté de tuer, de répondre toujours par le meurtre, est au cœur de l’homme. Cette idée absurde qu’il faut pour créer les droits de l’homme, commencer par tuer ceux qui les nient, était une absurdité. Oui nous avons payé cher en France cette conception, lorsqu’en 1791, au moment de la grande Révolution française, quand le moment fut venu d’abroger la peine de mort, Robespierre fit un discours magnifique pour dire que c’était une abomination. Mais deux ans après, il disait : oui, mais il faut faire une exception, il faut qu’on tue le roi, parce qu’il est coupable d’être roi !

Et après, derrière cette exception, on décida d’abroger la peine de mort une fois que la révolution serait terminée. Et on les tua tous: Vergniaud, Danton et on tua Robespierre lui-même. Puis on arriva à Napoléon…

Voyez, il n’y a pas d’exception à la nécessité de ne pas tuer. « Tuer lorsque c’est le fait de l’Etat est un crime monstrueux, plus grave que le meurtre lui-même », disait Dostoïevski.

Oui, parce que nous savons bien que nous ne pouvions nous contenter de proclamer cette nécessité pour nous même. Nous l’avons fait, c’est bien, mais maintenant il faut que cette abrogation de la peine de mort soit universelle. Je parle pour l’Iran, mais je parle pour tous. Il faut qu’elle soit universelle.

Comme c’est l’anniversaire de l’abrogation de la peine de mort ces jours ci, je fais de nombreuses interventions. Prenant l’exemple de l’Iran, je continue à affirmer que nous sommes là au comble de la monstruosité ! On ne peut pas négocier sur cela ! Et pas seulement parce que c’est l’Iran et que les droits de l’homme y sont violés, mais parce que c’est une exigence universelle. Oui !

Ah, j’ai vu dans les réunions, lorsque je parlais plus longuement de l’Iran, certains se lever et me dire : « mais c’est pire en Chine, ah, mais c’est pire en Arabie Saoudite ! » On ne va pas faire cette compétition pour savoir qui est le plus martyrisé. Mais je crois que l’Iran tient sa place. Et les autres aussi.

Les pendus de Téhéran
Et bien nous n’avons pas le droit d’accepter, pour sauver le marché chinois, ou pour sauver le pétrole arabe ou pour sauver les relations diplomatiques avec l’Iran, de négliger les pendus de Téhéran ! Cette exigence est absolue !

Quand on pense à ceux qui aujourd’hui pourrissent dans les couloirs de la mort, cette horrible attente de la mort dont parla si bien Victor Hugo dans le livre « Le dernier jour d’un condamné», et aussi Dostoïevski dans « L’idiot ». Cette attente de la mort du condamné qui attend des mois et des mois…

Alors je le dis : nous sommes pour l’éradication de la peine de mort en Iran, en Arabie et en Chine. Mais comment, nous, républicains et démocrates, ne dirions pas à nos frères américains, à nos amis démocrates aussi, qu’ils commettent une erreur majeure. Et je n’exclus pas non plus ceux qui attendent et pourrissent aujourd’hui dans les couloirs de la mort américains. Et je dis aux américains : allez, arrêtez-vous aussi si vous voulez donner au monde une leçon de démocratie, arrêtez-vous aussi de condamner des gens à mort ! Vous n’en exécutez que 60 par an, mais que m’importe, quand bien même en exécuteriez-vous un, que cela serait inadmissible.

Et Madame la présidente, s’il y a quelque chose qui me fait dire que je suis proche de la Résistance iranienne, c’est cette décision que vous avez prise, de dire que si vous arriviez au pouvoir, la peine de mort serait abrogée. Que le vieux militant des droits de l’homme que je suis puisse vous dire le désarroi qui est le nôtre lorsqu’après avoir arraché de la mort des gens qui souffraient dans certains pays, les voir arriver au pouvoir et eux-mêmes condamner à mort leurs adversaires. Nous ne l’avons pas supporté.

Il est évident que lorsque vous dites que ceux qui ont commis les crimes seront déférés devant les juridictions internationales, vous dites ce qu’il faut dire. Parce que vous le savez, la cour pénale internationale ne connait pas la peine capitale. Mais qu’il faille les juger, oui, mais pas les condamner à mort.

Lorsqu’au Mexique, à la fin du 19e siècle, un empereur fantoche nommé Maximilien, qui avait été mis au pouvoir par Napoléon, fut vaincu par les forces démocratiques et révolutionnaires mexicaines dirigées par un certain Juarez, Victor Hugo alors en exil à Jersey – justement parce qu’il combattait Napoléon III – écrivit à Juarez pour lui dire : « N’exécutez pas cet homme, vous avez montré la puissance de la démocratie sur la monarchie en la battant, mais maintenant montrez-en la beauté ! Votre première victoire en écrasant l’usurpation était superbe ; votre deuxième, épargner l’usurpateur, sera sublime ! »

Eh bien je dis que cela, lorsque c’est inscrit dans le programme de ceux qui veulent renverser les assassins (iraniens), lorsqu’il est inscrit que demain ils ne les tueront pas au nom de leurs principes, qu’ils ne tueront plus personne : cela est nouveau. Je dis qu’il y a là quelque chose d’essentiel.

Et je dis aux gouvernements occidentaux, et au gouvernement français, à mon gouvernement, que je ne veux pas entrer dans les problèmes diplomatiques, je m’occupe des droits de l’homme, je leurs dis simplement : il n’est pas possible que vous vous taisiez et que vous-vous réjouissiez aujourd’hui que des hommes d’affaires aillent à Téhéran en se moquant des pendus qu’ils rencontrent. Je dis qu’il n’est pas possible de dire aujourd’hui que tout est normal, que tout doit s’apaiser simplement, pour un accord diplomatique et économique.

Ah ! L’accord économique, vous connaissez bien vous (Mme Radjavi). Vous vous souvenez de ce jour de 2003, où après un accord diplomatique avec l’Iran, les policiers déboulèrent à Auvers-Sur-Oise. Et bien, au nom de cet intérêt économique va-t-on laisser les hommes, les femmes et les enfants pourrirent dans les couloirs de la mort ? Et attendre ce moment où on va les pendre ? Va-t-on laisser faire cela sans le dire, nous la France ? Nous qui portons le message des droits de l’homme à travers le monde ?

J’interpelle à ce sujet ceux qui nous gouvernent : dites au moins quelque chose ! Ce n’est pas possible de considérer que c’est « normal ». Oui, je demande effectivement qu’on agisse. Parce que cette revendication, elle n’est pas seulement au nom de la liberté nécessaire en Iran, elle est au nom des droits de l’homme dans le monde et de l’exigence de l’abolition totale et universelle de la peine de mort. »

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