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Ashraf: se battre contre le silence

Par ingrid betancourt

Tribune de Genève – 03.02.2012 -Le 27 avril dernier, Elie Wiesel, Prix Nobel de la paix, s’exclamait au sujet d’Ashraf: «Je n’arrive pas à comprendre comment le monde peut être encore dans l’ignorance de ce qui se passe là-bas.»

L’histoire est simple et douloureuse. Au lendemain de la révolution khomeyniste en Iran, et face à l’arbitraire qui tombe soudain comme une chape de plomb sur leur pays, un groupe d’opposants, hommes et femmes musulmans, passent subrepticement la frontière et obtiennent asile chez leur voisin irakien. Cette organisation, structurée en corps militaire et constituée en parti politique, «les Moudjahidines du peuple», construit le camp d’Ashraf et s’y installe.Personne ne pouvait prévoir qu’après la chute de la dictature de Saddam Hussein, le gouvernement irakien nouvellement élu deviendrait l’allié inconditionnel du régime intégriste iranien. Un plan pour exterminer les résistants iraniens du camp d’Ashraf est alors concocté.

 Le 8 avril dernier, l’armée irakienne entre dans le camp et ouvre le feu sur des femmes et des hommes sans défense. A la quarantaine de morts que laisse l’opération, s’ajoutent les centaines de blessés que le gouvernement irakien refuse de soigner en interdisant l’entrée de tout secours médical. Le président irakien Nouri al-Maliki lance un ultimatum: les 3400 hommes et femmes d’Ashraf doivent démanteler le camp avant le 31 décembre 2011 et quitter l’Irak. Eux sont prêts à partir sur-le-champ: l’ONU leur a reconnu le statut de demandeur d’asile et l’Union européenne a mis sur place un plan pour les accueillir. Mais pour ce faire, il est nécessaire que l’Agence des Nations Unis puisse interviewer chacune des personnes qui se trouvent dans le camp et constituer les dossiers qui leur permettront de trouver un pays d’asile.

Cela fait six mois que le gouvernement irakien empêche l’ONU de faire son travail. L’entrée des fonctionnaires de l’UNHRC a été interdite, mais l’ultimatum a été maintenu. Nouri al-Maliki veut faire croire à une impasse diplomatique pour justifier une action de force qui lui permettra d’évacuer les 3400 résistants iraniens par la force pour les remettre entre les mains du régime de Téhéran. Il s’agit bien de la chronique d’un massacre annoncé. Comme celui de 1988, quand le régime a assassiné 30 000 prisonniers politiques accusés d’être contre Khomeiny. Où étions-nous alors? Où étions-nous pour n’avoir pas réagi?

Les gouvernements connaissent le cas d’Ashraf et l’ultimatum d’al-Maliki. Les Etats-Unis, L’ONU, l’Union européenne ont été avertis. Le monde ne peut plus prétendre qu’il ignore, même si tout est mis en place pour que personne ne parle plus d’Ashraf.

Dénoncer le plan macabre d’extermination contre les refugies d’Ashraf c’est, pour reprendre les mots de Patrick Kennedy, comprendre que la défense de notre liberté à nous est liée à la défense de leur liberté à eux. Refuser le silence, c’est préserver notre droit à vivre libres.

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