Irak / Longtemps hébergés hors d’Iran, les Moudjahidines du Peuple craignent d’être extradés vers Téhéran et liquidés
Par Alain Lallemand
Le Soir (Belgique), 4 août – Les forces de police irakiennes continuent le mouvement de répression inattendu entamé fin juillet contre le camp de l’Organisation des Moudjahidines du Peuple d’Iran(OMPI), principal mouvement d’opposition iranien basé à Camp Ashraf, à une centaine de kilomètres au nord-est de Bagdad. Pour rappel, de neuf à treize personnes de nationalité iranienne auraient trouvé la mort, et près de 400 – « environ 500 », selon « Les Amis d’un Iran Libre » – auraient été blessées. La presse internationale a été dans l’incapacité de couvrir normalement les opérations de prise de contrôle militaire et policière de cette ville.
Mais c’est désormais le sort de 36 « disparus » ou « kidnappés » qui inquiètent les opposants iraniens basés en Irak : depuis dimanche, l’OMPI s’inquiète du sort de « 32 (+4) otages transférés de force à fin d’interrogatoire, de procès, de meurtre ou d’extradition ». Les Moudjahidines parlent délibérément d’« otages » et de « kidnapping » car les fondements légaux de l’arrestation, de la détention et de l’interrogatoire de ces 36 Iraniens sont contestés.
La police de la province de Diyala a effectivement confirmé dimanche l’arrestation à Ashraf de « 35 personnes », conduites « à Bagdad pour interrogatoire ». Mais les Moudjahidines craignent des faits de torture, un mauvais traitement des détenus déjà blessés lors de la prise d’Ashraf, voire pire : leur mise à mort ou, en tout cas, l’extradition vers l’Iran – telle que l’a déjà demandé le politicien chiite irakien Ammar al-Hakim, vice-président du Conseil islamique suprême d’Irak (SIIC). Le SIIC, dont le bras armé a toujours bénéficié de l’aide de l’Iran, est un paravent des intérêts de Téhéran en Irak, et Ammar al-Hakim, bien que né à Nadjaf, a été formé dans la ville religieuse iranienne de Qom. Bref, être détenu aujourd’hui en Irak, aux mains d’un pouvoir chiite, est presqu’aussi inquiétant qu’être détenu en Iran.
Initiatives belges
En Belgique, la « résistance » prend diverses formes. Le sénateur Dirk Claes (CD&V) a lancé un appel au gouvernement belge pour qu’il s’empare du dossier, ce qui a été fait dans une certaine mesure : tout en prenant garde de ne pas déforcer le gouvernement irakien, responsable de la sécurité sur son territoire, le directeur général des Affaires étrangères a interrogé l’ambassadeur d’Irak à Bruxelles afin de recueillir de plus amples informations. De l’autre côté de la frontière linguistique, une autre intervention politique belge, discrète, a été effectuée en direction du Département d’Etat américain : celui-ci confirmerait avoir reçu d’Irak la garantie que les Moudjahidines seraient traités humainement et ne seraient pas relogés en un lieu où ils devraient craindre des persécutions.
Si les imams de nombreuses villes d’Iran se sont réjouis vendredi des événements survenus à Ashraf, il n’est pas certain que l’Iran soit le seul pays à tirer parti du « nettoyage » d’Ashraf. Un familier du dossier relève que, lors du déclenchement de l’opération, le Premier ministre d’Irak Nouri al-Maliki se trouvait à Washington. Et que le ministre américain de la Défense Robert Gates se trouvait en Irak. Le havre irakien des Moudjahidines du Peuple aurait-il été sacrifié en gage de bonne volonté des… Américains dans leur volonté de dialogue avec le régime iranien ? Ce n’est qu’une hypothèse.

