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Achraf, le test décisif pour nos valeurs démocratiques

LONDON, 15 février 2012 – (UPI) Le problème fastidieux de l’Iran constitue la question la plus difficile, la plus complexe et sans doute pour les nombreuses années à avenir la plus conséquente en sécurité régionale que le monde affronte aujourd’hui.
En quête d’une solution durable à la crise iranienne et au désir de Téhéran d’acquérir l’armement nucléaire, les ennemis des mollahs pourraient et devraient être partie intégrante.

J’étais heureuse de voir cette question soulevée dans une conférence transatlantique à Paris le 11 février. Des dizaines de dignitaires des États-Unis et de l’Europe ont dit à des milliers d’expatriés iraniens que l’approche de l’Occident à l’égard des résidents du camp d’Achraf serait un bon baromètre de son approche à l’égard du régime iranien et de ses opposants.
Le camp d’Achraf, tout juste au nord de Bagdad, est le lieu de résidence de 3400 hommes et femmes, membres de l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran, le principal mouvement d’opposition iranien, depuis près de 26 ans.
Ces dernières années, ils ont subi un siège permanent, entourés de gardes irakiens porte-flingues, de fils barbelés et de haut-parleurs pour leur torture psychologique qui leur rappelle périodiquement combien tout simplement leur situation est précaire. Ceux qui ont besoin de soins médicaux, ceux qui souffrent d’un cancer ont été empêchés de sortir du camp.
Leurs gardiens, les Irakiens, ont même arrêté l’entrée d’approvisionnements élémentaires tels que le combustible de chauffage.
À deux reprises, sur injonction du régime clérical en Iran, les troupes irakiennes ont attaqué le camp d’Achraf avec une intention meurtrière et avec des armes fournies par l’armée américaine. Près de 50 civils sans armes ont été tués ; certains par balles, d’autres écrasés sous des véhicules militaires. Des centaines ont été blessés.
En décembre 2011, ils se trouvaient face à un délai imposé par Nouri al-Maliki, le premier ministre irakien et allié proche du régime iranien. Le camp d’Achraf serait fermé avant le nouvel an, avait-t-il déclaré aux médias. Tous les résidents seraient dispersés en petits groupes. Étant donné que ces personnes sont membres de l’OMPI, vous pouvez imaginer quel sort Maliki leur avait réservé. Ils n’auraient même pas eu l’assurance d’avoir le droit de mourir auprès des personnes qu’ils aimaient.
Le délai a été repoussé, mais il n’a été remplacé que par un autre au sort tout aussi dangereux. Les résidents du camp d’Achraf doivent maintenant être déplacés et transférés au camp Liberty, une ancienne base militaire américaine dans la capitale irakienne.
Comme c’est brutalement ironique que ce nouveau camp de concentration porte le nom de « Liberty ».
Les 3400 résidents y logeront dans ce qui ne peut être décrit que comme des boxes de veaux, dans une zone de pas plus d’un demi km². Martin Kobler, le représentant spécial de l’ONU pour l’Irak, a avoué aux résidents d’Achraf que les structures médicales leur seront toujours refusées. Il n’y aura pas moyen de soigner les invalides et nulle part pour s’occuper des blessés. Il n’y a pas même d’eau potable !
Leurs instructions stipulent que les résidents peuvent seulement prendre des « biens personnels » avec eux – en gros autant qu’ils peuvent porter. Les véhicules et les autres biens pour lesquels ils ont travaillé dur ces dernières 30 années à Achraf devront être abandonnés.
Le gouvernement irakien a désigné le camp Liberty comme étant « un lieu de transfert temporaire ». C’est parce qu’il ne répond pas aux normes requises pour un camp de réfugiés.
Une fois à l’intérieur du camp Liberty, des murs de 4 mètres de haut les enfermeront et ils seront sans aucun doute oubliés. Ils n’auront aucun moyen de contacter les observateurs de l’ONU autre que par téléphone, lequel sera déconnecté par les Irakiens à leur gré.
On prendra leurs empreintes digitales à leur arrivée, comme s’ils étaient des prisonniers de guerre. Un rapport dit que les gardes irakiens, peut-être même les mêmes gardes qui ont tué leurs amis et parents, seront stationnés à l’intérieur du camp.
Tout cela a été ignoré et d’une certaine manière autorisé par la Mission d’Assistance des Nations Unies pour l’Irak (MANUI), qui semble avoir abandonné son rôle de protecteur de l’opprimé. La dernière déclaration officielle de l’ONU disant que le camp Liberty convient à cet objectif est en contradiction flagrante de toutes les preuves réunies jusqu’à présent.
Si tel est le cas, pourquoi alors le gouvernement irakien ne laisse pas les représentants d’Achraf mener des inspections ? Les Nations Unies tiennent-elles tellement à apaiser le régime de Téhéran qu’elles sont prêtes à sacrifier plus de 3000 personnes sur l’autel de l’opportunisme ?
Achraf ne constitue bien sûr qu’un élément dans un jeu de pouvoir beaucoup plus grand. C’est toutefois un élément important, en réalité un élément très révélateur.
Dans la mesure où le régime clérical, le peuple iranien et la communauté internationale observent, l’Occident et les Nations Unies devraient faire ce qu’il faut en protégeant les droits des résidents d’Achraf en se fondant sur le droit international relatif aux droits de l’homme et ainsi envoyer un message de fermeté aux dirigeants iraniens. Rien de moins que cela serait honteux et constituerait une énorme erreur politique à un moment si sensible.
Les Nations Unies et les États-Unis doivent s’assurer que les garanties minimales pour la protection et le bien-être des résidents d’Achraf sont pourvues. C’est essentiel pour eux comme pour le monde et c’est un test décisif de nos valeurs démocratiques.
La Baronne Muriel Turner de Camden était vice-présidente de la Chambre des Lords britannique jusqu’en 2008. elle est un membre éminent du Comité Parlementaire Britannique pour un Iran Libre.