samedi, décembre 10, 2022
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Achraf: 3.400 condamnés à mort

Le jeudi (Luxembourg), du 8.12 au 14.12 – Le 1er décembre, ses opposants iraniens ont manifesté devant le siège du Conseil européen à Bruxelles, demandant à la «baronne Ashton» de «condamner un déplacement forcé des résidents d’Ashraf qui va mener à un massacre» Pour faire plaisir à l’Iran, le gouvernement irakien compte, d’ici au 31 décembre, déloger les 3.400 opposants démocratiques au régime des mollahs du camp d’Achraf.

 Par DAVID BROMAN

6 septembre 1965, Téhéran. Trois intellectuels iraniens fraîchement sortis de l’Université de Téhéran fondent l’Organisation des moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI). S’inspirant d’une lecture attentive de Karl Marx et s’inscrivant dans la mouvance montante des «étudiants islamiques», ils façonneront en priorité une idéologie spécifique à l’opposition à laquelle ils se destinaient.

Adhérant à la très populaire Association des étudiants islamiques, l’organisation affichera clairement son objectif: détrôner le chah, et résister contre l’impérialisme américain en instaurant un régime démocratique, islamique et iranien… et y arriver par tous les moyens, y compris violents.

La machine répressive très performante du chah ne tardera pas à s’attaquer à ce groupe. Dès 1972, neuf cadres seront passés par les armes et deux seront condamnés à la prison à vie, de même qu’une série d’autres membres.

Juste avant la révolution qui renversera le chah, en 1979, les prisonniers politiques seront libérés et l’organisation s’unira aux autres révolutionnaires, notamment aux mollahs, qui finiront par prendre «définitivement» le pouvoir.

20 juin 1981, Téhéran. L’OMPI, en désaccord avec la tournure extrémiste et antidémocratique qu’a prise le régime islamiste, deviendra le principal groupe d’opposition aux mollahs en Iran. Déclarée hors la loi parceux-ci, elle entrera rapidement dans la clandestinité. L’inlassable persécution à mort de ses membres amènera l’organisation à s’établir de l’autre côté de la frontière, en Irak – Saddam Hussein sera plus qu’heureux d’accueillir les principaux opposants à l’Etat contre lequel il est en guerre. Le régime iranien, de son côté, parviendra à exploiter la politique d’apaisement adoptée par les démocraties occidentales à son égard et à convaincre celles-ci de faire inscrire l’OMPI sur la «liste noire» des organisations terroristes. Dans le monde fermé des Etats souverains,le terrorisme d’Etat est toujours plus légitime qu’un mouvement de libération…

En 1988, en l’espace de quelques mois, les mollahs exécuteront près de 30.000 prisonniers politiques suite à une «fatwa» prononcée par l’ayatollah Khomeini contre l’OMPI. Dans le sillage, des dizaines de milliers de personnes accusées d’être des membres ou des proches de membres de l’OMPI – y compris des jeunes enfants et des femmes enceintes – seront exécutées.

Mai 2003, Irak. Regroupés dans le camp d’Ashraf, dans une région désertique non loin de Bagdad et de l’Iran, suite à l’invasion américaine et à l’élimination du régimede Saddam Hussein, les opposants accepteront de remettre leurs armes à l’armée américaine en échange d’une protection officielle de celle-ci. Après avoir fait des enquêtes sur chaque habitant du camp, les Américains les reconnaîtront finalement, en juillet 2004, comme «personnes sous protection » dans le cadre de la quatrième Convention de Genève.

28 juillet 2009, Ashraf. Le gouvernement irakien, anticipant un retrait des Américains et ayant décidé de fermer le camp en un geste d’ouverture symbolique à l’égard du pressant voisin iranien, lancera une offensive contre les «personnes sous protection» désarmées d’Ashraf. L’opération se soldera par la mort de 11 résidents et fera plus de 450 blessés.

8 avril 2011, Ashraf. Toujours pour répondre aux exigences des mollahs iraniens, le gouvernement irakien de Nouri al-Maliki enverra en pleine nuit huit bataillons armés de mitrailleuses lourdes et assistés de nombreux snipers à l’assaut des 3.400 résidents du camp sans défense. L’attaque, qui durera une dizaine d’heures, fera 36 morts et 345 blessés. L’opération sera condamnée dans le monde entier. Un tribunal espagnol se chargera, dès juillet, d’enquêter sur le massacre pour identifier les éventuels crimes contre l’humanité dont seraient coupables des membres du gouvernement irakien, y compris al-Maliki.

Blocus médical et énergétique

Face à l’indignation croissante de la communauté internationale, le gouvernement irakien, considérant l’OMPI comme une organisation terroriste, et cherchant à satisfaire aux demandes toujours pressantes de son voisin islamiste, annoncera unilatéralement la fermeture définitive du camp d’Ashraf pour le 31 décembre 2011.

Entre-temps, le camp sera assiégé: les Irakiens, qui occupent dorénavant le tiers nord du camp, y appliquent un blocus médical et énergétique complet. Jour et nuit, des haut-parleurs placés autour du camp hurlent à tout rompre.
 
Cette annonce unilatérale de fermer le camp signifie ni plus ni moins le massacre, d’une façon ou d’une autre, de 3.400 opposants démocratiques à une dictature féroce. L’attaque irakienne serait en soi un massacre, vu que les résidents du camp n’auront d’autre choix que de résister, mais l’envoi des survivants en Iran le serait tout autant, de même que leur dispersion en Irak.

Un millier de résidents sont aussi en possession de passeports étrangers, principalement européens, ce qui devrait faciliter leur émigration en Europe. Plus de 100 résidents sont soit gravement malades soit gravement blessés et nécessitent des soins d’urgence.

Depuis 2009, l’organisation  n’est plus sur la liste noire européenne du terrorisme international. Et si elle figure encore sur la liste américaine, c’est toujours dans le cadre d’une approche géostratégique d’apaisement. Par ailleurs, la gestion de cette liste, qui a vu le maintien de Nelson Mandela pendant quinze ans après l’octroi de son prix Nobel, est vivement contestée aux Etats-Unis mêmes.

1er décembre 2011, Bruxelles. Face au massacre annoncé, un groupe de parlementaires européens, mené par l’Ecossais Struan Stevenson, a sommé l’Union européenne d’agir d’urgence pour faire annuler la date butoir du 31 décembre et pour accueillir des réfugiés.

Le Conseil Affaires étrangèresdu 1er décembre leur a répondu d’une manière devenue tristement habituelle pour cette Europe si fière pourtant de son prix Sakharov: «Le Conseil a discuté de la situation concernant le camp d’Ashraf, en Irak, suivant une mise à jour faite par le haut représentant sur les derniers développements.»

Une façon comme une autre de souhaiter une bonne et heureuse année aux morts en sursis qui vous saluent.

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