Par Alejo Vidal-Quadras
THE JORDAN TIMES – 1er février 2012 – Cela n’a été qu’une question de quelques semaines depuis le retrait des États-Unis d’Irak et déjà la situation des droits de l’homme a considérablement empiré.
Maintenant qu’il y a peu de contrainte sur le premier ministre irakien Nouri al-Maleki, l’optimisme qu’avaient apporté les Américains au pays s’éteint rapidement.
Il n’y a rien qui n’illustre mieux ce triste changement que le camp Liberty de Bagdad. Sous les Américains, il était un symbole d’émancipation. Il résumait la nouvelle aube tant désirée par tant d’Irakiens.
Sous Maliki, le nom du camp Liberty est devenu horriblement ironique. Plutôt qu’un synonyme pour liberté, il est devenu une prison.
C’est dans ce nouveau et dangereux camp Liberty que Maliki veut envoyer 3400 sympathisants de l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran (OMPI), le mouvement d’opposition le plus actif dans le temps et le mieux organisé contre le régime totalitaire en Iran. Près d’un millier d’entre eux sont des femmes.
Ces personnes vivent dans le camp d’Achraf, au nord de Bagdad, depuis des décennies. Elles ont fait d’Achraf leur foyer ; il ressemble davantage à une ville qu’à un camp. J’y suis allé en tant que chef d’une délégation du Parlement Européen en octobre 2008.
Maliki et ses hommes de main font ce que Téhéran dit contre ces opposants. Tenant à supprimer une menace potentielle, les mollahs ont donné des ordres à l’Irak pour se débarrasser des résidents d’Achraf par tous les moyens nécessaires. Les troupes irakiennes ont attaqué le camp d’Achraf à plus d’une occasion, tuant des dizaines de résidents. Une large campagne internationale en Europe et aux États-Unis a empêché un autre massacre fin 2011. au lieu donc d’un massacre collectif, les Irakiens projettent d’asphyxier la vie des résidents d’Achraf en les enfermant dans le camp Liberty et en se débarrassant des clefs.
En vertu de l’accord négocié par l’ONU, le camp Liberty était censé convenir à des milliers de personnes pour y vivre. Ce n’est cependant aujourd’hui rien d’autre qu’un parc à bestiaux, sans eau potable, ni électricité, ni place pour que des gens puissent vivre dans la dignité, ni permission de sortir du camp. Cela n’en fait rien d’autre qu’une prison.
Les Américains ont donné confirmation de l’état lamentable du camp Liberty. Le Général David Phillips, commandant de la police militaire américaine entre 2008 et 2011, a déclaré lors d’une conférence à Paris début janvier qu’il devait « évoquer des informations très perturbantes de la part de [ses] sources au sein du gouvernement irakien et du ministère de l’Intérieur ». Ces sources ont révélé que le camp Liberty a été « pillé, vandalisé et mis à sac ».
« Ces personnes vont vivre dans un km² », a déclaré Rudy Giuliani, ancien Maire de New York, lors de la même conférence.
Le gouvernement irakien a refusé d’autoriser quiconque parmi les résidents d’Achraf de se rendre sur place parce qu’il ne veut pas que les résidents voient à quel point les conditions de leur emprisonnement vont être terribles, a affirmé Giuliani.
« L’ONU n’a protesté contre rien de tout cela. C’est tout simplement honteux pour l’ONU de permettre que cela continue. C’est honteux pour l’ONU de se soumettre aux exigences du gouvernement irakien et en fin de compte de fermer ses yeux sur le fait qu’en réalité, ce qu’elle fait, c’est se soumettre aux exigences du régime iranien. », a-t-il dit.
Les dirigeants d’Achraf courent le risque réel d’être séparés des autres résidents et transférés vers une prison à part aussitôt qu’ils arriveront, a affirmé Phillips, en ajoutant : « Mes sources personnelles, avec qui j’ai servi, j’ai versé mon sang et j’ai combattu, et par conséquent en qui j’ai confiance, me disent que le camp Cropper […] a été réouvert. Il s’agit de la structure dans laquelle nous gardions les anciens hauts dirigeants du régime baasiste. »
Le camp Cropper « a été réouvert pour les hauts dirigeants de l’OMPI », a-t-il dit à la conférence.
Les résidents d’Achraf ne s’opposent pas en principe à l’idée d’être transférés vers un autre camp, assurant qu’il ne s’agit que d’une étape, un lieu où leurs demandes d’asile puissent être évaluées. L’objectif de l’ONU serait de réinstaller ces familles dans des pays tiers aussitôt que possible.
Mais il n’y pas moyen que les résidents d’Achraf acceptent d’être relogés dans une prison. Toute pression de la part de l’ONU sur eux en ce sens serait tout simplement honteuse.
Alejo Vidal-Quadras, Vice-président du Parlement Européen depuis 1999, est issu du Parti Populaire de centre droite au pouvoir en Espagne. Il a écrit cet article pour The Jordan Times.

