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Le parcours transformateur de Shahrokh Daneshvarkar, combattant de la liberté de l’OMPI exécuté

Le parcours transformateur de Shahrokh Daneshvarkar, combattant de la liberté de l'OMPI exécuté
Akbar (Shahrokh) Daneshvarkar, membre des Unités de résistance de l’OMPI

À l’aube du 30 mars 2026, les autorités iraniennes ont exécuté Akbar Daneshvarkar, ingénieur civil et membre des Unités de résistance de l’OMPI/MEK, à la prison de Ghezel Hesar. Il a été exécuté en même temps qu’un autre prisonnier politique, dans le cadre d’une vague d’assassinats visant les réseaux d’opposition organisés.

Dans sa dernière lettre, il se présente simplement : « Je m’appelle Shahrokh Daneshvarkar… Je suis maintenant dans le couloir de la mort. »

Il décrit une enfance marquée par la foi, le devoir et la responsabilité sociale. Membre du Bassidj, il a participé à la guerre Iran-Irak et s’est engagé dans des institutions étatiques. Pourtant, même durant ces premières années, il écrit qu’il « n’est pas resté indifférent » à l’injustice.

Ce refus d’ignorer les contradictions a été le fondement de sa transformation. Ce qui avait commencé par la loyauté s’est peu à peu mué en questionnement. Témoin de l’injustice, de la corruption et des réalités du pouvoir clérical absolu, il a rejeté le système de l’intérieur. « Je me suis demandé : où mène cette voie ? Je l’ai rejetée », écrit-il.

Comme beaucoup d’Iraniens de sa génération, il ne s’est pas engagé directement dans l’opposition. Il s’est d’abord tourné vers la réforme. L’arrivée au pouvoir de Mohammad Khatami semblait offrir une perspective d’avenir, mais après des années d’attente, il a conclu que la réforme au sein du système était « une impasse ».

Il a ensuite exploré des alternatives en dehors du système, notamment le soutien aux monarchistes et à la résistance non-violente. Mais les événements de novembre 2019, marqués par la mort de centaines de manifestants, ont été décisifs. Le fossé entre la violence d’État et les réactions des figures de l’opposition l’a plongé dans une nouvelle crise. Il décrit sa réaction sans détour : « Je l’ai rejeté catégoriquement ; c’était écœurant.»

Ce qui suit constitue peut-être la partie la plus importante de son témoignage. Daneshvarkar n’a pas rejoint l’OMPI par allégeance aveugle. Au contraire, il écrit avoir entendu pendant des années des discours négatifs sur l’organisation et avoir initialement « hésité à les contacter ».

Sa décision n’est intervenue qu’après réflexion, questionnement et ce qu’il décrit comme un choix difficile et conscient. « Le moment était venu de faire le choix le plus difficile, celui que beaucoup redoutent », écrit-il.

Ce choix, explique-t-il, était guidé par une conviction claire : le rejet de la monarchie et du pouvoir clérical, et l’engagement dans la résistance organisée. Sa position est parfaitement résumée dans l’une des phrases les plus marquantes de sa lettre : « Mort à l’oppresseur, qu’il s’agisse du Shah ou du Guide suprême.»

Ce changement de perspective fut impulsé par ce que Daneshvarkar observa dans la conduite réelle des Moudjahidine du peuple (MEK) : une réalité qui contrastait fortement avec les années de discours négatifs qu’on lui avait servis. Il reconnut une organisation qui ne recherchait rien pour elle-même, mais qui était entièrement dévouée à la lutte pour la liberté du peuple. Il fut particulièrement touché par une direction qui exprimait une réelle volonté de soutenir toute force capable de résister plus efficacement au régime, un altruisme qu’il ne retrouvait nulle part ailleurs sur la scène politique. Pour lui, c’était la « brèche ardente de la résistance », entretenue par une confrontation féroce et sans compromis avec le régime : un engagement concret qui lui offrait enfin l’« engagement total » qu’il recherchait.

Lorsqu’il rejoignit les Unités de résistance de l’OMPI/MEK, son ton n’était plus hésitant, mais assuré. « Chaque jour qui passe me convainc davantage, je deviens plus ferme et plus résolu sur la voie que j’ai choisie.»

Même face à l’exécution, il ne montre aucun signe de recul. Au contraire, il considère son parcours comme irréversible : « Si on me donne une autre chance, je retournerai au combat… avec une intensité décuplée.»

Ce parcours remet directement en question l’affirmation selon laquelle la résistance organisée en Iran manque de base sociale. Daneshvarkar n’est pas né dans l’opposition. Il s’y est engagé par l’expérience, la désillusion et des épreuves politiques répétées. Sa vie illustre un schéma où les individus traversent le système, épuisent les réformes, rejettent les autres modèles d’opposition et finissent par s’allier aux structures de la résistance organisée.

Son exécution s’inscrit également dans une escalade plus large. Plusieurs prisonniers politiques liés au même réseau ont été exécutés en quelques jours, ce qui indique non pas des cas isolés, mais le ciblage d’une infrastructure organisée.

Les États n’exécutent pas systématiquement les individus pour leur appartenance à des mouvements qu’ils jugent insignifiants. Ils le font lorsque ces mouvements sont perçus comme structurée, persistante et capable d’influencer le mouvement.

Video message by PMOI/MEK martyr Akbar (Shahrokh) Daneshvarkar

Les derniers mots de Daneshvarkar ne sont pas ceux d’un homme détaché de la société, mais ceux de quelqu’un qui se croit son représentant. « Pour la liberté de mon peuple, je donnerai ma vie et j’en paierai le prix… Je ne baisserai jamais la tête. »

Son récit ne permet pas de trancher le débat sur l’ampleur de la résistance organisée en Iran. En revanche, il éclaire un point plus difficile à écarter : la manière dont cette résistance se constitue, ceux qui la rejoignent, et les raisons qui poussent certains à s’y engager malgré les conséquences.

Dans cette perspective, son exécution ne relève pas uniquement de la répression. Elle devient aussi une forme de révélation involontaire.