
Le dimanche 14 décembre, une vague de contestation a déferlé sur l’Iran, transcendant les clivages générationnels et économiques. Des plaines pétrolières du Khouzistan aux résidences universitaires de Téhéran, étudiants, retraités, travailleurs du pétrole et boulangers ont envahi les rues. Ces manifestations soulignent le fossé grandissant entre la population iranienne et un pouvoir en place incapable de garantir les moyens de subsistance et la sécurité de ses citoyens.
Alors que le régime continue d’allouer des ressources considérables à son appareil sécuritaire et à ses alliés régionaux, l’économie nationale reste en chute libre. Les événements de ce week-end révèlent une population qui ne réclame plus de réformes, mais exige ses droits fondamentaux par des actions directes dans la rue.
Les étudiants rejettent la marchandisation de l’éducation
Les troubles ont commencé le samedi 13 décembre au soir à l’Université de Téhéran. Les étudiants résidant dans les foyers universitaires se sont rassemblés pour protester contre les nouvelles politiques sociales de l’administration, qui ont entraîné une flambée des prix de la nourriture et du logement.
December 13—Tehran, Iran
Students at Tehran University Dorm Complex rallied over rising costs and neglected welfare services—citing expensive food and poor dorm conditions. #IranProtests pic.twitter.com/1pYy4VCWb1— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 14 décembre 2025
Marchant vers la place principale du complexe universitaire, les étudiants ont contesté le discours sur les déficits budgétaires. Ils ont notamment dénoncé l’hypocrisie d’un État qui invoque la pauvreté pour justifier le manque de moyens en matière de protection sociale des étudiants, tout en finançant d’autres priorités. Des slogans tels que « Étudiants travailleurs, faites entendre vos voix pour vos droits ! » et « Le logement et la nourriture sont chers, l’étudiant pense à son pain ! » ont résonné sur le campus.
Ce rassemblement s’inscrit dans un mouvement de contestation croissant dans l’enseignement supérieur. Plus tôt en octobre, les étudiants de l’Université de Technologie Khajeh Nasir Toosi avaient protesté contre des mesures d’austérité similaires, s’exposant à des menaces et à des convocations des services de sécurité. Les étudiants de l’Université de Téhéran ont juré de poursuivre leurs manifestations si les nouvelles résolutions concernant les restrictions d’accès aux résidences universitaires ne sont pas annulées.
Retraités : « Améliorer nos vies est notre droit absolu »
Dimanche matin, des retraités de la Sécurité sociale et de la sidérurgie ont organisé des rassemblements coordonnés à Chouch, Kermanshah, Ispahan et Ahvaz. Les slogans scandés par ces retraités se radicalisent, dépassant les simples revendications économiques pour remettre en question la légitimité de la gestion de l’État.
À Kermanshah, les manifestants criaient : « L’inflation et la hausse des prix sont volées au peuple ! »
December 14—Shush, southwest Iran
Social Security Organization retirees marched and rallied outside the Social Security office over worsening livelihoods and unpaid/denied rights, demanding full benefits and an end to empty promises. They chanted, “Only in the streets we get our… pic.twitter.com/IkJEI0bbZ9— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 14 décembre 2025
À Ahvaz, capitale de la province du Khuzestan, l’atmosphère était particulièrement empreinte de défi. Des retraités se sont rassemblés devant l’administration de la Sécurité sociale, scandant : « Ni menaces, ni prison, ni exécution ne nous arrêteront » et « Mort aux dirigeants, du Khuzestan à Téhéran ! » Ces slogans indiquent que les outils de répression traditionnels du régime — l’emprisonnement et la menace de la peine capitale — perdent de leur efficacité face à une population au bord de la famine.
December 14—Kermanshah, western Iran
Social Security and state retirees rallied outside the Social Security office over crushing living costs and unprecedented price hikes, demanding dignified pensions and an end to inflation-driven impoverishment. #IranProtests pic.twitter.com/PK4bcsErrw— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 14 décembre 2025
À Shush, le message était tout aussi clair : « C’est seulement dans la rue que nous obtiendrons nos droits », rejetant tout espoir dans les négociations gouvernementales ou les procédures parlementaires.
Le pillage des richesses nationales : grèves pétrolières et industrielles
Parallèlement, le cœur industriel de l’Iran a été le théâtre d’importantes actions ouvrières. Au Khuzestan, les travailleurs contractuels des champs pétrolifères d’Azadegan Nord et Sud se sont rassemblés devant le bureau du gouverneur. Leur revendication porte sur le transfert imminent de ces champs pétrolifères de la compagnie pétrolière et gazière d’État Arvandan à une entité privée, « Dasht Azadegan Arvand ».
December 14—Ahvaz, southwest Iran
Contract oil workers from North & South Azadegan fields rallied outside Khuzestan’s Governor’s Office against transferring the fields to a private firm, warning it would block their long-promised job regularization and endanger the livelihoods of… pic.twitter.com/wpP73tXX7J— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 14 décembre 2025
Les quelque 1 500 travailleurs craignent que… Cette privatisation est un prélude à des licenciements massifs et à une précarisation de l’emploi. Ils affirment que le transfert de Le transfert de ces infrastructures nationales essentielles à une nouvelle entreprise privée menace la production et les moyens de subsistance des travailleurs.
Parallèlement, dans la province de Fars, les ouvriers du complexe sidérurgique de Pasargad entamaient leur deuxième jour de grève. À Takab, les mineurs de la mine d’or de Zareh Shuran se sont rassemblés à l’entrée de la mine, exigeant la fin des discriminations salariales et le versement immédiat des arriérés de prestations. Leur banderole proclamait : « Trop c’est trop ! Nous n’attendrons plus de vaines promesses. »
Des vies « jetables » : La tragédie de Khosf
Le mépris du régime actuel pour la sécurité des travailleurs a été mis en lumière par une manifestation tragique à la fonderie de Khosf. Dimanche matin, les ouvriers ont cessé le travail pour protester contre la mort d’un collègue de 22 ans, tué dans un accident de la route alors qu’il se rendait à l’usine.
Ce décès n’était pas un cas isolé ; il s’agissait du cinquième décès d’un ouvrier de cette usine en une seule semaine, dû à des conditions de transport dangereuses. Les travailleurs ont déclaré que l’absence de moyens de transport sûrs fournis par leur employeur les oblige à emprunter des routes dangereuses à moto, mettant ainsi leur vie en danger au nom de la production.
Tables vides : La crise du pain
Le signe le plus poignant de l’effondrement économique a sans doute été la manifestation des boulangers à Ahvaz et Khomeini Shahr. Ils se sont rassemblés devant les bâtiments gouvernementaux pour protester contre la réduction des quotas de farine et le non-versement des subventions.
December 14—Khosf, northeast Iran
Workers at the Khosf cast-iron factory rallied after a fifth colleague died in a traffic accident, protesting unsafe conditions and demanding accountability and concrete measures to protect workers and prevent further fatalities.#IranProtests pic.twitter.com/dKL6RaZDQZ— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 14 décembre 2025
Le pain est l’aliment de base de millions de familles iraniennes, or la mauvaise gestion du régime rend le travail des boulangers de plus en plus difficile. À Ahvaz, les manifestants ont pris d’assaut le bâtiment du gouvernorat, scandant un slogan qui résume bien la situation politique actuelle en Iran : « Assez de promesses, nos tables sont vides ! »
December 14—Ahvaz, southwest Iran
Bakers rallied outside Khuzestan’s Governor’s Office over reduced flour quotas and unpaid subsidies/assistance payments, demanding immediate restoration and payments. Protesters chanted: “Enough promises—our tables are empty!”#IranProtests pic.twitter.com/NFUJEcmmoS— People's Mojahedin Organization of Iran (PMOI/MEK) (@Mojahedineng) 14 décembre 2025
Les événements du 14 décembre 2025 dressent le portrait d’une nation où toutes les couches de la société sont en conflit avec l’État au pouvoir. Qu’il s’agisse des étudiants de Téhéran réclamant les emplois promis ou des travailleurs du secteur pétrolier luttant contre la privatisation dans le sud, le point commun est la prise de conscience que le régime est le principal obstacle à une vie digne. Comme le suggèrent les slogans à Ahvaz et Kermanshah, le peuple iranien n’a plus peur des menaces ni des prisons.

