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Une grève de la faim : un rappel quotidien de la promesse abandonnée par les Etats-Unis

Sample ImagePar Robert McCartney

The Washington Post, 29 août – Sur une partie ensoleillée de Pennsylvania Avenue, à un demi-pâté de maisons de la Maison Blanche, des hommes et des femmes d'âge moyen sont allongés sur des chaises longues de plage sous quatre auvents ornés de drapeaux multicolores. Ils n'ont pas mangé d’aliments solides depuis un mois. Devant eux se dresse une rangée de grandes photos de 11 hommes, chacune avec une guirlande de fleurs rouges. Une femme à la voix douce portant un parapluie bleu clair distribue des tracts.

Cela vous paraît familier ? Hum hum ? Des manifestations comme ça sont si communes à Washington qu'on ne leur accorde rarement pas plus qu'un coup d'œil. Un peu plus bas à Embassy Row passe généralement des manifestants en colère à propos d’un événement jugé digne de deux paragraphes dans les pages internationales de la semaine dernière.

Notre attitude blasée est compréhensible, mais nous manquons une occasion lorsque nous ignorons ces scènes. Elles offrent des fenêtres dans des expériences humaines riches et dramatiques et des événements historiques à l'étranger.

De plus, il s'avère souvent que ces manifestants soient nos voisins, inquiets pour leur famille ou à cause de questions politiques dans leur pays natal. Notre région a attiré des vagues d'immigrants provenant de parties agitées du monde, y compris les Vietnamiens dans les années 1970 et des Centre-Américains dans les années 1980.

La protestation en chaise longue offre un récit particulièrement intéressant, notamment un message troublant sur les actions de l'Amérique à l'étranger. Les manifestants sont d'origine iranienne, pour la plupart d'entre eux citoyens américains. Ils font pression sur le gouvernement Obama afin qu’il intervienne pour protéger environ 3.400 exilés iraniens dans le camp d'Achraf hors de Bagdad, qui a été pris d'assaut par les forces de sécurité irakiennes le 28 juillet. Les 11 hommes dans les photographies ont été tués (plus un autre), et des centaines de résidents non armés du camp ont été blessés. Les forces militaires américaines stationnées à proximité, qui, s’étaient engagées solennellement à protéger les habitants du camp, sont restées à l’extérieur.

« Cela va attirer l'attention sur le fait que des gens sont matraqués et tués dans un endroit où vous [le gouvernement des États-Unis] avez promis de les protéger », explique Zahra Rachidi, 51 ans, de Chantilly.

Elle et son mari Parham Malihi, 48 ans, ont consommé seulement de la boisson Gatorade, de l'eau et du thé dans cette grève de la faim, qui a atteint son 32e jour samedi. Malihi dit qu'il se sent faible parfois mais qu’il a une histoire de souffrance pour sa politique. Il lui manque un orteil et il a des cicatrices sur le visage car il a été torturé pendant cinq ans en prison en Iran dans les années 1980.

« Tout cela, c’est le prix que nous payons pour notre liberté », dit-il. « Nous avons mal, mais nous en sommes fiers. »

Le contexte de la controverse est alambiqué, même selon les normes du Moyen-Orient. Les exilés à Achraf sont ce qui reste d'un groupe d'opposition iranien, les Moudjahidin-e Khalq, ou OMPI, qui a longtemps été basé en Irak.

Le gouvernement irakien, qui se rapproche de plus en plus de l'Iran, veut fermer le camp et expulser ses habitants, alors que Téhéran est demandeur. Les États-Unis sont inquiets, mais disent qu’Achraf est maintenant une affaire irakienne interne puisque le gouvernement de Bagdad a assumé la pleine souveraineté du pays.

L'embarras pour Washington, c'est qu'il fait une démonstration au début de la décennie pour assurer les résidents d'Achraf qu’ils seraient en sécurité, en échange de leur accord formel de désarmer et de rejeter la violence. Les États-Unis l'ont fait, même s’ils ont inscrit l'OMPI comme une organisation terroriste depuis 1997, principalement en raison des attaques que le groupe effectué il y a quelques décennies. L’Amérique s’est rapprochée de l’OMPI en partie parce que le groupe a fourni une aide précieuse sur la surveillance du programme nucléaire iranien. En 2004, un général de l'armée américaine a donné à chaque résident d’Achraf une déclaration écrite avec félicitations « sur leur reconnaissance comme personnes protégées en vertu de la Quatrième Convention de Genève».

L'effondrement de ces assurances est une source particulière de la colère des manifestants ici. Ils distribuent des photocopies des cartes d’identité des « personnes protégées » portées par les hommes tués à Achraf le mois dernier. On y lit : «Si un incident survient, il vous est demandé de contacter la 89e Brigade [US] de police militaire, aux numéros de téléphone suivants. »

De nombreux manifestants ont des parents ou des amis à Achraf. Environ 30 personnes y organisent la grève de la faim, et les manifestants viennent tempérer le chat et le chant. Une centaine s'est présentée mercredi pour une marche d’une demi-heure qu’ils tiennent chaque soir, en face de la Maison Blanche. Certains restent la nuit, alors la protestation se maintient 24 h sur 24h.

Les manifestants sont pour la plupart bien éduqués et prospères. Parmi les personnes interrogées figuraient le patron d’une compagnie de construction, un ingénieur civil, un professeur d'université, un poète publié et deux anciens champions internationaux de lutte.

Certains ont grandi dans des familles engagées politiquement et ont perdu des proches exécutés par le gouvernement iranien. D'autres se mobilisent pour la première fois après avoir été indignés par une vidéo sur l'incursion dans le camp. Elle montre les forces irakiennes frappant les gens avec des matraques, des véhicules se diriger directement dans des groupes et beaucoup de gens avec la tête en sang. De longues rafales de tirs automatiques sont audibles. On voit un Américain en uniforme militaire, à qui on demande d'intervenir et qui monte alors dans un véhicule et qui s’en va.

Les Américains « ont fait une promesse sur laquelle ils sont revenus », a déclaré Zolal Habibi, 28 ans, d'Alexandrie. Elle est particulièrement inquiète pour deux personnes aujourd'hui à Achraf : sa mère, qu'elle n'a pas vue depuis sept ans, et sa meilleure amie, une femme qui avait besoin de points de suture à la tête après avoir été frappée. Son père, un éminent écrivain et sociologue qui a eu son doctorat à l'American University, a été tué en 1988 par le gouvernement iranien.

Les gens à Achraf sont «la famille la plus proche que je possède », dit Habibi.

En bref, les gens dans les chaises longues sont malheureux parce que le gouvernement américain a laissé tomber des Iraniens en Irak qui partagent notre aversion pour le régime de Téhéran et que Washington a promis de protéger, même s’il les catalogue officiellement de terroristes. Vous avez compris ? Telles sont les histoires intrigantes à apprendre de ces petits spectacles colorés dans les rues de Washington.

http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2009/08/29/AR2009082902278.html

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