vendredi, février 3, 2023
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Un colosse aux pieds d’argile est passé par Genève

L’Iran des mollahs a été à la une des médias du monde durant les négociations de Genève. Les sourires crispés de ses diplomates sous les feux des projecteurs et les flashes des caméras, l’euphorie de la presse gouvernementale accourue de Téhéran sur les bords du lac Léman, ont laissé place comme l’écume à la réalité des vagues.
Les vagues de mécontentement d’une société en ébullition, persécutée par une répression quotidienne, inondée par la propagande officielle, ruinée par les pillages et les projets nucléaires ou exportations de terrorisme,  appauvrie sous le poids des sanctions internationales qui ont accentué la faillite d’une économie mal gérée. Le vacarme autour d’un accord interprété différemment par les uns et par les autres, n’aura pas caché l’Iran d’un peuple qui souffre et qui gronde pour se rappeler à l’opinion.
Dans un communiqué en date du 25 novembre, l’organisation de défense des droits de l’homme Amnesty International a placé le président des mollahs devant ses promesses de campagne non tenues. « En dépit des promesses d’Hassan Rohani lors de sa campagne électorale pour remédier à la situation des droits humains en Iran, cette question n’a pas été une priorité », affirme le communiqué.

Amnesty souligne que la question des droits humains a longtemps été éclipsée par celle du nucléaire. Or comme cette dernière a fait l’objet d’un accord, il est temps de s’occuper plus sérieusement des droits humains en Iran. Quand on sait que sur 592 pendaisons pour la seule année 2013, 367 exécutions –dont plusieurs dizaines en publique- sont au bilan des 100 premiers jours de la présidence de Rohani, on peut imaginer combien les discussions de Genève sur la « Bombe » ont occulté la terreur quotidienne en Iran.

A fortiori, une autre réalité démontrant la cruauté du régime iranien – au cœur des négociations – n’avait pas sa place a proximité du Palais des Nations : on a fait déplacer la tente blanche hébergeant depuis plus de 80 jours, une douzaine de grévistes de la faim, familles et proches des 52 refugies iraniens victimes d’exécutions extrajudiciaires au camp d’Achraf en Irak, perpétré début septembre par le gouvernement de ce pays a la demande de Téhéran. Ils réclament la libération de 7 otages (6 femmes et un homme)  enlevés depuis et détenus par les forces du premier ministre Al-Maliki quelque part a Bagdad. Les pressions diplomatiques ont-ils eu raison sur la réputation de la ville des conventions de Genève et siège des instances des Droits humains ?

Ces violations flagrantes et massives des droits humains étaient-elles ignorées des négociateurs des 5+1 lorsqu’ils ont décidé de desserrer les sanctions et de laisser respirer un peu l’économie iranienne qui ne fait que profiter aux Pasdarans (Gardiens de la Révolution) et à l’oligarchie religieuse ? Ne savaient-ils pas qu’ils avaient affaire à un régime fragilisé de l’intérieur par une crise politique (une lutte implacable des factions au pouvoir), une crise économique (l’inflation à plus de 40%, la croissance à – 6 %, le chômage à 30%), une crise sociale (travailleurs de l’industrie non payés depuis plus de neuf mois, mouvements sociaux sans précédent) ? Avec la fermeté comme ligne conductrice des négociations, la communauté internationale aurait pu obtenir beaucoup plus que ce petit recul imposé au régime des mollahs, voire même l’arrêt définitif de la production de l’arme nucléaire.

Or, ces membres permanents du Conseil de sécurité (plus l’Allemagne) ont oublié les quatre résolutions contraignantes qu’ils ont eux-mêmes adoptées dans le passé pour obliger le régime iranien à suspendre « toute activité liée à l’enrichissement d’uranium » et après un premier geste de fermeté français, ils ont redonné la priorité aux facteurs politico-économiques qui guident depuis des décennies la politique de complaisance avec Téhéran, en faisant des concessions inutiles qui compliqueront les six mois à venir.

La communauté internationale a déjà perdu onze ans dans des négociations sans fin déclenchées à la suite des révélations historiques du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) en août 2002, dans une conférence de presse à Washington, sur l’existence de deux sites nucléaires clandestins en Iran pouvant conduire à l’arme atomique, Natanz (enrichissement d’uranium) et Arak (production de plutonium), jusqu’alors inconnus de l’AIEA et des services concernés. « S’il n’y avait pas eu ces révélations de l’opposition iranienne, nous n’aurions jamais su que le programme nucléaire iranien en était à un stade aussi avancé », reconnaissait quelques années plus tard le Président des Etats-Unis. Selon nombre d’experts et de connaisseurs du terrain, il s’agit d’un grand service rendu à la paix dans le monde.

Malgré ses gesticulations de « superpuissance régionale », c’est un régime affaibli et à bout de souffle qui s’est assis à la table des négociations au Palais des Nations. Même les ténors du régime, et en premier lieu son président Rohani, ont reconnu dans des discours à consommation interne que « les caisses de l’Etat sont vides ».

En prenant au sérieux cet état de fait, les 5+1 auraient pu écarter dès à présent le danger de voir une tyrannie religieuse, sponsor du terrorisme internationale, s’armer de la bombe atomique, au lieu de lui laisser six mois pour préparer de nouvelles tromperies.

Behzad NAZIRI
membre de la Commission des Affaires etrangeres du
Conseil National de la Resistance Iranienne (CNRI)

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