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Trois idées reçues concernant le conflit avec l’Iran

Trois idées reçues concernant le conflit avec l’Iran Le Washington Post , 7 Février –   Par Mel Levine, Alex Turkeltaub et Alex Gorbansky  –   L’occident peut-il faire quelque chose, hormis une solution militaire très risquée, pour empêcher l’Iran de progresser dans son programme nucléaire ? La réponse est sans conteste « oui ». 

Bien q’un statu quo prolongé avec l’Iran sur son programme nucléaire poserait aux pays occidentaux des problèmes non négligeables, y compris une hausse probable des prix du pétrole, les bénéfices qui résulteraient d’empêcher l’avènement d’un Iran nucléaire l’emporteraient largement sur les coûts. Nous aimerions essayer ici de tordre le cou à certaines idées reçues sur la question.

 

La première idée reçue :

Les sanctions économiques nuiront d’avantage à l’occident qu’à l’Iran. La base de cet argument est que toute sanction sur Téhéran aurait pour conséquence de faire monter en flèche des prix du pétrole, ce qui nuirait aux économies des pays occidentaux et affaiblirait le soutien de l’opinion publique à ces sanctions.
Mais alors que l’Iran possède les secondes plus grandes réserves de pétrole et de gaz, et alors qu’il est le quatrième producteur de pétrole, ce pays est en fait un grand importateur de produits pétroliers raffinés, essence comprise. De plus, la consommation domestique de produits pétroliers augmente chaque année de 5.2%, bien plus vite que sa capacité à augmenter sa capacité de raffinage. Cela signifie que le niveau des importations nécessaires au bon fonctionnement de l’économie iranienne ne cessera de croître avec le temps. De ce fait, des sanctions empêchant l’Iran d’importer, disons, des produits pétroliers raffinées, essence comprise,  pourraient porter un coup d’arrêt pénible à l’économie. Et, fait peut-être plus important, les pénuries qui en résulteraient  affecteraient de façon disproportionnée la base politique du président Mahmoud Ahmadinejad, à savoir la classe pauvre urbaine et la classe moyenne inférieure, ainsi que l’armée.

Il ne fait aucun doute qu’il y aurait un coût pour l’Occident si l’Iran décidait de contre-attaquer en diminuant ou en cessant sa production de pétrole. Mais il est peu probable que l’Iran interrompe sa production pour une longue durée car, en cas de sanctions, il dépendra plus que jamais des revenues du pétrole pour conserver le pouvoir entre ses mains. En effet, devant l’aggravation de la situation économique en Iran qui résulterait des sanctions, le gouvernement devra s’appuyer sur l’obole et les aides de l’Etat pour conserver l’allégeance et le soutien de l’armée et de la majorité de la population.

De plus, jouer la carte du pétrole de façon à provoquer une montée significative des prix du pétrole,  isolerait l’Iran à la fois dans le Moyen-Orient et au sein de l’OPEP. La plupart des autres pays producteurs de pétrole, y compris l’Arabie Saoudite, le Venezuela et la Russie, pensent qu’il est très probable qu’une autre hausse significative des prix amoindrisse les revenus du pétrole, à cause d’une baisse de la consommation du pétrole en Occident également très probable. De telles augmentations brutales des prix  pourraient à long terme encourager les investissements dans les économies d’énergie et dans les technologies d’exploitation des énergies renouvelables, comme cela s’est produit après les chocs pétroliers des années 1970.

La deuxième idée reçue n°2 :

La Russie et la Chine ne poursuivront jamais les sanctions. Alors que cela nécessiterait beaucoup de temps et d’effort pour persuader la Chine et la Russie, il y a peu de chances que ces deux pays se révèlent être des alliés sûr pour le régime iranien.

La Russie a peu d’intérêts stratégiques à soutenir la cause iranienne. Alors qu’elle peut considérer l’Iran comme un moyen utile pour faire un contre-poids à la puissance des Etats-Unis dans la région, elle a sur le long terme plus à craindre du programme nucléaire iranien que les Etats-Unis et l’Europe. Le soutien qu’apporte l’Iran aux terroristes islamistes intégristes à travers tout le Moyen-Orient et l’Asie Centrale entre directement en compétition avec les intérêts russes dans les territoires qui faisaient partie de l’ancien empire soviétique et que Moscou considère toujours comme étant sous sa sphère d‘influence. En même temps qu’il joue le rôle de commissionnaire respectable entre l’Iran et l’Occident, ce qui rentre dans les objectifs de l’administration de Poutine  et augmente le prestige et l’influence russe, les stratèges politiques russes sont pragmatiques quant aux difficultés que posent l’Iran aux intérêts à long terme de la Russie. Dans le même temps où la Russie recherche un compromis qui permettrait à chaque partie de sauver la face, il est peu probable que ce pays soutienne l’Iran jusqu’au bout.

Il est également peu probable que les Chinois se mettent en travers d’un régime de sanctions graves, surtout s’ils doivent le faire seuls. Tandis que la Chine s’est engagée en Iran dans des investissements conséquents dans les secteurs du pétrole et du gaz, il est peu probable qu’elle mette en danger ses relations avec les Etats-Unis et l’Union Européenne sur cette question. Pékin pense également qu’en même temps qu’elle devrait exprimer son opinion sur les questions importantes de géopolitiques, elle n’est pas encore prête à mener une résistance inégale face à la pression combinée des pays occidentaux sur une question qu’ils considèrent d’une importance stratégique vitale.

La troisième idée reçue :

L’Iran pourrait répondre aux sanctions en s’en prenant de façon irrationnelle à Israël et aux autres alliés des Etats-Unis. Une des hypothèses les plus dangereuses concernant l’Iran serait qu’il agit de façon incohérente ou bien qu’il soit dirigé par des individus qui ne mesurent pas les coûts potentiels et les bénéfices tirés de leurs actes. Mais en réalité, alors qu’il est possible de faire face au raisonnement qui conduit les gouvernants iraniens à rechercher en tout premier lieu des armes nucléaire, les Iraniens ont agi de façon totalement rationnelle en cherchant à atteindre leurs objectifs.

Par exemple, l’Iran a été attentif à faire doucement monter la crise ces deux dernières années, s’engageant dans des négociations prolongées avec « la troïka de l’UE ». Récemment, alors que la probabilité d’un référé de l’Iran devant le Conseil de Sécurité s’affirmait, les Iraniens avaient patiemment recherché les fissures dans l’alliance des pays occidentaux en proposant de reprendre les négociations avec les Européens. Les gouvernants iraniens ont méticuleusement cultivé les alliances avec l’Inde et la Chine en signant des contrats pétroliers très lucratifs avec les deux pays. Ils se sont également tournés vers la Syrie, un autre Etat du Moyen-Orient frappé d’isolement. Même dans le choix du moment opportun pour provoquer la récente escalade, l’Iran a choisi un moment où Israël, une puissance adverse fondamentale dans la région, était frappée de désordre politique.  Rien de tout ceci n’est la démarche d’un acteur dépourvu de raisonnement.
Ce qui semble être la stratégie de la corde raide de l’Iran, liée par exemple aux actions de la Corée du nord, un autre aspirant à la puissance nucléaire, ne résulte pas de l’irrationalité mais d’un jugement que le pays dispose de plus grands moyens de pression sur l’Occident en raison de sa richesse pétrolière. À chaque étape de son programme, l’Iran a soigneusement calculé la réponse aux différentes provocations qu’apporteraient probablement ses adversaires et a adapté son approche en conséquence.

L’épreuve de force avec l’Iran sur les armes nucléaires est une situation difficile avec peu d’options attrayantes. Mais il y a des mesures qui peuvent être prises pour modifier la façon dont Téhéran calcule les  avantages apportés par un programme d’armes nucléaires. Et tandis que plusieurs des options disponibles pourraient avoir des effets significatifs sur l’économie globale, les conséquences pour l’Iran seraient bien plus mauvaises.
 
Mel Levine, un ancien Représentant démocrate de la Californie, travaille pour un cabinet d’avocat international. Alex Turkeltaubet et Alex Gorbansky sont directeurs au sein de « Frontier Strategy Group », un cabinet de consultants sur les questions des industries des ressources naturelles.