De RAMESH SEPEHRRAD
Commentatrice extérieure pour UPI
The United Press International En novembre dernier, avant les élections en Irak, lambassadeur américain en Irak Zalmay Khalilzad a reçu la permission du président Bush douvrir un dialogue direct avec lIran au sujet de la sécurité en Irak.
Dans une interview avec le magazine Newsweek lannée dernière, Khalilzad a déclaré : « Le président ma autorisé à madresser aux Iraniens comme je me suis directement adressé à eux en Afghanistan ». Les négociations nont jamais eu lieu car les Iraniens étaient persuadés que les élections en Irak en décembre 2005 basculeraient en faveur de la République Islamique de Téhéran et nont donc pas vu lutilité de négocier avec le « Grand Satan ».
Trois mois plus tard, le 15 mars 2006, dans une mise en scène dans le style mollah, le leader chiite irakien Abdul-Aziz al-Hakim, président du Conseil suprême pour la révolution islamique en Iran et pro-Téhéran, a déclaré : « Je demande au gouvernement en Iran douvrir le dialogue avec lAmérique à propos de lIrak ». Le jour suivant, Ali Larijani, le négociateur nucléaire en chef de lIran et secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale a dit à la presse : « Nous acceptons (de discuter avec les Etats-Unis) ». Mais comment se fait-il que de telles remarques sortent de la bouche du négociateur nucléaire en chef de lIran au lieu de celle du ministre des Affaires Etrangères Manouchehr Mottaki ?
Evidemment, le régime de Téhéran nest pas du genre à respecter de telles formalités. Après tout, Ali Khamenei, guide suprême de lIran non élu, a le dernier mot pour tout ce qui concerne les affaires nationales et étrangères. Bien sûr, Khamenei a également approuvé les négociations le 22 mars, tant que les Etats-Unis ne « menacent » pas lIran, la même personne qui a dit lannée dernière que « léchec des Etats-Unis au Liban et en Irak et dans sa confrontation politique avec lIran » sont tous des signes que « le front de lennemi perd de sa force ». Alors pourquoi ce désir soudain de mener des négociations avec ce pays « vaincu » ?
Parce que le régime iranien est affaibli en raison des manifestations incessantes dans le pays, dune pression internationale grandissante sur son programme nucléaire illégal et des résultats des élections en Irak qui nont pas abouti à la majorité chiite que Téhéran désirait.
Depuis décembre dernier, la société civile iranienne et les organisations non gouvernementales telles que des groupes de femmes, de travailleurs syndiqués, de chauffeurs de bus, denseignants, détudiants, de travailleurs et même de Soufis non-violents mènent des manifestations dans la rue, des grèves générales et des sit-in.
Par exemple, la manifestation des femmes qui a eu lieu à loccasion de la Journée internationale de la femme 2006 a fait passer un message clair. Dans une interview téléphonique avec des journalistes, Mehri Amiri, une activiste des droits des femmes, a déclaré que le message de la manifestation du 8 mars était que la seule solution était un changement de régime en Iran. Les manifestantes ont qualifié le régime d « illégitime » et d « ennemi du peuple iranien ». Appelant à lisolation du régime, Amiri a expliqué : « Notre seule exigence adressée à la communauté mondiale est disoler ce régime et de reconnaître notre appel à un changement ».
Lappel national et populaire pour un changement démocratique est un schéma irréversible beaucoup trop familier pour le gouvernement iranien et pour tous ceux qui se souviennent des années qui ont précédé la révolution anti-monarchique de 1979.
De plus, le dossier nucléaire de lIran a été renvoyé devant le Conseil de Sécurité de lONU dans lattente dune action du Conseil. Quune déclaration dépourvue deffet obligatoire ou quune résolution obligatoire soit adoptée par le Conseil, la République Islamique de Téhéran craint lapparition dun consensus international sur ses ambitions nucléaires. Le sous-secrétaire dEtat américain Nicholas Burns a déclaré que ladministration avait conclu que « le meilleur moyen » daborder le programme nucléaire était de faire intervenir le Conseil de Sécurité. Il a raison. Tandis que Burns na pas rejeté catégoriquement linvitation de Larijani à des négociations, il a affirmé : « Nous avons fait le calcul, il vaut mieux essayer disoler le gouvernement iranien » et cette initiative a attiré lattention de Téhéran.
Bien quune manuvre diplomatique avec la Russie et la Chine soit encore nécessaire, la secrétaire Rice a souligné que Washington « ne tolèrerait aucune tactique [de la part de lIran] pour gagner du temps » et est « sure » que les Etats-Unis et ses alliés parviendront à un accord sur la façon de faire pression dur lIran pour quil abandonne ses activités nucléaires sensibles.
Troisièmement, lévolution politique en Irak depuis les élections du 15 décembre na pas tourné en faveur de Téhéran. La balance politique de lIrak ne penche pas en faveur de lalliance chiite ayant des liens forts avec Téhéran. Comme la expliqué Maryam Rajavi, leader du principal groupe dopposition iranien, le Conseil National de la Résistance Iranienne : « Les efforts du régime pour prendre le contrôle de lIrak et établir une république islamique fantoche dans ce pays en influençant les élections parlementaires ont échoué ».
Dans une interview avec le New York Times la semaine dernière, Larijani a reconnu que lIran préférait la présence dun gouvernement fortement dominé par les Chiites qui serait réceptif à linfluence iranienne. Le 17 mars, Larijani a évoqué lobjectif de Téhéran dans ces négociations et a déclaré : « Nous sommes prêts à y mettre du nôtre. Mais la condition est que les USA respectent le vote de la population ».
Ces derniers jours, un grand nombre déminents hommes politiques et leaders irakiens, comprenant des Sunnites, des Kurdes et des Chiites ont fait part de leur inquiétude concernant les pourparlers envisagés, leur portée et leurs liens possibles avec le dossier nucléaire de lIran. Les Irakiens sont légitimement inquiets pour leurs propres intérêts et sont parfaitement conscients que la République Islamique dIran na pas dautre intérêt en tête que le sien.
Téhéran se sert de lIrak pour divertir lattention de son dossier nucléaire au Conseil de Sécurité de lONU. En fournissant des armes, des fonds et de lentraînement aux insurgés et à dautres groupes terroristes, le Corps des Gardiens de la Révolution Islamique contrôle les manettes de la violence en Irak. Plus tôt ce mois-ci, le secrétaire dEtat à la Défense, Donald Rumsfeld a fait référence au rôle important de la Force Qods (Jérusalem), la branche extraterritoriale du CGRI, en Irak.
Face à tous ces éléments, on se demande comment de telles négociations peuvent être dans lintérêt de la population irakienne ou iranienne et des Etats-Unis. On ne peut accorder au régime iranien un moment de répit dans son dossier nucléaire ou dans son rôle dangereux en Irak. Si armer des insurgés et des terroristes en Irak est en effet inquiétant, et ça lest, alors mener des pourparlers ne va pas résoudre le problème, comme les pourparlers sur la question nucléaire ces trois dernières années nont rien résolu.
Lisolation et la suspension de tous liens et négociations est la meilleure façon de faire fléchir Téhéran. Les Etats-Unis doivent poursuivre une politique disolation. Et au nom de la paix et de la stabilité dans la région, le Conseil de Sécurité de lONU doit adopter rapidement des sanctions appropriées contre le régime iranien.
Ramesh Sepehrrad est la présidente de la Commission nationale des femmes pour un Iran démocratique.

