vendredi, décembre 5, 2025
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Le « procès » par contumace de 104 résistants iraniens à Téhéran : une mise en scène de la peur

Le « procès » par contumace de 104 résistants iraniens à Téhéran : une mise en scène de la peur
Téhéran, le régime iranien a tenu la 42e session de son procès largement critiqué contre la Résistance iranienne par contumace.

Les procédures par contumace engagées par Téhéran contre 104 résistants iraniens affiliés à l’Organisation des Moudjahidines du peuple (OMPI/MEK) et au Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI) sont entrées cette semaine dans leur quarante-deuxième session à la 11e chambre du tribunal pénal de Téhéran. Les audiences, qui ont débuté fin 2023 et se sont poursuivies en 2024 et 2025, ont été présentées par les médias d’État comme une procédure judiciaire criminelle majeure. En réalité, elles fonctionnent comme un théâtre politique, conçu pour criminaliser la principale alternative au régime clérical et pour projeter une image de contrôle à un moment où la stabilité interne du régime s’érode visiblement.

Aucun des accusés n’est présent en Iran. Certains sont décédés, la plupart vivent à l’étranger depuis des décennies, beaucoup en Europe. Les accusations idéologiques — moharebeh (inimitié contre Dieu), baghy (rébellion) et « corruption sur terre » — ne sont pas utilisées pour juger des actes spécifiques, mais pour réprimer l’identité politique. Le tout premier « accusé » mentionné n’est pas une personne, mais l’OMPI en tant qu’organisation. L’État ne cherche pas à établir la culpabilité, mais à effacer la légitimité.

La session de cette semaine a rendu cet objectif particulièrement explicite. Le juge-clerc président, Amir-Reza Dehghani, a ouvert la session par un discours politique marquant le 13 Aban, que le régime commémore comme la « Journée nationale de lutte contre l’arrogance mondiale ». Depuis le banc des juges, il a répété une rhétorique extrémiste familière, qualifiant les États-Unis de « Grand Satan et axe du mal » et inscrivant la procédure dans le récit fondateur du régime de confrontation permanente avec l’Occident. Ce n’est qu’après cette mise en scène que la session a abordé les témoignages performatifs des témoins.

La déclaration la plus importante est intervenue lorsque le juge a déclaré que « les accusés sont obligés de comparaître devant le tribunal, et les gouvernements qui les accueillent sont obligés de les extrader ». Le régime sait que les gouvernements européens n’extraderont pas de dissidents politiques vers l’Iran, surtout pas vers un système où l’État de droit n’existe pas et où nombre des personnes nommées ont déjà été condamnées à mort. Il ne s’agissait pas d’une instruction juridique, mais d’un message : une menace pour la diaspora iranienne et une tentative de signaler que l’exil ne garantit pas la sécurité.

Cette mise en scène était également destinée à un public interne. Depuis les soulèvements nationaux qui ont débuté fin 2017, le régime est confronté à une population qui n’accepte plus ses catégories politiques. Les slogans de protestation rejetaient explicitement à la fois la monarchie du passé et l’establishment clérical du présent. Dans ce contexte, la plateforme de l’OMPI/CNRI – gouvernance laïque, égalité des sexes, pluralisme politique, décentralisation et politique étrangère non nucléaire – a retrouvé un regain d’intérêt, notamment auprès des jeunes Iraniens qui n’ont aucun souvenir des années 1980 et qui ne sont pas attachés aux mythes fondateurs du régime.

C’est précisément cette discontinuité générationnelle que le procès-spectacle tente d’interrompre. Pour les jeunes nés dans les années 2000, des termes comme « Monafeqin », « Mersad » et « Forough-e Javidan » n’ont pas de signification émotionnelle intrinsèque. Le régime doit leur donner un sens. La reconstitution répétée des batailles des années 1980 à travers des témoignages chorégraphiés est une façon de diffuser le récit souhaité : enseigner que la dissidence politique organisée n’est pas une simple divergence d’opinion, mais une trahison ; non pas une opposition, mais une menace existentielle pour la nation.

Parallèlement, la procédure tente de redonner du moral à une base loyaliste démoralisée. La dictature cléricale a perdu sa capacité à reproduire la conviction idéologique. La dernière décennie de crise économique, de scandales de corruption, de luttes de pouvoir internes et d’incertitude quant à la succession à la tête du pays a érodé les ancrages sociaux traditionnels du régime. La peur est le seul instrument qui lui reste. Le message véhiculé par le spectacle judiciaire est clair : aussi frustrante que soit la gouvernance interne, l’alternative est le « chaos », la « pénétration étrangère » et la dissolution nationale.

Ce procès fait également écho à une continuité historique bien documentée. Les mêmes accusations utilisées ici ont été employées lors du massacre de prisonniers politiques de 1988, au cours duquel plus de 30 000 détenus – principalement des partisans de l’OMPI – ont été exécutés après des procès sommaires de quelques minutes. Bon nombre des responsables impliqués dans cette purge occupent aujourd’hui des postes de haut niveau au sein du système judiciaire et des services de sécurité. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui n’est pas une rupture avec le passé, mais une répétition de celui-ci, car le système est incapable de se maintenir par d’autres moyens.

Pourtant, la durée même de ce spectacle révèle sa fragilité. Un État sûr de lui n’organise pas quarante-deux audiences contre ses opposants. ceux qui sont absents. Ce ne serait pas nécessaire. Il les ignorerait tout simplement.

Ces procédures révèlent également autre chose : la peur du régime n’est plus abstraite. L’OMPI et le CNRI ne sont pas de simples exilés menant une opposition symbolique. Leur infrastructure organisationnelle est intacte, leur programme politique est cohérent et leur réseau d’unités de résistance à l’intérieur de l’Iran a gagné en visibilité et en maturité tactique. Les manifestations internationales de 2025, marquant le 60e anniversaire de l’OMPI, étaient nettement plus jeunes, plus diverses et plus intégrées à l’échelle mondiale que celles des décennies précédentes. Il ne s’agit pas de nostalgie, mais d’un travail de succession politique.

Vu sous cet angle, ce procès par contumace ne concerne absolument pas le passé. Il concerne l’avenir. Le régime signale qu’il considère l’alternative démocratique organisée comme réelle, interne et dangereuse pour sa survie. Si tel n’était pas le cas, il n’y aurait aucun spectacle à mettre en scène. Le régime nous dit ce qu’il craint. Le monde – et le peuple iranien – en prennent note.