De Tony Blankey
The Washington Times La réponse de lOccident au danger que lIran se procure des armes nucléaires suit dangereusement la trajectoire de lapaisement et de léchec. Est-ce déjà inévitable ? Le président Bush a insisté dans deux discours sur létat de lUnion et actuellement quil ne permettrait pas que cela se produise. Mais la plupart des dirigeants politiques en Europe et ici, et bien sûr les médias dominants, sont déjà complètement enfoncés dans la résignation, la rationalisation et la dénégation. En effet, ces deux dernières années, lexclusion absolue dune solution militaire est devenue lunique position «respectable» parmi les hauts responsables européens et américains et les médias les plus influents.
Cette mentalité de rationalisation est parfaitement illustrée par une déclaration du général Barry McCaffrey dans « Meet the Press » de dimanche dernier. Le général est un éminent homme dEtat habituellement pondéré et extrêmement expérimenté. Il a critiqué la politique du président Bush pour laquelle il nest pas daccord bien quil ne soit pas anti-Bush. Ses commentaires valent la peine dêtre lus attentivement.
M. Russert : « Il est donc inévitable quils obtiennent la bombe nucléaire, à votre avis ? » Gén. McCaffrey : « Oui, cest ce que je pense. Je pense quils vont devenir nucléaires dici cinq ou dix ans. Ils vont nous confronter. Et ce nest pas un bon résultat. Cela indique que peut-être que de largent saoudien et de la technologie égyptienne vont servir à construire une bombe arabe sunnite pour faire face à la bombe persane chiite. Personne ne veut voir la prolifération dans le Golfe. Le temps est venu pour une intervention diplomatique sérieuse ». La dernière phrase appelant à la diplomatie est une invocation si faible et si litanique dune solution désespérée, en particulier lorsquelle est précédée de déclarations confiantes selon lesquelles il pense quils veulent la bombe et quils lobtiendront. Pratiquement personne ne pense que lIran cherche la génération nucléaire pacifique. Aucun être sérieux ne croit que des sanctions économiques et diplomatiques vont détourner les Iraniens de leur objectif.
Ainsi, loffre dactualité (de leur donner de la technologie nucléaire pacifique ou les menacer avec des sanctions non militaires) souffre de fournir « une carotte qui nest pas appétissante et un bâton qui nest pas menaçant » (la citation est extraite Making Friends with Hitler de Ian Kershaw). Cette voie mentale évoluant vers lapaisement reflète de manière troublante la voie similaire suivie par le gouvernement britannique avec Hitler dans les années 1930.
Contrairement à lhistoire populaire, le gouvernement britannique ne se faisait que peu dillusions quant à la nature et les objectifs dHitler au début des années 1930.
Ces illusions ne sont apparues comme des rationalisations mentales quà la fin des années 1930.
En avril 1933, juste trois mois après quHitler soit devenu chancelier dAllemagne, le gouvernement britannique avait entrevu la nature de lhomme et de ses projets. Lambassadeur britannique en Allemagne de lépoque, Sir Horace Rumbold, qui examinait attentivement Hitler depuis des années, a rapporté ses observations à Londres dans une dépêche spéciale au Premier ministre le 26 avril 1933. Il a averti son gouvernement de prendre Mein Kampf très au sérieux.
Il estimait quHitler aurait recours à des déclarations pacifiques intermittentes « afin de créer un sentiment de sécurité à létranger ». Mais il conservait ses projets dextension en Russie et le fait quil « nabandonnerait pas les points cardinaux de son programme », mais chercherait à « faire basculer les adversaires dans un tel état de coma quils se laisseraient engager un par un ». Lambassadeur était certain qu « il poursuivait actuellement une politique mûrement réfléchie, dont le but était de préparer lAllemagne militairement avant que ses adversaires ne puissent intervenir ». Il a également averti quHitler croyait personnellement dans son antisémitisme violent et que cétait le pilier de la politique de son gouvernement. De retour à Londres, le général A.C. Temperley a informé le Premier ministre à propos de la dépêche de Rumbold selon laquelle si la Grande-Bretagne ne stoppait pas immédiatement Hitler, lalternative était de « laisser les choses couler pendant cinq années supplémentaires pendant lesquelles… la guerre semble inévitable ». Dans les faits, la guerre en Europe est arrivée en six ans, non en cinq.
Mais parce que les Britanniques, alors encore sous lemprise de leur souvenir de la première Guerre Mondiale, étaient contre une action militaire et parce que le hommes politiques voulaient dépenser les précieuses recettes fiscales dans des programmes nationaux, ils se sont éloignés de leur propre bon jugement.
Le caractère désagréable de traiter avec Hitler et laversion du public pour une autre guerre a conduit le nouvel ambassadeur britannique en Allemagne, Sir Eric Phipps, en réponse à la dépêche de Rumbold, à avancer en ce jour fatidique davril 1933 : « Nous ne pouvons le considérer uniquement comme lauteur de Mein Kampf car dans ce cas, nous serions obligés dadopter une politique de guerre préventive ». Donc, a-t-il dit, « Le meilleur espoir est de le contraindre par un accord [de désarmement] portant sa signature apposée librement et fièrement… Par je ne sais quelle opération de son mental, il se sentirait peut-être obligé de lhonorer ». Nous avons ici la version des années 1930 de la déclaration du général McCaffrey. Lambassadeur Phipps a été le premier à dire lévidence : à savoir, si Hitler est comme le gouvernement pense quil est, la logique exige une guerre préventive. Mais ils ne veulent pas faire ça, donc ils espèrent quHitler nest pas comme ils le pensent, et cherchent un accord diplomatique qui, même Phipps ladmet, a peu de chances dêtre honoré.
Ainsi, le général McCaffrey, représentant la position de la majorité écrasante des dirigeants politiques et des médias en Occident, a été le premier à dire lévidence : lIran va obtenir la bombe. Puis il termine sur faisons de la diplomatie.
En réalité, les leaders occidentaux sont résignés à ce que lIran obtienne la bombe. Il savent que la diplomatie na pas plus de sens que de faire honorer un traité de désarmement par Hitler. Mais les « leaders » doivent être vus en train de faire quelque chose : même sils savent que cest inutile.
Cette attitude défaitiste existe largement en raison du triste précédent de la guerre en Irak, comme la première Guerre Mondiale a été le triste précédent dune autre guerre en 1933. Comme réponse sentimentale au côté désagréable de la situation, laction militaire a été exclue par une élite occidentale lasse. Voici où nous en sommes aujourdhui : environ aux quatre cinquièmes de la voie mentale vers lapaisement. Aussi désagréable quil soit de traiter avec lIran aujourdhui, ce sera incomparablement plus déplaisant encore dans quelques années lorsquil auront une bombe opérationnelle.
Où sont les réalistes nayant pas froid aux yeux lorsquon en a besoin ?

