Par Iason Athanasiadis
The Washington Times, Baqouba, Irak Cest en début de soirée que le téléphone a sonné au bureau du Commandement et du Contrôle de lavant-poste de la coalition dans le centre de Baqouba. Un officier des services de renseignements irakiens annonce que 50 Iraniens ont été repérés dans un village proche.
Spc. Ryan Boschert, qui en est à sa deuxième période de service en Irak, avertit immédiatement ses collègues irakiens pour que larmée irakienne enquête.
Lappel téléphonique lui apprend que les Iraniens sont dans un village situé aux alentours de Baqouba, capitale de la province de Diyala à la frontière avec lIran chiite, territoire contesté dans des conflits entre les Musulmans irakiens sunnites et chiites. Ces derniers mois, la province a connu un renforcement de la présence de milices chiites et une augmentation du nombre dattaques sectaires.
En mars, lambassade américaine à Bagdad a accusé lIran de mener des « activités inutiles » en Irak. Mais pour les troupes américaines chargées détablir la preuve du rôle de lIran dans linsurrection en Irak, il ny a guère de preuves accablantes indiquant que Téhéran ravitaille les insurgés ou intervient dans les affaires de son voisin.
Entre les mains de lIrak
Les réponses rapides sont devenues de plus en plus rares pendant cette période de transition, où les forces multinationales menées par les Etats-Unis délèguent plus de responsabilités aux troupes et à la police irakiennes.
Larmée irakienne se méfie de ne pas tomber dans une embuscade nocturne, pour que les services de renseignements rapportent que la présence iranienne na pas pu être vérifiée. Après plusieurs remarques adressées à son homologue irakien hésitant, Spc. Boschert finit par changer de sujet et dit : « Hé, ce nest pas mon pays. Je men fiche ».
« Nous voulons que les Irakiens prennent ces décisions », a déclaré le lieutenant colonel William Benson, commandant du détachement américain dans la région.
« Nous finissons vraiment par poursuivre des fantômes sur le champ de bataille », dit le colonel Benson, « mais parfois, il est tout aussi utile de savoir qui nest pas là que de savoir qui est là ».
Avec Washington qui se prépare à entamer bientôt des discussions avec Téhéran au sujet de son rôle en Irak, la question principale est de déterminer si lIran tente de déstabiliser lIrak, qui est au bord de la guerre civile. Les chefs militaires américains attirent notre attention sur létablissement dorganisations soutenues par lIran à Diyala, telles que la brigade Badr ou larmée Mahdi, depuis 2003.
La brigade Badr, composée de 25000 hommes, est larmée du Conseil suprême pour la révolution islamique en Irak basé en Iran, et larmée Mahdi est une milice de 10000 hommes appartenant au religieux nationaliste irakien chiite, Muqtada al-Sadr.
Lors dun voyage récent en Arabie Saoudite, Sheik al-Sadr aurait dit aux dirigeants saoudiens quil voyait lIrak tomber entre les mains des enclaves chiites, sunnites et kurdes.
Un grand nombre de Sunnites à Diyala craignent que le vide de pouvoir laissé par un retrait des Etats-Unis ne soit rempli par lIran.
Le renseignement iranien
« Le point principal est de comprendre quel type dinfluence lIran va apporter », a déclaré un officier américain haut placé qui a refusé dêtre identifié. « Sera-t-elle déstabilisatrice ou stabilisatrice ? Dans ce dernier cas, alors nous sommes daccord. Tout ce que nous voulons, cest un Moyen Orient stable dans lequel les terroristes ne peuvent pas se développer. »
Nawaf Obaid, chercheur sur le Projet dévaluation de la sécurité nationale, a déclaré que lélite du Corps des Gardiens de la Révolution Islamique dIran « a pu placer des agents clés à des positions stratégiques de la nouvelle administration irakienne. Ceci inclut le bureau du Premier ministre, les ministères et les gouverneurs locaux à majorité chiite ».
De plus, M. Obaid a affirmé que le CGRI avait établi un service despionnage « dédié exclusivement à surveiller les mouvements des forces américaines et alliées en Irak ».
Un colonel américain, qui a refusé dêtre identifié, a déclaré que la brigade Badr et larmée Mahdi étaient actives à Diyala et « nous travaillons chaque jour selon lhypothèse quils ont un réseau despionnage actif ici».
« Nous supposons quils existent et nous travaillons avec cette supposition. Mais nous nen avons encore aucune preuve », selon le colonel.
Les responsables du renseignement américain traquent aussi les mouvements du gouverneur de Diyala, Ra’d Rashid al-Mulla Jawad, un Musulman chiite. Il sest rendu récemment à Mashhad, une ville sainte iranienne, et est revenu avec la promesse de lIran de construire un hôpital et une mosquée à Baqouba, selon un haut responsable américain.
La lutte alimente les suspicions
Dans les rues de cette capitale de province, les habitants disent que leur gouverneur a des liens tellement forts avec les Iraniens quil possède une maison à Qom, capitale religieuse de lIran.
« Une lutte de pouvoir importante a lieu à Baqouba et le gouverneur est hautement suspecté », selon un résident qui sest identifié sous le nom de Haidar.
Un traducteur irakien qui surveille la presse arabe pour le compte des forces américaines à Diyala et qui vit dans la ville explosive de Muqdadiyah a déclaré au Washington Times que la brigade Badr était très en évidence dans sa ville et avait commencé à cibler le Parti islamique irakien sunnite. « Les jours de fêtes chiites, [les membres de la brigade Badr] marchent dans la rue et protègent les processions des pèlerins chiites », selon le traducteur.
Ce dernier a évoqué lassassinat dun éminent cheik sunnite qui appartenait au Parti islamique irakien comme preuve de laggravation du sectarisme à Diyala.
« Ils ont commencé par viser le Parti islamique, qui selon les rumeurs, reçoit de largent de lArabie Saoudite », a-t-il dit. « Il existe un projet caché visant à déstabiliser lIrak. »
L « ambiguïté » de Téhéran
« Il ny a aucune preuve concluante indiquant que [les Iraniens] encouragent un conflit par personnes interposées », selon un haut officier de larmée américaine dont la mission est de faire des recherches sur le passé des dirigeants politiques de Diyala. « A lheure actuelle, nous essayons de déterminer leurs origines ethniques et ce quils faisaient avant [linvasion de lIrak menée par les USA]. »
« Un grand nombre danciennes relations nous permettent de comprendre pourquoi les différents leaders ont cette peur de lIran », selon cet haut officier.
Avec la pression internationale pesant de plus en plus sur lIran après lannonce de la production duranium enrichi dans le pays, Téhéran pourrait détourner lattention en allant jusquau bout de ses allusions selon lesquelles il va accentuer aussi la pression sur les Etats-Unis en Irak.
Lancien vice ministre des Affaires Etrangères iranien avait confié au Times lannée dernière quil nétait « pas dans lintérêt de lIran que lIrak soit stable, et que nous ne voulons pas non plus dun Irak fragmenté. Lambiguïté est la pierre angulaire de cette politique ».

