lundi, octobre 3, 2022
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Iran-Irak : Subversion iranienne en Irak et options des USA

Iran-Irak : Subversion iranienne en Irak et options des USACNRI, 29 décembre – Le Professeur Raymond Tanter, président de l’Iran Policy Committee basé à Washington, s’est exprimé devant un comité, réuni pour discuter d’un changement démocratique en Iran le 18 décembre à l’Université de Toronto, au sujet des menaces que représente le régime iranien pour l’Irak. Le meeting était organisé par la Commission de défense des droits humains en Iran. Voici le texte intégral de son discours :

Avec la chute de Saddam Hussein à Bagdad, Téhéran est en train de prendre la main en Irak. Étant donné la nécessité de faire cesser l’ingérence de l’Iran en Irak, l’incapacité de la diplomatie à persuader Téhéran de stopper ses activités et l’absence d’option militaire crédible, une politique visant à donner le pouvoir au peuple iranien doit être prise en compte pour amener un changement de régime en Iran.

Les efforts de l’Iran pour semer le chaos en Irak

Le changement de régime à Bagdad a laissé un vide politique dans lequel l’Iran s’est très rapidement engouffré. Téhéran s’est lancé dans :
● Une infiltration de la société irakienne en prenant le contrôle des autorités locales telles que les bureaux du gouvernement, les municipalités et les organes judiciaires,
● La pénétration en Irak d’Irakiens venant d’Iran : Un grand nombre d’Irakiens ont la double nationalité et ont été entraînés par Téhéran pendant près de 20 ans pour être en mesure de rejoindre la force de police irakienne dans l’ère post-Saddam ; certains Irakiens ont même occupé des fonctions de commandement au sein des gardiens de la révolution iraniens,
● L’établissement d’organisations caritatives locales afin d’aider les populations locales et de créer un environnement social favorable au recrutement. L’Iran a testé cette tactique dans le sud du Liban et l’a jugée profitable.

Alors que l’on pense que l’Iran travaille probablement pour des groupes politiques irakiens légitimes tels que le Conseil suprême pour la révolution islamique en Irak et même pour des milices paramilitaires telles que l’Organisation Badr, l’Iran est aussi engagé dans des activités clandestines subversives en Irak. Avec l’aide de la Force Qods des gardiens de la révolution d’Iran, le Hezbollah irakien cherche à mener à bien le plan de Téhéran. Celui-ci implique de rassembler des renseignements sur les forces américaines et britanniques en Irak, d’acquérir et de stocker des armes, ainsi que de construire et d’agrandir un réseau subversif en Irak.

A l’automne 2003, l’ambassadeur L. Paul Bremer, alors chef de l’Autorité provisoire de la coalition, a accusé l’Iran d’autoriser plusieurs centaines de membres d’Ansar al Islam, qui a mis en place en 2001 un mini État dans le style taliban sur un territoire contrôlé par les Kurdes, de rentrer en Irak.

En septembre 2003, Bremer a déclaré à la commission budgétaire du Sénat que « les éléments actuels du gouvernement iranien créent des problèmes en Irak en se mêlant des affaires du pays par l’intermédiaire de leurs services d’espionnage et des gardiens de la révolution ».

Selon le Pentagone, plus de la moitié des pertes humaines américaines en Irak sont dues à des bombes artisanales posées sur les bords des routes, dont l’explosion est télécommandée ou programmée. Plus de 2000 soldats américains ont été tués et presque 15.500 ont été blessés en Irak entre mars 2003 et novembre 2005. Téhéran semble de plus en plus être la source de ces bombes qui tuent les forces multinationales en Irak.

En novembre 2005, un haut général britannique qui commande une division multinationale forte de 13.000 hommes dans le sud-est de l’Irak, a déclaré que de la technologie et des explosifs sophistiqués destinés à fabriquer des bombes improvisées tuant des soldats américains et britanniques provenaient apparemment d’Iran. De surcroît, pas plus tard qu’en août, le secrétaire de la Défense, Donald Rumsfeld, a affirmé que les armes retrouvées en Irak provenaient « clairement et sans ambiguïté » d’Iran.

Les options pour les États-Unis

Au vu des activités subversives de l’Iran en Irak, Washington a trois options : la diplomatie, la menace d’une action militaire et un changement démocratique en Iran. Alors que la diplomatie échoue en raison des efforts de l’Iran pour mener à terme son cycle de fabrication de bombes nucléaires, il est peu probable que la diplomatie soit efficace pour tenter de stopper l’Iran en Irak.

Néanmoins, Washington a raison d’autoriser l’ambassadeur Zalmay Khalilzad à prendre contact avec les autorités iraniennes afin de persuader Téhéran de cesser de semer le trouble en Irak. Mais il faut deux parties pour négocier et il ne semble pas que l’Iran soit intéressé par les contraintes des négociations sur ses activités en Irak. 

Alors que la menace d’une force militaire doit rester à l’ordre du jour, Téhéran considère une telle menace de plus en plus improbable au vu des guerres en Afghanistan et en Irak. Avec une diplomatie incertaine et une intervention militaire improbable, examinons la viabilité de la troisième alternative : un changement de régime en Iran.

Considérons les remarques du président Bush le 6 octobre 2005. Prenant la parole devant le National Endowment for Democracy à Washington, le président a déclaré que les États-Unis étaient déterminés à priver les groupes radicaux du soutien et de l’asile fournis par les régimes hors-la-loi. En effet, le président Bush a affirmé : « Les États-Unis ne font aucune distinction entre ceux qui commettent des actes de terreur et ceux qui soutiennent et protègent les terroristes, car ils sont tous deux coupables de meurtre de la même manière ». La signification des remarques du président est telle qu’elle suppose qu’un changement de régime en Iran est à l’ordre du jour. 

En 2005, l’administration Bush a accru son soutien au peuple iranien dans sa quête d’autodétermination et a commencé à reconnaître le rôle de l’opposition pour faciliter un changement de régime en Iran. Dans son discours au National Endowment for Democracy, le président a déclaré : « Nous sommes aux côtés des dissidents et des exilés contre les régimes oppressifs, car nous savons que les dissidents d’aujourd’hui seront les dirigeants démocratiques de demain ». Mais qui sont les dissidents iraniens d’aujourd’hui ? Il faut alors déterminer lequel des groupes d’opposition démocratique le régime craint le plus.

A partir de sites Internet en langues anglaise puis farsi, un groupe de recherche de l’Iran Policy Committee a analysé des déclarations de dirigeants iraniens sur les groupes d’opposition. Plus le régime mentionne un groupe spécifique, plus ce groupe est dans le collimateur du régime. Ils ont remarqué que le groupe pro démocratique Moujahidin-e Khalq (MEK) était le sujet de discussion 230% fois plus que tous les autres groupes réunis. Les résultats montrent que le régime est préoccupé par les MeK en raison du soutien latent et manifeste dont le groupe bénéficie dans la population iranienne et en raison de la capacité des Mek de faciliter un changement de régime.

Si l’on se base sur ces données, Téhéran perçoit une menace venant des Mek et tolère les autres groupes d’ « opposition ». Si Téhéran voit ses principaux opposants comme une menace, la politique américaine doit se servir de cette perception dans une stratégie de diplomatie coercitive vis-à-vis du régime. En d’autres termes, Washington doit retirer les groupes d’opposition iraniens de la liste des organisations terroristes étrangères du Département d’État. Une autre raison pour ce retrait, c’est que ces organisations n’appartiennent pas à cette liste parce qu’elles sont des organisations terroristes.

Lorsque Mohammad Khatami est devenu président du gouvernement d’Iran en 1997, Washington a décidé de soutenir les “modérés” au sein du régime clérical en Iran. En désignant le plus grand adversaire national de Téhéran, les MeK, membre de la liste des organisations terroristes, le gouvernement américain a tenté de renforcer la faction de Khatami.

Mais, avec l’arrivée du radical Mahmoud Ahmadinejad à la présidence d’Iran, le guide suprême l’ayatollah Ali Khamenei, a consolidé son pouvoir et il n’y a plus aucune raison de renforcer celui des modérés iraniens relatifs aux radicaux. Le résultat final est que le fait de les retirer de la liste aboutirait aux objectifs suivants :
● Renforcer la promesse du président Bush selon laquelle l’Amérique est aux côtés du peuple d’Iran dans sa lutte pour la libération et communiquer au peuple iranien que l’Amérique est à ses côtés.
● Avertir les dirigeants cléricaux qu’une nouvelle option est implicitement à l’ordre du jour, un changement démocratique, et que l’Amérique ne se cantonnera pas aux options diplomatiques qui ont échoué ou aux options militaires improbables.
● Faire passer le statut de Khamenei-Ahmadinejad d’un mode offensif vers un mode défensif : le régime iranien se rendrait compte qu’il fait face à une opposition à ses frontières qui a la capacité et la détermination.
 
En bref, le besoin que l’Iran cesse de perturber l’Irak, l’incapacité de la diplomatie à persuader Téhéran de cesser ces activités et l’absence d’option militaire crédible suggèrent une politique visant à donner le pouvoir au peuple iranien pour amener un changement de régime en Iran.

Raymond Tanter, professeur de sciences politiques à l’Université de Georgetown, est membre du Washington Institute, pour la recherche d’options dans la politique américaines vis-à-vis de l’Iran. De 1981 à 1982, le Dr Tanter était membre du Conseil national de Sécurité et représentant personnel du Secrétaire à la défense durant les négociations sur le contrôle des armes qui ont eu lieu à Madrid, Helsinki, Stockholm et Vienne entre 1983 et 1984. Actuellement, il est membre du Conseil des Relations Étrangères.

 

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