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Sonner l’alarme pour le camp d’Achraf

Par Irwin Cotler *

Toronto Star – 18 décembre 2011 – Tandis que le monde se prépare à célébrer le début de la nouvelle année, les personnes au camp d’Achraf, en Irak, vivent dans un danger imminent. Dans le camp – mis en place par les forces américaines – 3400 réfugiés iraniens font face à un massacre à venir par le gouvernement irakien.

La majorité des résidents ont survécu jusqu’à maintenant en raison de la protection américaine, mais avec le départ des forces américaines d’ici la fin de l’année, le gouvernement irakien a imposé un délai arbitraire au 31 décembre aux résidents pour partir. Ceux qui n’ont nulle part où aller seront probablement attaqués et tués ; pourtant, la communauté internationale est largement silencieuse face à leur détresse. Le Haut-Commissaire pour les Réfugiés des Nations Unies a classé les résidents du camp d’Achraf comme demandeurs d’asile et dénonce son manque d’accès à ces derniers.

Nous savons que les résidents du camp d’Achraf subissent persécution et intimidation continues par les gouvernements irakien et iranien. En effet, par deux fois, les résidents du camp ont été tués et blessés sans distinction. Les résidents sont principalement des Iraniens opposés au régime de Mahmoud Ahmadinejad et luttant pour un Iran libre et démocratique. Dans ce qui peut être vu comme une double sentence de mort, lorsque le délai sera passé, ils vont probablement être sommairement tués par les forces irakiennes, ou se trouver transférés de force en Iran – où ils feront face à la même persécution ciblée qu’ont subi d’innombrables autres qui résistent courageusement au régime d’Ahmadinejad.

Au même moment, des informations sur le terrain indiquent que l’armée irakienne se prépare à une attaque, augmentant les craintes que les résidents ne puissent pas même être en sécurité à Achraf jusqu’au 31 décembre.
 
Ces deux dernières semaines, la sous-commission de la Chambre des Communes sur les droits de l’homme internationaux – dont je suis le vice-président – a entendu le témoignage effrayant de témoins, dont l’ancien ministre de la Justice américain Michael Mukasey – un ardent défenseur de la protection des résidents du camp d’Achraf – qui ont franchement déclaré : « Le gouvernement irakien a clairement fait comprendre qu’ils iront là-bas avec des troupes et tueront la totalité des gens. Soit cela, soit ils les éparpilleront à l’intérieur de l’Irak en des endroits où ils pourront s’en débarrasser hors des yeux de la communauté internationale. »

Nous avons également entendu le Colonel de l’armée (retraité) Wesley Martin – le tout premier colonel à avoir commandé le camp d’Achraf – qui a dit de la guerre américaine en Irak : « Nous avons fait beaucoup d’erreurs, et beaucoup de personnes ont payé l’ultime prix pour ces erreurs. À moins que des mesures favorables soient prises rapidement, 3400 résidents du camp d’Achraf seront les prochains à payer la note. »

En fait, la sous-commission était tellement émue qu’elle a adopté une résolution unanime appelant le gouvernement du Canada – de concert avec nos partenaires internationaux – à entreprendre immédiatement des actions pour aider à s’assurer que les vies de ceux du camp d’Achraf ne soient pas en danger. En particulier, nous appelons le gouvernement de l’Irak à étendre le délai pour les résidents pour partir après le 31 décembre et à permettre à des observateurs internationaux et à des groupes d’assistance d’entrer dans le camp d’Achraf – notamment pour interroger les résidents individuellement pour déterminer leur éligibilité au statut de réfugié.

En outre, nous appelons le gouvernement du Canada – conjointement avec nos alliés – à demander une résolution du Conseil de Sécurité de l’ONU pour mettre en place une force protectrice afin de s’assurer de la sécurité des réfugiés au camp d’Achraf. De plus, la commission a appelé les États-Unis à remplir leurs obligations morales et légales envers les résidents du camp d’Achraf et à ne pas oublier ceux qui seront laissés pour compte tandis que les troupes américaines quittent l’Irak.

Alors que le monde se prépare à fêter le Nouvel An, agissons pour protéger les personnes du camp d’Achraf contre un déplacement certain et probablement la mort et décidons de tenir le gouvernement de l’Irak pour responsable de ses actions. C’est maintenant le moment d’agir pour Achraf ; demain il sera peut-être trop tard.

Irwin Cotler est membre du Parlement pour Mount Royal et ancien ministre de la Justice et procureur général du Canada. Il est vice-président de la sous-commission des droits de l’homme internationaux.