jeudi, juin 20, 2024
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La lettre de protestation de Hassan Rohani vise le Conseil des gardiens de Khamenei et s’en prend au régime iranien


Moins d’une semaine après une défaite significative du régime au deuxième tour de la simulacre d’élections parlementaires en Iran, un site Internet affilié à Hassan Rohani, ancien président des mollahs, a publié une lettre ouverte. Bien que l’écrit critique principalement Ali Khamenei et son projet de consolidation du pouvoir, il sert également de preuve supplémentaire de l’échec de la politique de complaisance occidentales à l’égard de Téhéran.

Lors des élections organisées par le régime pour l’Assemblée des experts, le 1er mars, le Conseil des gardiens a interdit à Hassan Rohani de se présenter.

Au début de la lettre, Rohani menace Khamenei, prétendant détenir des secrets qu’il s’est jusqu’à présent abstenu de divulguer pour éviter l’indignation du public contre l’État.

Il écrit : « Au cours des huit années de ma présidence, j’ai résisté à de nombreuses attaques avec des « épines dans les yeux » et des « os dans la gorge » tout en défendant les droits de la nation et du gouvernement, et j’ai dissimulé des secrets inédits et les a enterrés pour l’histoire afin que le système et le peuple ne souffrent pas de la dichotomie entre le gouvernement et la direction (du pouvoir). »

En affirmant s’adresser au peuple iranien pour « fournir un rapport sur les raisons avancées par le Conseil des Gardiens pour sa disqualification », l’ancien président lance une attaque contre le projet de Khamenei visant à le destituer et à mettre sur la touche une longue liste de hauts responsables du pouvoir, soulignant l’échec du régime dans sa globalité.

Rohani écrit : « Maintenant, pour justifier ma disqualification, le Conseil des Gardiens fait référence au curriculum vitae du président légitime d’une manière qui suggère que le deuxième plus haut fonctionnaire du pays est un opposant à l’État. Ce conseil, qui a lui-même confirmé mon éligibilité à deux reprises aux élections présidentielles, cinq fois aux élections législatives et trois fois aux élections de l’Assemblée des experts, a commis une erreur. Il considère comme coupable un responsable qui a été successivement président, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale (pendant 16 ans) et le représentant du Guide au sein de ce conseil (pendant 24 ans), et son chef (pendant huit ans), et il est jugé non qualifié par le Conseil des gardiens, malgré une histoire de 45 ans depuis son mandat à l’Assemblée consultative islamique [Parlement] jusqu’à son mandat à l’Assemblée des experts de 1979 à 2024, soit l’équivalent à toute la vie du système de la République islamique. La disqualification d’anciens présidents et de certains chefs de branches ne remet-elle pas en question le républicanisme du système ? »

De nombreux hauts responsables et chefs d’État du régime iranien, dont Akbar Hashemi Rafsandjani, Mohammad Khatami et Mahmoud Ahmadinejad, après avoir occupé des postes élevés dans le système, ont été éliminés du pouvoir et disqualifiés par le Conseil des gardiens.

Évoquant la probabilité de la mort de Khamenei et révélant ses projets d’influencer le cycle de succession, Rohani reconnaît : « Je comprends pourquoi un mouvement indépendant et critique n’a pas été toléré pendant le sixième mandat de l’Assemblée des experts. Je reconnais que le sixième mandat de l’Assemblée des experts est une période cruciale et charnière, et la présence de personnes comme moi est considérée avec inquiétude par les juristes du Conseil des Gardiens. »

Rohani épingle « le Conseil des Gardiens non élus », en s’interrogeant : « Quelles élections et avec quels votes ces juristes ont-ils obtenu le droit de priver les représentants choisis par le peuple de leur droit de choisir ? La règle du conflit d’intérêts ne s’applique-t-elle pas aux juristes du Conseil des Gardiens qui sont tous deux candidats à l’Assemblée des experts et examinent les qualifications de leurs rivaux ? Les juristes du Conseil des Gardiens, ayant le moins d’expérience politique, sécuritaire et diplomatique, ont-ils des qualifications spécialisées pour disqualifier les candidats en raison de ce qu’ils perçoivent comme des connaissances et une perspicacité politiques ? Combien de fois vous, qui accusez les candidats d’être déconnectés du peuple, vous êtes-vous soumis au jugement du public lors d’élections compétitives ? »

Pour défendre son bilan et rejeter les allégations du Conseil des Gardiens concernant l’accord nucléaire iranien de 2015, tout en accusant Khamenei des compromis de Téhéran, Rohani admet que le régime a eu recours à l’extorsion nucléaire auprès de l’Occident.

Il écrit : « Il n’est pas mauvais de rappeler à ces messieurs qu’après le retrait unilatéral des États-Unis du JCPOA (Plan d’action global commun), l’Iran a réduit ses obligations proportionnellement, et lorsque les rumeurs d’utiliser le mécanisme de snapback de la part de certains des cinq plus un ont été entendus, une position décisive a été immédiatement prise et il a été officiellement annoncé que s’ils voulaient utiliser le mécanisme de snapback, l’Iran se retirerait immédiatement du TNP. »

Tout au long de la lettre, présentée comme une « critique constructive », il apparaît clairement à quel point les conflits internes imprègnent les trois branches de la structure du pouvoir. Rohani accuse diverses entités, notamment le Conseil des gardiens, de participer à des purges politiques et factionnelles.

De plus, Rohani souligne son rôle central dans la confrontation avec « l’hégémonie mondiale », en soulignant les calculs erronés des gouvernements occidentaux pour amadouer Téhéran sous prétexte de donner du pouvoir aux éléments modérés du clergé.

Aujourd’hui, au lieu d’une interprétation naïve de « l’opposition courageuse de Rohani à Khamenei », il serait plus sage de tirer les leçons des expériences des quatre dernières décennies. Le fait de saper l’ensemble du régime par son ancien numéro deux n’est pas simplement un appel à la liberté ou même à la justice personnelle, mais plutôt une indication flagrante de la grave privation du droit de vote. Cela souligne l’incapacité du régime à faire face à ses ombreuses crises internes, régionales et internationales et souligne la nécessité d’exercer une pression maximale pour l’affaiblir davantage, laissant finalement son sort entre les mains de son peuple.