mercredi, décembre 7, 2022
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Plus de « campagne de pressions » sur les réfugiés iraniens à Achraf

Point de vue extérieur

L’auteur de cet article soutient que de nombreux responsables internationaux, et surtout l’émissaire de l’ONU Martin Kobler, ferment les yeux sur les besoins élémentaires des réfugiés iraniens en Irak

Par Struan Stevenson, chroniqueur extérieur de UPI

UPI, Bruxelles, 27 juillet – Concernant les réfugiés iraniens dans les camps d’Achraf et Liberty en Irak, le Groupe de travail sur la détention arbitraire des Nations Unies a récemment déclaré dans son rapport : « La situation des résidents du camp Liberty équivaut à celle de détenus ou de prisonniers (…) Le Groupe de travail estime qu’il n’y a pas de justification légale pour maintenir ces personnes ainsi que d’autres individus dans le camp Liberty, et qu’une telle détention n’est pas conforme aux normes ni aux principes de la législation des droits humains internationaux, et qu’elle viole plus particulièrement l’article 9 de la Déclaration universelle des droits de l’homme ».

Dans l’intervalle, parfaitement au fait de ce rapport, l’émissaire de l’ONU en Irak Martin Kobler, a tenté dans un rapport inique au Conseil de sécurité de l’ONU le 19 juillet, de fermer les yeux sur la situation déplorable au camp Liberty et a essayé de rendre les résidents d’Achraf responsables de l’impasse dans leur réinstallation.

Il a appelé les résidents à « coopérer avec les autorités irakiennes et à partir du camp d’Achraf pour le camp Hurriyeh » ainsi qu’à « respecter les lois irakiennes et éviter la provocation et la violence ».

Du point de vue du gouvernement irakien et du régime iranien, ces propos constituent un feu vert clair et sans équivoque pour attaquer et réprimer les résidents et donnent lieu à de sérieuses inquiétudes.

Cette semaine, Kobler et la Mission d’Assistance de l’ONU en Irak ont fourni au gouvernement irakien une feuille de route, appelé les résidents « à commencer sans délai  les préparatifs du prochain déplacement » et demandé au gouvernement irakien « d’être généreux en ce qui concerne les besoins humanitaires des résidents et de continuer de chercher une solution pacifique à ce problème en toutes circonstances ».

Il n’est absolument pas compréhensible qu’en dépit de toutes les réalités sur le terrain et de ses propres déclarations comme quoi il n’y a pas d’espoir de transfert dans un futur proche, et malgré le rapport du Groupe de travail sur la détention arbitraire de l’ONU, Kobler exige d’entasser tous les résidents d’Achraf dans le camp Liberty sans d’abord assurer leurs besoins humanitaires élémentaires.

Il semble qu’indépendamment des intentions de Kobler, entasser tous les résidents d’Achraf dans l’étroite zone d’un demi km² du camp Liberty satisfait uniquement le désir du gouvernement irakien et du régime iranien.

Durant ces derniers mois, les résidents d’Achraf ainsi que leurs représentants ont constamment réduit leurs requêtes humanitaires pour aller à Liberty. Ils ont réitéré leurs requêtes le 23 juillet dans une lettre collective au Secrétaire général de l’ONU, déclarant qu’ils ne partiraient pas à Liberty tant que ces requêtes ne seront pas satisfaites.

Ces requêtes sont : Raccorder Liberty au réseau d’eau urbain ou bien pomper l’eau dans le canal situé à 150 mètres de Liberty ; transférer tous les groupes électrogènes d’Achraf et particulièrement les six principaux ; délivrer six véhicules utilitaires aux résidents ; transférer d’Achraf les bungalows spécialement aménagés pour handicapés ; transférer cinq chariots élévateurs pour déplacer les charges lourdes ; transférer une voiture pour chaque groupe de 40 résidents ; autoriser un minimum de constructions dans Liberty ainsi que l’amorce de la vente des biens meubles et immeubles.

Tous ces points constituent des besoins normaux et vitaux des résidents. La raison pour laquelle l’Irak n’accepte pas d’appliquer ces conditions humanitaires minimales repose clairement sur les instructions directes du régime iranien qui veut exercer davantage de pression sur les résidents de Liberty pour qu’ils se soumettent, qu’ils capitulent et retournent en Iran, où ils seront confrontés à une arrestation, la torture et l’exécution.

Les problèmes des résidents du camp Liberty ne se limitent pas aux points mentionnés ci-dessus et comprennent plusieurs questions graves comme : déclarer le camp Liberty comme camp de réfugiés ; augmenter la surface du camp jusqu’à ce que la majorité des résidents soient transférés hors d’Irak ; la liberté de circulation ; accéder aux avocats ; accélérer la détermination du statut de réfugié des résidents ainsi que les transferts vers des pays tiers ; tout cela doit être résolu dans une prochaine étape afin de rendre supportables les conditions de vie des réfugiés du camp Liberty avant leur réinstallation dans des pays tiers.

J’ai écrit cette semaine aux autorités de l’Union européenne : « Ces événements réaffirment ma détermination ainsi que celle d’autres hauts membres du Parlement européen pour exiger l’intervention de l’ONU et des États-Unis au plus haut niveau afin de régler ce chaos, de forcer les autorités irakiennes à respecter leurs engagements de traiter humainement les résidents d’Achraf et Liberty ainsi que d’accélérer la réinstallation de ces personnes dans des pays sûrs hors d’Irak. Tant que de telles assurances ne seront pas reçues et que l’on ne pourra constater sur le terrain la preuve de leur mise en application, nous ne pourrons pas exhorter au transfert final des 1200 résidents d’Achraf restant dans ces conditions épouvantables à Liberty. »

Malheureusement, ces jours-ci, nous assistons à une campagne de pressions de la part de l’ambassadeur Kobler et du Département d’État américain contre les résidents d’Achraf, qui cherche à forcer les résidents à quitter Achraf sans satisfaire leurs requêtes humanitaires minimales. Cette campagne constitue une violation des principes élémentaires des droits humains et du droit humanitaire international tout comme des principes sur lesquels les Nations Unies sont fondées, c’est pourquoi nous la condamnons fermement.

Au Parlement européen, nous exhortons les Nations unies, les États-Unis ainsi que l’Union européenne à déplacer leur attention de cette campagne improductive pour augmenter leurs efforts afin de garantir la sécurité aux réfugiés d’Achraf et Liberty, assurer les conditions humanitaires minimales des résidents ainsi que leur réinstallation urgente dans des pays tiers sûrs.

(L’eurodéputé Struan Stevenson préside la Délégation du Parlement européen pour les relations avec l’Irak.)

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