Partir … être prêt ou pas

Bagdad 19 août 2009Par Mohammed Hussein

The New York Times, Bagdad, 29 août – Le retrait des forces américaines du centre des villes irakiennes est un moment remarquable dans l'histoire moderne de l'Irak. Le gouvernement irakien a publiquement célébré cet événement comme jamais auparavant, le reliant à la révolution de 1920 contre les forces britanniques en Irak, et le qualifiant de « jour de la victoire ».

Mais les Irakiens ont leurs soucis : est-ce que le retrait américain était réel, et est-ce que le gouvernement irakien peut diriger sans aucune aide ? Les forces irakiennes sont-elles suffisamment qualifiées pour assumer la responsabilité des provinces de l'Irak ? Les forces américaines ont-elles accompli leur mission en Irak ?

Or, trois incidents ont eu lieu en quelques semaines. Tout d'abord, au nord de Bagdad, en juillet, lorsque les forces de sécurité irakiennes ont mené des actions contre le camp d'Achraf, qui abrite environ 3500 membres du groupe d'opposition iranien les Moudjahidine du peuple. Des centaines de soldats irakiens ont encerclé le camp, provoquant le chaos en tirant au hasard et jetant leurs véhicules Humvee dans la foule, faisant neuf morts et des dizaines de blessés. Les Irakiens voulaient montrer leurs muscles à un groupe de personnes non armées qui ont été protégées par les forces américaines pendant les six dernières années.

Puis neuf membres des forces de sécurité irakiennes appartenant à différentes branches de la sécurité et de l’armée ont mené le plus grand vol jamais vu en Irak. Huit gardiens de banques ont été tués, et environ 7 millions de dollars volés.

Mais le plus grave incident s'est produit le 19 août, lorsque deux attentats quasi simultanés de camions suicides chargés d’environ 3,4 tonnes d'explosifs ont visé deux bâtiments du gouvernement. Le premier a touché le ministère des Finances et le second est venu trois minutes plus tard, quand un camion piégé a frappé le ministère des Affaires étrangères, à quelques centaines de mètres seulement de la Zone Verte. Les deux bombes ont tué environ 93 personnes, et en ont blessé un millier.

Plus tôt ce mois-ci le gouvernement irakien avait pris la décision de retirer de Bagdad tous les murs anti-explosion, qui pendant six ans, avaient offert un refuge à certains quartiers, édifices gouvernementaux et officiels, donnant à des parties de la ville l'aspect d'une forteresse, comme l’a écrit mon collègue de Bagdad Marc Santora.

Le gouvernement présente les forces de sécurité irakiennes comme la seule puissance offrant une protection à tout l'Irak. Il fait cela pour renforcer son argument selon lequel les troupes américaines ne sont plus nécessaires, et que les forces irakiennes et le gouvernement peuvent facilement gérer tout, oubliant l'aide qu'ils ont reçue des Américains ces six dernières années.

Après 2003 l'armée irakienne a été dissoute, et la formation d’une nouvelle armée a été la priorité des commandants américains. La porte était grande ouverte à tous pour être recrutés dans la nouvelle armée et la police, parce qu'à cette époque les forces américaines avaient grandement besoin de recruter autant de personnes qu'ils le pouvaient.

La plupart des partis politiques avec des milices armées ont facilement placé leurs hommes dans les nouvelles forces de sécurité, et c’est ainsi qu’elles ont été totalement infiltrées. La plupart de ceux qui se sont engagés n'avait aucune connaissance du travail de base d’une armée professionnelle, et étaient là pour mettre en œuvre le programmes politiques de leurs partis. D'autres s'occupaient de leurs propres avantages financiers, par le biais de la corruption.

En tant qu'observateur, je dirais maintenant qu’il y a deux commandements en Irak, séparé l’un de l'autre. Il n'y a plus de conférences de presse communes entre les commandants irakiens et américains, aucune mise à jour commune de la sécurité. Alors que le peuple irakien au milieu subit une nouvelle catastrophe tous les jours.

Le commandement irakien embellit toujours l’état de la sécurité. Mais si les forces de sécurité irakiennes ne sont pas parvenues pas à faire face à environ 3500 personnes au camp d’Achraf, comment peuvent-elles imposer la loi et la sécurité dans tout l'Irak ?

Si les forces de sécurité irakiennes sont impliquées dans des vols et des assassinats, comment peuvent-elles protéger les Irakiens et leurs biens ?

Si les forces de sécurité irakiennes n’ont pas pu détecter deux camions chargés de milliers de kilos d'explosifs, comment le gouvernement a-t-il pu prendre une décision aussi imprudente que de supprimer les murs anti-explosion, uniquement pour gagner de la gloire sur les corps des Irakiens ?

Nous savons que les Américains ont payé de leur sang et de leur richesse pour libérer l'Irak, mais laisser les Irakiens au milieu de nulle part, accélérera la démolition de tous les efforts américains accomplis ces six dernières années.

Mohammed Hussein est le rédacteur en chef du bureau de Bagdad du New York Times. Les opinions qu'il exprime lui sont propres et ne sont pas celles du New York Times.