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Téhéran accusé d’assembler secrètement une bombe atomique

Téhéran accusé d'assembler secrètement une bombe atomiqueLes Moudjahidin du peuple affirment que la république islamique a accéléré son programme nucléaire clandestin. Une information plausible, selon les experts.  
 
Par Sylvain Besson
  
Le Temps (Suisse) –  La crise du nucléaire iranien a encore gagné en intensité jeudi. Alors que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) doit publier ce vendredi un rapport sur l’Iran, l’opposition en exil a accusé le régime islamique de Téhéran de tester les composants d’une bombe semblable à celle qui a dévasté la ville japonaise de Nagasaki en 1945.

Selon Mohammad Mohadessine, un responsable du Conseil national de la résistance iranienne basé à Paris, «la plupart des pièces» nécessaires à la production d’une bombe primitive de type fat man («gros homme») ont déjà été fabriquées par l’Iran. Vingt kilos de béryllium, un métal rare, auraient été achetés par le Ministère iranien de la défense pour cet engin.

Téhéran aurait aussi augmenté ses capacités de produire de l’uranium enrichi, indispensable à la fabrication d’armes nucléaires. L’opposition en exil affirme que le régime disposerait de quelque 5000 centrifugeuses de type P-1 et chercherait à développer un modèle plus performant, le P-2, sur deux sites secrets à Natanz et Abali, au nord de Téhéran.

Contacté par Le Temps, un diplomate iranien en poste à Paris a réfuté ces accusations: «Ces informations sont incorrectes et relèvent de la manipulation des opinions publiques», estime ce fonctionnaire qui souhaite rester anonyme. Officiellement, le programme nucléaire iranien est purement pacifique.

Le Conseil national de la résistance est dominé par les Moudjahidin du peuple, un groupe que les autorités de Téhéran considèrent comme «terroriste». Les Moudjahidin du peuple, qui ont mené de nombreuses actions armées contre le régime islamique, ont également été placés sur la liste des organisations terroristes établie par l’Union européenne.

Cela n’empêche pas certains spécialistes occidentaux de juger crédibles les révélations faites jeudi. «Il y a un devoir de prudence, mais cela accroît le faisceau d’indices concernant le programme nucléaire iranien», commente Frédéric Tellier, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques*. Il rappelle qu’en 2002 les mêmes opposants avaient révélé l’existence de deux installations nucléaires secrètes, à Arak et Natanz, qui avaient conduit la communauté internationale à suspecter Téhéran de vouloir se doter de l’arme atomique.

L’opposition en exil dispose de relais en Iran et les informations divulguées jeudi sont précises: y figurent notamment les noms de scientifiques et d’entreprises impliqués dans le programme nucléaire clandestin. Mais pour l’expert américain David Albright, certains détails ne collent pas: «Il n’y a pas besoin d’utiliser du béryllium pour fabriquer une bombe primitive. De l’acier ou l’uranium appauvri suffisent.» Selon la Française Thérèse Delpech**, l’évocation d’une bombe de type fat man est surprenante car elle implique l’utilisation de plutonium: «C’est tout à fait nouveau, même si l’on sait que l’Iran n’a pas dit la vérité sur ses expériences d’extraction du plutonium.»

En revanche, les spécialistes s’accordent sur un point: le régime iranien dispose d’une impressionnante capacité d’enrichissement d’uranium. Il pourrait posséder jusqu’à 3000 centrifugeuses de type P-1 et de machines de type P-2 acquises grâce au réseau d’Abdul Qadeer Khan, le père de la bombe atomique pakistanaise. «Il est raisonnable de conclure que l’Iran a un programme nucléaire militaire, mais nous n’avons pas de preuve définitive qu’il est en train de construire une bombe», résume David Albright.

Face aux pressions internationales – le Conseil de sécurité des Nations unies a donné jusqu’à ce vendredi à l’Iran pour suspendre ses activités d’enrichissement – le président Mahmoud Ahmadinejad se montre inflexible: «Grâce à Dieu, a-t-il déclaré jeudi, nous sommes un pays nucléaire. Nous voulons la paix et la sécurité et nous ne sommes une menace pour aucun peuple.»

* «L’heure de l’Iran», Frédéric Tellier, Paris, Ellipses, 2005.

** «L’Iran, la bombe et la démission des nations», Thérèse Delpech, Paris, Autrement, 2006.