Washington Post, 21 mai – Il est parfaitement évident que la dernière manœuvre de l'Iran sur l’uranium, négociée par le Brésil et la Turquie, est une ruse.
L’Iran conserve plus que suffisamment d'uranium enrichi pour fabriquer une bombe. Et il continue d'enrichir à un rythme accéléré et à une plus grande pureté (20 %). C'est pourquoi le ministère français des Affaires étrangères a immédiatement déclaré que l’envoi provisoire claironné d’uranium iranien en Turquie ne fera rien pour stopper le programme nucléaire iranien.
Il rendra, toutefois, des sanctions significatives plus difficiles. La résolution du Conseil de sécurité proposé par les Etats-Unis est déjà ridiculement faible — pas de liste noire pour la banque centrale d'Iran, pas de sanctions contre l'Iran du pétrole et du gaz, pas d'inspections non consensuelles en haute mer. Pourtant, la Turquie et le Brésil — tous deux membres actuels du Conseil de sécurité — sont si opposés aux sanctions qu'ils ne vont même pas discuter de la résolution. Et la Chine aura maintenant un nouveau prétexte pour l'affaiblir davantage.
Mais le sens profond du tour de passe-passe sur l’exportation d'uranium repose sur le cynisme avec lequel le Brésil et la Turquie ont offert une couverture aux ambitions nucléaires des mollahs et ont délibérément sapé les efforts des États-Unis pour freiner le programme nucléaire iranien.
La vraie nouvelle est cette photo déjà célèbre : le président du Brésil, notre plus important allié en Amérique latine, et le Premier ministre de Turquie, l’ancre musulmane de l’OTAN depuis plus d'un demi-siècle, levant les mains avec Mahmoud Ahmadinejad, le leader anti-américain le plus virulent au monde.
Cette image — un prends-ça-dans-la tronche-Oncle-Sam triomphant et défiant — est un verdict écrasant pour la politique étrangère d’Obama. Elle montre comment les puissances émergentes, traditionnelles alliées des Américains, après avoir vu cette administration en action, ont décidé que cela ne coûtait rien de s’aligner avec les ennemis de l'Amérique et que cela ne rapportait rien de s’aligner sur le président des États-Unis compte tenu des excuses et de la complaisance.
Ils ont observé les tentatives humiliantes du président Obama de plaire à l'Iran, vu que chaque ouverture rejetée entraine une nouvelle offre abjecte de négociation par les États-Unis. Le consentement américain a atteint un tel niveau que le président a mis du retard, à exprimer avec hésitation et mollesse ne serait-ce qu’un soutien en paroles aux manifestants pour la démocratie brutalement réprimées et dont l'appel à un changement de régime offrait le potentiel d’une avancée stratégique des plus significatives pour les États-Unis dans la région depuis 30 ans (…)
Ils ont regardé notre complaisance avec la Syrie, l'agent de l'Iran dans le Levant arabe – le retour de notre ambassadeur en Syrie alors qu'elle renforce son emprise sur le Liban, fournit au Hezbollah des missiles Scud et intensifie son rôle axial dans l’alliance Iran-Hezbollah-Hamas. Le prix de ce mépris ostentatoire des États-Unis et de ses intérêts ? Un « dialogue » encore plus impatient des Etats-Unis (…)
Ce n'est pas seulement une Amérique en déclin. Il s'agit d'une Amérique en retraite – acceptant, ratifiant et déclarant son déclin, et invitant les puissances émergentes à combler le vide.
Et ce n'est pas une retraite par inadvertance non plus. C'est une retraite intentionnelle et, en fait, sur le principe. C'est l'accomplissement parfait du récit tiers-mondiste d’Obama sur les méfaits des Américains, de leur mépris et leur domination pour lesquels il est venu pour nous racheter, nous et le monde. D'où sa déclaration fondatrice à l'Assemblée générale des Nations Unies en septembre dernier comme quoi « aucune nation ne peut ni ne doit essayer de dominer une autre nation» (devinez qui a été la nation dominante ces deux dernières décennies ?) et son rejet de tout « ordre mondial qui élève une nation au-dessus d’une autre ou un groupe de personnes au-dessus d’un autre. " (L’OTAN? L’Occident ? )
Étant donné la politique et les principes d'Obama, la Turquie et le Brésil agissent rationnellement. Pourquoi ne pas fournir une couverture à Ahmadinejad et à ses ambitions nucléaires ? Comme les Etats-Unis reculent face à l'Iran, la Chine, la Russie et le Venezuela, pourquoi ne pas couvrir vos paris ? Il n'y a rien à craindre de Barack Obama, et tout à gagner en vous insinuant dans les bonnes grâces des adversaires émergents de l'Amérique. Après tout, ils croient réellement aider leurs amis et punir leurs ennemis.

