Calculs iraniens

Calculs iraniensD’André Fontaine

Le Monde – La concomitance est frappante. Au neuvième jour de la guerre au Liban entre Israël et l’organisation chiite libanaise Hezbollah, qui depuis longtemps trouve des soutiens politiques et des fournitures militaires du côté de l’Iran, Téhéran a choisi de faire une déclaration sur son programme nucléaire. Le négociateur iranien, Ali Larijani, a annoncé, jeudi 20 juillet, que la République islamique a "décidé la production d’une partie de son combustible nucléaire en Iran même", et qu’elle essaie donc "de produire le combustible nécessaire".

Ce n’est pas, sur le fond, une nouveauté. L’Iran insiste depuis des années sur le droit que lui accorde, à ses yeux, le traité de non-prolifération nucléaire (TNP) à se doter d’installations permettant de produire de l’uranium enrichi. La réponse de l’Iran à l’offre que lui ont soumise les grandes puissances, le 6 juin, sur une coopération dans le domaine nucléaire civil en échange d’une cessation des activités d’enrichissement sera apportée "le 22 août", a ajouté M. Larijani.

Ces deux annonces constituent un camouflet pour les Occidentaux, qui, aux côtés de la Russie et de la Chine, tentent depuis des mois d’obtenir que les dirigeants iraniens se soumettent à leurs injonctions, en mettant fin à des travaux nucléaires fortement soupçonnés d’avoir pour seul objectif de doter l’Iran de l’arme atomique. Ce qui était demandé à l’Iran, c’était d’arrêter immédiatement l’enrichissement et de répondre rapidement, au bout de "quelques semaines" tout au plus, à l’offre présentée par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et l’Allemagne.

Formellement, cela fait plus de cinq mois que le dossier nucléaire iranien a été transféré au Conseil de sécurité. Il était auparavant traité par une structure technique de l’ONU, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Celle-ci avait constaté à de nombreuses reprises que l’Iran agissait en violation de ses engagements internationaux en matière de transparence de ses activités nucléaires. Mais les grandes puissances se sont montrées paralysées sur cette question. L’Iran n’a été exposé à aucune sanction concrète, en raison notamment des réticences de la Russie et de la Chine. Aujourd’hui, le dossier semble gelé.

La guerre au Liban a commencé au moment où, frustrées de ne pas avoir obtenu de réponse de Téhéran à leur offre diplomatique, les grandes puissances avaient annoncé leur intention de réactiver les discussions au sein du Conseil de sécurité sur les sanctions qui pourraient être imposées à Téhéran. Les preuves manquent pour conclure à un lien de cause à effet. Ce qui est en revanche évident est que, fort de son sentiment d’impunité et de puissance que lui donne le réveil du chiisme, Téhéran a décidé de capitaliser sur le conflit au Proche-Orient.