mercredi, novembre 30, 2022
AccueilActualitésActualités: AchrafMadame la Secrétaire Clinton, la vie d’innocents dépend de votre décision

Madame la Secrétaire Clinton, la vie d’innocents dépend de votre décision

Par Siavosh Rajizadeh

HUFFINGTON POST-UK, 24 août 2011 – Mohsen Ansari, un dissident politique iranien et résident du camp d’Achraf en Irak, souffrait de sclérose en plaques depuis plus de 8 ans. Durant la période où les forces américaines ont protégé le camp d’Achraf, son état était sous contrôle et il allait bien. Mais depuis janvier 2009, date à laquelle les États-Unis ont transféré la protection d’Achraf aux forces irakiennes hostiles – sous la forte influence du régime iranien – non seulement Mohsen, mais également tous les autres patients de la clinique médicale d’Achraf se sont vus refuser les soins médicaux vitaux et ont dû faire face quotidiennement à des pressions inhumaines et intolérables. 

Le camp d’Achraf, qui abrite 3 400 dissidents iraniens, à 96 kilomètres au nord de Bagdad, s’est vu refuser de la nourriture, du combustible, une aide médicale ainsi que des médecins spécialistes lors d’un siège inhumain de deux ans et demi. Des pénuries d’eau délibérées ont même été provoquées par la force irakienne de « protection » qui, sous les ordres du Premier ministre Nouri Al-Maliki, a utilisé tous les moyens possibles pour rendre la vie des résidents «insupportable». Ceci, dans le but de reconnaissance vis-à-vis de Téhéran pour avoir soutenu la volonté de M. Maliki d’accéder au pouvoir. En plus de toutes ces pressions, plus de 300 haut-parleurs sont installés autour du camp, beuglant 24 heures sur 24 des obscénités et des menaces à l’encontre des résidents. Malheureusement, ce sont les patients gravement malades, comme Mohsen Ansari, qui en souffrent le plus.
 
Même si les autorités irakiennes savaient que Mohsen avait besoin d’un traitement et de médicaments d’urgence, elles lui ont refusé l’aide médicale chaque fois qu’il en a fait la demande, tentant délibérément de le faire souffrir. Durant ses derniers mois, Mohsen était paralysé des deux jambes et pouvait à peine parler. Mais lorsque l’on le regardait dans les yeux, on pouvait voir un homme résolu qui, après 30 années à défier la tyrannie en Iran, luttait même dans son lit d’hôpital contre la dictature qui l’avait un jour enfermé et torturé comme prisonnier politique en Iran.
 
Les autorités irakiennes, sur les ordres du personnel de l’ambassade iranienne à Bagdad, avaient offert aux patients comme Mohsen un traitement médical, si en échange ils désavouaient leurs convictions et se retournaient contre l’OMPI – le principal groupe d’opposition iranien auquel appartiennent les résidents d’Achraf. Ils ont déclaré que si Mohsen avait accepté de parler contre l’OMPI, il aurait pu rester en vie et recevoir des soins. Mais en mars, dans un entretien télévisé choquant (voir le clip sur YouTube), il a courageusement affirmé préférer mourir plutôt que d’accepter les pressions du régime iranien. Il est finalement décédé tragiquement le 28 août 2011, au camp d’Achraf.
 
A la suite de son décès, le Président de la Délégation du Parlement Européen pour les Relations avec l’Irak, Struan Stevenson, a fait une déclaration, exprimant ses « sincères condoléances » à la famille et aux amis de M. Ansari.
 
« La torture psychologique continue exercée sur les résidents d’Achraf au travers de centaines de haut-parleurs beuglant sans fin des menaces et de la propagande 24/24 H  autour du périmètre du camp, a dû rendre les dernières heures de M. Ansari insupportables. Les restrictions concernant l’accès au camp des fournitures médicales, du combustible, de la nourriture et même de l’eau, sont un crime contre l’humanité » a souligné Stevenson.
 
Mohsen Ansari n’est qu’un exemple des 3 400 résidents du camp d’Achraf qui vivent sous la menace de mort du régime iranien et de ses mandataires en Irak. Sa courageuse résistance dément la machine de propagande du régime iranien ces jours-ci sur Internet affirmant que les résidents d’Achraf sont détenus au camp contre leur volonté. Mohsen aurait pu rester en vie, s’il avait abandonné son combat de toute une vie et choisi de se retourner contre l’OMPI, mais il ne l’a pas fait.
 
Stevenson a ajouté : « Mais soyez rassurés, sa mort ne sera pas vaine. Son opposition à l’injustice et à l’oppression politique est un monument de la victoire du bien sur le mal ».
 
Peut-être que Mohsen serait toujours en vie si les forces américaines n’avaient pas abandonné les résidents qui s’étaient vus accorder par les Etats-Unis un statut de personnes protégées en vertu de la 4ème Convention de Genève, en échange de leur désarmement volontaires en 2003. Mohsen pourrait être toujours en vie si l’OMPI n’avait pas été inscrite, à tort, sur la liste des organisations terroristes étrangères (FTO) du Département d’Etat américain dans un geste politique envers la dictature iranienne. Et Mohsen pourrait être toujours en vie si l’un des pays de l’UE l’avait accepté, puisqu’il avait déjà obtenu le statut de réfugié par la France, mais ils ne l’ont pas fait à cause de la liste FTO. Le représentant du Haut Commissaire des Nations unies pour les Réfugiés (HCR) a déclaré au député républicain de Californie Dana Rohrabacher, qu’aucun pays tiers n’accepterait d’accorder un accès aux résidents d’Achraf en raison de la liste américaine FTO.
 
Comme Mohsen Ansari, il y a beaucoup d’autres personnes au camp d’Achraf, souffrant de douleurs insupportables et de très graves maladies. Mais tant que l’OMPI est inscrite sur la liste FTO aux Etats-Unis et tant que le gouvernement américain ne respectera pas ses obligations juridiques, morales et humanitaires, davantage d’innocents pourraient perdre la vie.
 
Le temps manque et les Etats-Unis semblent détenir la clé pour sauver la vie des 3 400 civils innocents et désarmés, si la Secrétaire Clinton retire l’OMPI de la liste et ouvre la voie à une résolution humanitaire de la crise au camp d’Achraf. Les Etats-Unis peuvent fermer les yeux ou peuvent aider en faisant ce qui est juste. Heureusement, cela n’implique aucun soutien militaire ou financier, et aucun soutien de ce genre n’a été demandé.
 
La Secrétaire Clinton s’apprête à annoncer prochainement sa décision, en réponse au jugement, l’an dernier, d’une Cour d’Appel Fédérale recommandant que l’étiquette injuste de terroriste imposée sur l’OMPI soit retirée. Espérons que lorsqu’elle fera son choix, elle contemplera les vies qui dépendent de sa décision. Une bonne décision, comme l’a recommandé la cour, est cruciale afin d’empêcher de nouvelles pertes humaines tragiques parmi les résidents innocents et sans défense du camp d’Achraf.
 
Siavosh Rajizadeh, Ecrivain des Droits de l’Homme.

FOLLOW NCRI

16,297FansLike
7,743FollowersFollow
377SubscribersSubscribe