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L’Irak semble préférer verser le sang des réfugiés iraniens plutôt que de chercher une solution avec l’UE

Les réfugiés sans refuge

Par Struan Stevenson

European Voice, 12 mai – L’Irak semble préférer verser le sang des réfugiés iraniens plutôt que de chercher une solution avec l’UE. Les photographies et vidéos qui ont circulé sur internet à la suite du récent massacre au camp d’Achraf, dans le nord de l’Irak, ont attesté d’un degré de violence révoltant des forces de sécurité de la démocratie irakienne naissante.

L’ampleur de la violence a été confirmée plus tard par les Nations Unies, qui ont conclu que 35 personnes étaient décédées le 8 avril lorsque cinq divisions de l’armée irakienne sont entrées dans le camp, où vivent 3 400 dissidents iraniens qui ont fuis leur patrie et ont été autorisés à entrer en Irak sous le régime de Saddam Hussein.

À la suite de la chute de Saddam, ils se sont vus accorder un statut de personnes protégées par les États-Unis et les Nations-Unies. Après que les troupes américaines aient transféré la responsabilité de la sécurité du camp au gouvernement irakien en 2009, les Nations-Unies ont exhorté Bagdad à respecter les droits de l’homme des réfugiés politiques du camp, tout comme le Parlement Européen, dans deux résolutions.

Le gouvernement a répondu par la violence. Et, dans les semaines qui ont suivi, Bagdad, à plusieurs reprises, a renvoyé des équipes médicales et des observateurs internationaux qui cherchaient à soigner et à interroger les résidents bloqués dans le camp toujours encerclé par des soldats lourdement armées.

Quand, après deux ans de demande, une délégation du Parlement européen a été autorisée à se rendre en Irak fin avril, nous avons demandé des explications à l’attaque et des réponses sur ce qui a été entrepris pour aider les nombreuses personnes grièvement blessées dans camp.

Le gouvernement irakien a refusé d’expliquer ses actes et de fournir des renseignements sur les conditions au sein du camp.

Climat de peur

Ce qui était clair quand nous sommes arrivés à Bagdad, c’était que nous entrions dans un lieu de peur, où les leaders irakiens et les visiteurs comme nous, dévalent les rues à toute allure dans des véhicules lourdement blindés conduits par des hommes en tenues de protection et armés de mitraillettes. Bagdad demeure une zone de guerre, où les missiles, les mortiers, les attentats-suicides et les assassinats continuent de faire partie du quotidien.

La scène politique était aussi à l’évidence fragile. L’unité du gouvernement d’unité nationale formé en décembre demeure incertaine et un vaste éventail de pouvoirs se concentre dans les mains du Premier ministre Nouri Maliki. Cette combinaison d’un système politique faible et d’une concentration du pouvoir rend les groupes marginalisés vulnérables aux abus.

Parmi ces groupes marginalisés figurent les réfugiés du camp d’Achraf, partisans des Moudjahidines du peuple d’Iran (OMPI) qui ont fui l’Iran dans les années 1980 quand le régime des mollahs à Téhéran a exécuté plus de 30 000 prisonniers politiques.

Il est clair, pour de nombreux hommes politiques de haut rang avec lesquels nous avons parlé à Bagdad, que le Premier ministre Nouri Maliki subit les pressions constantes de l’Iran pour agir à Achraf. Cette pression a eu pour résultat la violence et l’intimidation les plus ignobles dans le but d’expulser ces réfugiés. Cela équivaut à un crime international dont les auteurs devraient être traduits en justice suite à une enquête parfaitement indépendante.

Le ministre des Affaires étrangères, Hoshyar Zebari, a refusé de nous laisser entrer dans le camp ou d’entendre des témoignages de première main du massacre.

La voie à suivre

En dépit de ces revers, je crois qu’une solution est possible. Le gouvernement irakien a indiqué clairement qu’il cherche à fermer le camp; nous sommes enclins à les aider à y parvenir et à réinstaller ses occupants. Beaucoup de résidents du camp d’Achraf ont autrefois résidé comme réfugiés dans l’UE. C’est pourquoi nous avons proposé de demander l’accord du Conseil des ministres de l’UE ainsi que de la Commission européenne pour réinstaller des résidents d’Achraf ici en Europe.

Alors que certains gouvernements de l’UE ont historiquement considéré l’OMPI comme un groupe terroriste, un série de victoires juridiques en faveur de l’OMPI au sein des cours européennes ont entrainé son retrait des listes noires européennes et le statut de protection accordé au camp d’Achraf par les Nations Unies devrait rendre la réinstallation possible. À présent, avec l’aide des États-Unis, du Canada, de l’Australie et de pays comme la Norvège et la Suisse, il devrait être relativement simple de réinstaller les 3 400 réfugiés, beaucoup d’entre eux ayant fait des études universitaires, pour les sauver de ce qui semble être un anéantissement quasi certain.

Mais nous avons précisé au gouvernement irakien que nous ne pouvons entamer et n’entamerons pas de négociations avec d’autres institutions de l’UE sur la réinstallation tant qu’il n’aura pas autorisé l’accès à Achraf et retiré les troupes du camp et de ses alentours.

Si le gouvernement irakien réfléchit sérieusement à trouver une solution pour le camp d’Achraf, il tiendra compte de notre offre sans tarder. Jusqu’ici, il a préféré verser le sang et mépriser la communauté internationale plutôt que de rechercher une solution sans effusion de sang.

Struan Stevenson est le président de la Délégation du Parlement Européen pour les Relations avec l’Irak. Il est du groupe des Conservateurs et Réformistes Européens au sein du Parlement.

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