dimanche, décembre 4, 2022
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Le vrai visage de la Realpolitik: le camp d’Ashraf et la FTO américaine

Par Hadjar Mojtahedzadeh * 
 
Huffington Post, 8 juillet – L’inscription par le Département d’Etat américain du principal groupe d’opposition iranien, les Moudjahidines du peuple (OMPI), sur la liste des organisations terroristes étrangères (FTO) a été violemment critiquée par des membres du Congrès et d’anciens responsables du gouvernement américain ces derniers mois. La critique s’est renforcée lorsque, le 8 avril 2011, sous l’ordre direct de Téhéran, les forces irakiennes ont lancé une attaque brutale contre des résidents du camp d’Achraf en Irak, qui abrite 3 400 membres de l’OMPI. Les vidéos de l’assaut montrent des soldats irakiens armés d’AK-47 tirant de sang froid sur les résidents désarmés du camp. 

Le massacre d’avril au camp d’Achraf a mis en lumière non seulement l’impair politique de la désignation terroriste de l’OMPI, mais aussi son coût humanitaire tragique. Aujourd’hui, la vie de 3400 personnes est à la merci d’un gouvernement irakien qui se sert de la désignation américaine pour justifier leur assassinat. De nombreux résidents du camp d’Achraf ont des parents aux États-Unis ou en Europe occidentale. Certains, notamment mon propre frère, sont d’anciens résidents des États-Unis.
 
Le 18 juin, des dizaines de milliers d’exilés iraniens se sont rassemblés près de Paris, en France, afin de demander la protection du camp d’Achraf et la suppression de l’OMPI de la liste FTO du Département d’Etat. Maryam Radjavi, présidente élue du Conseil national de la Résistance iranienne – une large coalition politique dont l’OMPI est membre -, des dizaines de parlementaires du monde entier, notamment des Etats-Unis ainsi que plusieurs anciens hauts responsables américains, ont appelé Washington à être à la hauteur de son obligation de protéger le camp d’Achraf comme un allié précieux dans la région. L’ancien Secrétaire à  la Sécurité nationale, Tom Ridge, a qualifié Achraf d’ « épine dans le pied des véritables terroristes, le régime iranien ».
 
En effet, les défis humanitaires au camp d’Achraf et la folie de la désignation terroriste de l’OMPI sont reconnus par Washington depuis un certain temps. Un câble de 2009 du département d’Etat publié par Wikileaks souligne la situation « sans issue »  dans laquelle les États-Unis se retrouvent, déclarant :
 
Si le gouvernement irakien agit durement à l’encontre de l’OMPI et provoque une réaction, le [gouvernement américain] fait face à un dilemme complexe : soit nous protégeons les membres d’une organisation terroriste étrangère contre les actions des forces de sécurité irakiennes et risquons de violer l’accord de sécurité américano-irakien, soit nous refusons de protéger l’OMPI en dépit d’une crise humanitaire, conduisant ainsi à la condamnation internationale à la fois du gouvernement américain et du gouvernement irakien.
 
Depuis l’invasion de l’Irak en 2003, les résidents d’Achraf ont été pris entre deux feux entre le régime iranien, l’Irak et les Etats-Unis. En 2003, les Etats-Unis ont bombardé le camp d’Achraf, faisant des centaines de victimes et au moins 50 morts. Il a été révélé plus tard que les bombardements faisaient partie d’un compromis entre le régime iranien et Washington. Téhéran a offert de rapatrier certains suspects d’Al-Qaïda, si les Etats-Unis réprimaient l’OMPI.
 
En 2004, les membres de l’OMPI au camp d’Achraf ont volontairement remis les armes qu’ils utilisaient pour se protéger en échange de leur protection par les forces américaines. Les Etats-Unis les ont reconnus comme des personnes protégées en vertu de la Quatrième Convention de Genève. Pendant ce temps l’OMPI a continué à servir d’allié précieux en étant la première à révéler le programme d’armement nucléaire secret du régime. Plusieurs généraux et colonels américains ont également salué l’OMPI pour avoir sauvé des vies américaines en leur fournissant des renseignements sur l’ingérence du régime iranien en Irak et les emplacements de bombes artisanales.
 
Avançons rapidement jusqu’en juillet 2009, lorsque les forces du Premier ministre irakien Nouri al-Maliki ont envahi le camp et assassiné 11 résidents. Des enregistrements vidéo fournis par les habitants du camp présentent un soldat américain avec une caméra vidéo portable enregistrant les attaques alors qu’elles se produisent. Lorsque le soldat est approché par un résident du camp couvert de sang, on le voit secouer la tête, marmonner: « Je suis désolé » en tournant le dos, puis monter dans un VUS et s’éloigner du camp.
 
Quelques heures à peine avant  l’attaque la plus récente, le 8 avril 2011, l’unité militaire américaine qui était présente dans le camp d’Achraf les quatre jours précédents s’est vue ordonnée de quitter le camp. L’ordre a été donné en dépit des objections du colonel en charge, qui avait demandé des renforts  afin de protéger les résidents et en bafouant furtivement les lois internationales telles que le principe de R2P (Responsabilité de protéger) de l’ONU, dont les Etats-Unis sont un Etat membre.
 
Pour ceux d’entre nous demeurant séparés de nos proches par des océans et des continents, avec l’interdiction de leur rendre visite et étant contraints de suivre les événements sur nos écrans de télévision, nous sommes obligés de vivre avec le fait que les membres de nos familles à Achraf sont utilisés comme monnaie d’échange humaine, de simples pions dans le jeu mondial de la Realpolitik. Par conséquent, ils sont privés des droits humains les plus élémentaires qui devraient être accordés aux réfugiés et aux civils sans défense.
 
Ce fait déchirant nous hante jour après jour alors que nous attendons dans la crainte, en gardant un œil sur la crise humanitaire en cours à Achraf et l’autre sur le retard inexplicable du Département d’Etat à annuler la désignation terroriste de l’OMPI. Cela fera un an la semaine prochaine que la cour d’appel fédérale du District de Columbia a émis un jugement historique, concluant que la Secrétaire avait fait erreur en n’annulant pas la désignation de l’OMPI et suggérant vivement qu’elle retire la désignation. Il est temps pour la Secrétaire Clinton de respecter l’état de droit.
 
* diplômée de l’Université américaine George Mason

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