mardi, novembre 29, 2022
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Le programme nucléaire iranien : 22 ans de confrontation entre la Résistance iranienne et le régime

Par Mohammad Mohadessine, président de la commission des Affaires étrangères du CNRI

L’accord du 24 novembre entre le régime iranien et les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU et l’Allemagne représente un tournant important pour le régime théocratique, avec un impact sur le peuple iranien et ses relations avec la communauté internationale. Nonobstant les suites qu’il lui donnera, le régime va-t-il réellement adhérer à cet accord et entreprendre les démarches nécessaires, ou le violer en recourant à la duperie, comme il l’a fait à diverses occasions.

Concessions dangereuses

Les deux parties – le régime iranien d’un côté et les pays occidentaux, en particulier les États-Unis, de l’autre – tentent de décrire cet accord d’une façon qui leur permette de se faire passer pour le gagnant. Chaque partie tente de marquer des points vis-à-vis de leurs rivaux internes et adversaires.

D’un côté le président Obama et son administration œuvrent pour convaincre les opposants, au sein du Congrès et dans la communauté internationale, que l’accord répond à leurs exigences minimales. Au minimum, l’administration espère que sa version forcera ces opposants à garder le silence. Bien qu’il ne s’agisse pas du sujet de cet article, il ne fait aucun doute que si les 5+1 avaient adopté une politique ferme et résolue, le programme d’armement nucléaire des mollahs aurait totalement disparu il y a bien longtemps.

De l’autre côté, le régime clérical et en particulier Hassan Rohani et Javad Zarif prétendent que c’était le meilleur accord qu’ils pouvaient passer et qu’ils n’avaient pas d’autre choix. En même temps, ils cherchent à démontrer qu’ils n’ont pas battu en retraite sur leurs positions, qu’ils n’ont pas franchi les lignes rouges du régime et qu’ils ont conservé intact leur potentiel nucléaire.

La première revendication du régime est valable dans la mesure où cet accord lui offre des concessions qui violent en fait les résolutions du Conseil de Sécurité de l’ONU. Permettre l’enrichissement d’uranium jusqu’à 5%, ne pas fermer les sites de Fordou et d’Arak, ne pas faire adopter le Protocole Additionnel ou ne pas établir une politique d’inspections inopinées, ne pas imposer les inspections du site Parchine, ne pas transférer l’uranium enrichi à 20% hors d’Iran : voici les concessions que les États-Unis et l’UE n’auraient jamais dû offrir aux mollahs. En agissant ainsi, ils ont commis une énorme erreur. À ce titre, le régime a raison de dire qu’il ne pouvait obtenir davantage, car cela serait revenu à autoriser le régime à acquérir la bombe. Les 5+1 se sont arrêtés juste à la limite. Le régime projette certainement d’utiliser ces concessions pour continuer son programme d’armement nucléaire en recourant à la duperie.

Recul sans précédent
Mais la seconde revendication du régime – selon laquelle il n’aurait pas battu en retraite – est totalement fausse et mensongère. Sur approbation et recommandation de son Guide suprême, Ali Khamenei, le régime a concédé à un recul auquel le Guide lui-même s’était tout à fait opposé ces huit dernières années. Selon l’accord, l’enrichissement au-dessus de 5% sera arrêté et les réserves existantes d’uranium enrichi à 20% seront neutralisées. Aucune nouvelle centrifugeuse ne sera utilisée et certaines des centrifugeuses déjà installées, en particulier les plus sophistiquées, seront mises hors état. Le stock d’uranium enrichi à 5% n’augmentera pas ; il n’y aura aucune progression dans le domaine de production de plutonium ; et les inspecteurs seront assurés d’un accès quotidien à Natanz et Fordou. Alors que les inspecteurs de l’AIEA auront un accès au site d’Arak.

Il ne fait aucun doute que la valeur absolue de ce que le régime a obtenu est moins que ce qu’il a donné. Ce qu’il a obtenu c’est la remise de 7 ou 10, voire 20 milliards de dollars américains de ses biens gelés en raison des sanctions bancaires et financières. Il sera également à nouveau autorisé à mener des transactions dans le domaine de l’or, des métaux précieux, des pièces d’industrie automobile et des produits pétrochimiques.

La question centrale est ce qui a poussé le régime à accepter cet accord. Répondre à cette question est un pré requis à la double compréhension des plans à venir du régime et des conséquences de cet accord pour lui.

Hachemi Rafsandjani s’est officiellement exprimé sur la question. Rafsandjani est fondateur du programme d’arme nucléaire du régime et reste incontestablement le numéro deux depuis 34 ans, y compris à l’époque de Khomeiny. Alors que le régime était sur le point d’accepter cet accord, il a comparé la situation dans le pays à la fin de la guerre Iran-Irak en 1988 lorsque Khomeiny a été contraint d’accepter la résolution 598 du Conseil de Sécurité de l’ONU. Rafsandjani a souligné que le pays se trouve dans une crise majeure et que cet accord sortait le régime d’un grand embarras.

Les trois acteurs de l’équation

En surface, la question nucléaire est un affrontement entre le régime des mollahs et la communauté internationale, en particulier les pays occidentaux. Mais il s’agit avant tout d’une confrontation entre la dictature religieuse d’une part et le peuple iranien et sa résistance d’autre part. Un affrontement massif a opposé en permanence la Résistance iranienne et le régime des mollahs sur le dossier nucléaire, spécialement ces onze dernières années. Un conflit qui remonte à juin 1991, quand la Résistance a révélé le premier projet nucléaire du régime. Cela a continué début 1993, quand elle a annoncé que le régime avait acheté quatre têtes nucléaires au Kazakhstan et qu’il voulait les transférer en Iran. Et la confrontation s’est développée dans sa forme actuelle quand en aout 2002, la Résistance a divulgué l’existence de deux très importants sites secrets à Natanz et Arak.

Une erreur qui se répète souvent au niveau international, c’est que dans les analyses des questions relatives à l’Iran, comme la guerre Iran-Irak ou la crise nucléaire, on oublie un acteur majeur qui est le peuple iranien et sa Resistance. En ignorant le plus grand rôle joué par cet acteur dans les affaires iraniennes, les analystes tirent souvent des conclusions totalement erronées et dangereuses.

Prenons l’exemple de la guerre Iran-Irak. Après l’invasion de l’Iran par l’Irak en 1980, la Résistance iranienne a condamnée cette agression et a pris part aux combats contre l’Irak. Ainsi, un grand nombre de ses membres et sympathisants ont été tués ou fait prisonniers. A la suite du retrait des forces irakiennes du territoire iranien et l’annonce faite par Bagdad qu’il était disposé à signer la paix, la Résistance iranienne a déclaré que dorénavant cette guerre devenait antipatriotique et qu’il était temps de faire la paix.

Durant les six années où Khomeiny a prolongé inutilement cette guerre, la Résistance iranienne a lancé une vaste campagne sociale, politique et internationale pour dénoncer l’illégitimité du bellicisme du régime. Cette campagne a joué un rôle significatif pour faire échouer la mobilisation guerrière du régime. Durant la même période, la Résistance a créé l’Armée de libération nationale iranienne (ALNI). En portant des coups majeurs aux gardiens de la révolution et en préparant le terrain à la défection d’un grand nombre de militaires iraniens, la Résistance a joué un rôle unique dans le démantèlement de l’appareil de guerre des mollahs. Moins d’un mois après la libération par l’ALNI de la ville de Mehran et la neutralisation de deux divisions du régime, en juin 1988, Khomeiny a dû accepter le cessez-le-feu qu’il avait obstinément refusé pendant six ans en envoyant massivement des jeunes et des enfants sur les fronts de guerre comme chair à canon.

Concernant la question nucléaire, l’organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran et le CNRI ont exposé clairement leur vision comme quoi le projet nucléaire des mollahs était contre l’intérêt national et que sa neutralisation était un devoir patriotique. Il ne fait aucun doute dans l’esprit de tout Iranien patriote, que la bombe atomique est la garantie stratégique de survie des mollahs et d’un rapport de force altéré qui étendrait leur hégémonie dans la région et éliminerait les obstacles à leur exportation de l’intégrisme. La Résistance n’a jamais eu la moindre illusion sur la soi-disant quête d’énergie nucléaire des mollahs, sachant parfaitement qu’il ne s’agit que d’un mensonge. Il a toujours été très clair qu’en raison des vastes réserves de pétrole et de gaz de l’Iran, le coût de la production d’énergie nucléaire reviendrait à plusieurs fois celui du carburant fossile. Tout étudiant en économie peut comprendre que ce projet détruirait l’économie iranienne.

Emportés par l’opportunité politique et économique liée aux contrats passés avec la dictature religieuse en Iran, les puissances occidentales ont simplement ignoré les révélations et l’impact de la Résistance iranienne aussi longtemps qu’elles l’ont pu. Sur une période de 22 ans, l’affrontement entre la résistance et le régime sur la question nucléaire n’a pas connu de répit, mais la plupart du temps, la communauté internationale et en particulier l’Occident ont fermé les yeux sur sa conduite, quand ils n’étaient pas occupés à lui porter assistance.

Un exemple est éloquent : dans une conférence de presse à Paris en décembre 2005, la Résistance a révélé le site de Qom qui est devenu aujourd’hui un centre nucléaire majeur. Mais comme c’est devenu aujourd’hui une pratique familière, les interlocuteurs internationaux ont prétendu n’avoir rien entendu jusqu’à ce que, quatre ans plus tard, dans une conférence trilatérale en septembre 2009, des présidents américains et français avec le premier ministre britannique annoncent ensemble l’existence du site de Qom.

En bref, l’Occident s’est engagé dans une politique de complaisance et ses négociations futiles doublées de concessions ont encouragé le régime dans sa marche vers l’arme nucléaire. En attendant, les sanctions que demande la Résistance iranienne depuis les années 1990 sont arrivées bien plus tard et s’avèrent bien plus timides. Cependant, même en arrivant aussi tard, les sanctions qui ont finalement été imposées ces dernières années ont eu un impact de broyeur sur l’économie du régime. A présent, on cherche à renverser cet impact au nom de la reconduction de la vieille tendance de l’Occident à pratiquer la complaisance avec l’Iran.

Perspectives de l’application de l’accord

Alors que le régime n’avait d’autre choix que celui d’accepter l’accord de Genève pour réduire la pression économique et politique, il cherche en même temps à utiliser les éléments suivants pour changer le cours des événements en sa faveur :

Il est vrai qu’avec cet accord, le dispositif des sanctions – particulièrement sur le pétrole, les opérations bancaires et le domaine militaire stipulées dans les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU – reste officiellement intact. Mais les concessions faites au régime, que ce soit volontairement ou par inadvertance, ouvriront une faille de taille dans les sanctions et offriront à Téhéran une occasion d’en contourner plusieurs aspects.

L’allègement des sanctions a déjà commencé en raison des intérêts économiques du groupe des 5+1.

Le régime mettra en opération les projets et les sites qui ont été construits en secret ces dernières années. Deux de ces sites ont été révélés par la Résistance iranienne ces dernières mois, malheureusement, cet accord n’engage pas le régime à y accepter des inspecteurs internationaux.

La ruse et la tricherie sont devenues le mode opératoire des mollahs depuis vingt ans. Cependant, malgré toutes les concessions et la souplesse injustifiée des 5+1, étant donné que ce régime est d’une vulnérabilité et d’une susceptibilité extrêmes, et comme la bombe est pour lui une garantie irremplaçable de sa survie, il ne peut même pas tolérer ce degré de recul. Si la communauté internationale ne fait pas preuve d’hésitation dans l’application de cet accord et cesse de tolérer les tromperies et les dissimulations de Téhéran, alors cela signifiera que la dictature religieuse a commencé à avaler la coupe de poison (qui désigne dans les cercles du pouvoir iranien les conséquences létales de cet accord).

Même ce recul limité a eu un impact dévastateur sur le pouvoir. Bien que Khamenei ait personnellement approuvé le résultat des négociations et de l’accord, son quotidien Keyhan titrait le 25 novembre : « L’accord de Genève n’aura duré qu’une heure. » Keyhan y fustigeait les déclarations de John Kerry et l’accord, disant que le Département d’Etat américain avait abrégé l’accord en affirmant qu’il ne reconnaissait pas le droit à l’enrichissement de l’uranium. Le 26 novembre, un député des mollahs critiquait Rohani et son ministre des Affaires étrangères au Majlis : “Ils veulent faire passer le poison qu’ils ont servi au peuple pour du sirop. » C’est un point que nous développerons prochainement.

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