lundi, novembre 28, 2022
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Le gouvernement britannique doit agir maintenant pour venir en aide à ceux du Camp Achraf

« Le récit du meurtre de ma fille doit être entendu par les familles des troupes britanniques et américaines », écrit Reza Haftbaradaran.

The Telegraph – par Reza Haftbaradaran*

La vie de ma fille Saba s’est arrêtée à 5h30 du matin, le 9 avril 2011, à l’âge de 29 ans. Le récit menant à la pire journée de ma vie est l’un de ceux qui doivent être entendus par les familles des troupes britanniques et américaines qui ont perdu beaucoup de leurs êtres chers sur le sol irakien. 

Saba est née en 1981 dans une prison iranienne. Enfant, elle a passé beaucoup de jours en prison aux côtés de sa mère et de moi-même emprisonnés pour avoir réclamer la liberté pour notre peuple. Elle s’endormait et se réveillait aux cris des prisonniers politiques sous la torture. Lorsque nous avons pu finalement fuir l’Iran, nous nous sommes installés au camp d’Achraf, un camp de réfugiés en Irak, lieu de résidence de 3400 opposants iraniens, membres de l’OMPI, chassés de leur patrie pour s’être opposés au régime iranien.

Saba, qui était née en prison et l’avait quittée à l’âge de deux ans, a été envoyée quelques années après en Allemagne avec sa sœur pour y vivre et étudier. Cependant, les bruits des tortures datant de l’enfance de Saba ne l’avaient jamais quittée, et à l’âge de 19 ans, elle a décidé de partir à Achraf afin de se battre avec nous pour la liberté et la démocratie en Iran.

Le 8 avril 2011, en pleine nuit, 2500 soldats irakiens ont forcé l’entrée d’Achraf et commencé à tirer sur ses résidents sans armes et à les écraser sous leurs blindés. Tandis que je voyais le massacre de mes amis et collègues se produire devant mes yeux, mes pensées se sont immédiatement tournées vers Saba et j’ai voulu la trouver. Comme je cherchais parmi les centaines de blessés, un médecin m’a dit qu’elle avait été touchée par balle et amenée à l’hôpital. C’est seulement lorsque j’y suis parvenu que j’ai réalisé l’étendue de ses blessures. Une balle l’avait atteinte à la cuisse, la balle ayant brisé l’os et touché l’artère principale. Elle était néanmoins consciente et pouvait me parler, et j’ai rapidement compris qu’avec les soins nécessaires, sa vie pourrait être facilement sauvée. Mais il est bientôt devenu clair pour nous que le Premier Ministre irakien, Nouri al-Maliki, qui avait ordonné le massacre, n’avait aucune intention de laisser les victimes survivre.

Les restrictions médicales imposées à Achraf et l’absence conséquente de moyens signifiaient que Saba devait être immédiatement évacuée à l’hôpital de Baquba, à seulement deux kilomètres de là. Or, ce trajet de cinq minutes nous a pris deux heures. L’armée irakienne nous a arrêtés à sept reprises. Comme je criais que ma fille allait mourir s’ils n’accéléraient pas, un des soldats a murmuré à un de ses collègues « c’est exactement ce que nous voulons ». Lorsque j’ai entendu ces paroles effroyables, j’ai compris que ce voyage était un tunnel de torture duquel ma fille ne reviendrait jamais.

L’attente délibérée et meurtrière a continué à l’hôpital de Baquba lorsque les médecins m’ont dit que Saba devait être transférée à Bagdad pour l’opération dont elle avait besoin. J’ai alors été accosté par un officier irakien qui m’a dit que si je renonçais à mes idéaux de démocratie en Iran et si je dénonçais l’OMPI, il emmènerait Saba dans les meilleurs hôpitaux d’Europe. La tentative de chantage était brutale et nauséabonde. Les idéaux de démocratie et de liberté en Iran étaient précisément les idéaux que ma fille défendait et pour lesquels elle était revenue à Achraf. Ce sont également les idéaux pour lesquels les jeunes soldats britanniques et américaines ont sacrifié leur vie en Irak, où ces libertés élémentaires étaient également absentes. Saba n’aurait pas toléré que j’accepte ce marché.

La souffrance de Saba a pris fin le lendemain lorsqu’elle est décédée d’hémorragie interne. L’expérience effroyable que Saba et moi avons endurée aux mains des officiers irakiens et dans les hôpitaux m’ont prouvé que Maliki et ses hommes suivaient un plan manifeste et systématique qui consiste à refuser les soins médicaux pour sauver les vies, à la demande de leurs alliés du régime iranien.

Ce plan est clairement encore en vigueur puisque, malheureusement, un mois après, les amis de Saba continuent de souffrir à Achraf dans la mesure où leurs blessures par balles restent sans soins.

Aux parents de ces braves et courageux soldats britanniques et américains qui sont morts en Irak, j’aimerais envoyer un message de solidarité. Les troupes britanniques et américaines sont mortes sur le sol irakien pour permettre à la population en Irak (dont Saba) d’accéder au privilège de la démocratie et de l’état de droit. Elles n’ont pas versé leur sang pour permettre à ces violations de perdurer.

Malheureusement, par son silence, le ministère des Affaires étrangères britannique déshonore aujourd’hui ces mémoires et érode ces actes, en permettant à Nouri Maliki de massacrer et de tuer des Iraniens sur le sol irakien, des Iraniens dont l’unique objectif est d’instaurer dans leur patrie ce pour quoi on s’est battu en Irak.

Je demande instamment au gouvernement britannique d’agir maintenant pour aider ceux d’Achraf en demandant qu’une force des Nations-Unies prenne en charge la protection du camp. La mort de Saba et celles des soldats britanniques et américains ne doivent pas rester vaines.

*Reza Haftbaradaran est un cinéaste et un réalisateur iranien, ancien prisonnier politique en Iran.  Il vit actuellement au camp d’Achraf dans la province de Diyala en Irak.

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