lundi, janvier 30, 2023
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Le combat d’une mère pour la liberté en Iran

CNRI – Dr Masumeh Bolurchi se souvient très bien de cette dure journée, il y a 24 mois. Elle s’était levée tôt, se préparant pour une nouvelle journée de mobilisation de la communauté des expatriés iraniens à Paris, pour se rallier à l’opposition organisée pour un changement démocratique, quand à 6 heures le téléphone sonna. Au bout du fil, elle entendit des mots qu’aucune mère ne devrait jamais avoir à entendre.

C’est avec une voix maussade, en essayant de murmurer les mots avec difficulté, qu’une autre femme membre de la Résistance lui annonça que son fils unique, Rahman Masumeh, un jeune membre à fort potentiel de la Résistance qui militait dans un camp de réfugiés en Irak, avait été menotté et avait reçu une balle dans la tête, suivant ainsi le modus operandi d’exécution des milices aux commanditaires iraniens.

Pendant un instant, le monde s’était arrêté pour Masumeh. Elle ne parvenait plus à respirer, son coeur ne pouvait plus battre. Sa tête tournait et tout ce qu’elle pouvait voir, c’était l’image de son cher fils. Son seul enfant, un militant si courageux et engagé pour un changement démocratique en Iran, lui avait été enlevé à jamais. Avec son instinct maternel, Masumeh était sur le point de fondre en larmes, quand elle réalisa que la voix sur le téléphone pleurait également à chaudes larmes. Masumeh se trouva alors dans la situation de devoir consoler la femme au téléphone, avant de se préoccuper de son propre deuil.

Quelques instants plus tard Masumeh pensa à la quantité de personnes qui connaissaient Rahman et qui seraient bouleversées par la nouvelle de son cruel assassinat, et dans ces moments de douleur écrasante et pure incrédulité, Masumeh se rappela des milliers de personnes qui ont été exécutées en Iran et pensa à la douleur de toutes ces mères qui, chaque jour, apprennent que leurs trésors les plus chers sont sur ​​le point d’être à la potence, ou y ont simplement déjà été envoyés.

Bien que son cœur était en train de se briser, Masumeh se dit que si elle craquait maintenant, les mollahs auraient gagné ; son devoir, comme Rahman, c’était de se faire l’écho de la voix des opprimés et de rallier la communauté internationale à venir à la défense des victimes des atrocités brutales et quotidiennes du régime iranien. Masumeh prit la décision de rassembler ses forces et de toute urgence faire campagne pour sauver les autres dissidents iraniens qui étaient dans le même camp de réfugiés que Rahman en Irak.

 

Le fils de Masumeh Rahman Manani, un membre de l’OMPI dans le camp d’Achraf

Elle a immédiatement contacté le Ministère des Affaires Etrangères allemand, qui avait donné à Rahman son statut de réfugié, ainsi que les médias internationaux et les organisations de défense des droits humains comme Amnesty International. A midi, les Iraniens à travers le monde ont lancé une campagne ad hoc pour faire pression sur l’Organisation des Nations Unies et des États-Unis, pour arrêter l’assaut par des mercenaires irakiens du régime iranien dans le camp d’Achraf.

En réalité, tous les résidents du camp d’Achraf étaient reconnus par les Etats-Unis comme des « personnes protégées » en vertu de la Quatrième Convention de Genève, et chacun avaient reçu une carte « personne protégée ». Les Nations Unies ont également promis de protéger les résidents du camp contre une éventuelle attaque. Pourtant, le jour de l’attaque ni les Etats-Unis, ni l’ONU n’ont réagi.

Alors que de violentes images des scènes du massacre prises par les téléphones portables des survivants arrivaient du camp, des centaines d’Iraniens venus du monde entier ont entamé une grève de la faim et la communauté internationale a exigé que l’Irak autorise l’accès au camp à une équipe des Nations Unies. Sur les 101 résidents du camp – tous ceux qui étaient là dans le cadre d’un accord avec l’ONU, des États-Unis et l’Irak – 52 membres non armés et sans défense de la Résistance iranienne ont été massacrés de sang-froid, tandis que sept autres, dont six femmes ont été enlevés, on ne sait aujourd’hui pas s’ils sont vivants.

Craignant grandement le groupe de Résistance organisée de l’Organisation des Moudjahidines du peuple iranien (MEK), le régime iranien avait poussé le Premier Ministre irakien de l’époque, Nouri al-Maliki, à envoyer un contingent de force spéciale pour le camp d’Achraf, pour mener l’assaut.

Cette attaque du 1er septembre 2013 fut ensuite dénoncée par le Secrétaire Général de l’ONU Ban Ki-moon, et le Secrétaire d’Etat américain John Kerry, et il y eut une avalanche de condamnations internationales, mais malgré les appels à une enquête internationale, personne dans le gouvernement irakien ou à Téhéran n’a jamais été inquiété.

Masumeh, médecin de profession qui était membre vétéran de la Résistance iranienne depuis plus de trois décennies, continue de maintenir son esprit de combat pour la mémoire de Rahman et elle jure de ne pas s’arrêter tant que le « fascisme religieux » à Téhéran n’aura pas été déraciné et remplacé par un gouvernement démocratique qui respecte les droits humains et croit en l’égalité entre les hommes et les femmes, et la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Le régime iranien a exécuté plus de 120000 prisonniers politiques, dit Masumeh. Parmi eux, 10 connaissances proches de Rahman, dont trois de ses oncles et sa grand-mère.

« Chaque nuit, beaucoup de mères attendent dans l’angoisse que leurs proches rentrent à la maison, tout en sachant qu’ils ne les reverront peut-être jamais. Ces mères n’auront jamais eu la chance de dire au revoir à leurs proches. Beaucoup de mères ne savent même pas où leurs enfants ont été enterrés. On les empêche même de pleurer leurs proches en public » dit-elle.

« Des exécutions ont lieu chaque jour. Il n’y a eu aucune amélioration de la situation des droits de l’homme depuis que [Hassan] Rouhani a pris ses fonctions. Plus de 2000 personnes ont été exécutées depuis qu’il est arrivé au pouvoir. On se méprend lorsque l’on dit que l’accord nucléaire [entre le régime de l’Iran et les puissances mondiales] conduira à une baisse du nombre d’exécutions. Seize personnes ont été exécutées rien que cette semaine. »

« Il y a tous les jours des manifestations appelant au changement en Iran. La société iranienne est pleine de dissidence. Nous allons remplacer le joug de l’oppression religieuse par l’instauration de la liberté et nous allons construire un pays où aucune loi n’est supérieure à la volonté du peuple. La potence ne sera rien de plus qu’un mauvais souvenir  » a t-elle ajouté.

Dr Masumeh Bolurchi, représentant en Allemagne du Conseil national de la Résistance iranienne (NCRI), le Parlement iranien en exil, dit qu’elle a renforcé son esprit de combat grâce aux « messages inspirants » de la charismatique Présidente du NCRI, élue démocratiquement, Maryam Radjavi.

En menant une campagne internationale sans répit, Mme Radjavi a réussi à mobiliser un vaste soutien international pour la Résistance.

Son programme en 10 points pour un futur Iran reconnaît la légitimité politique par le suffrage universel, garantit les droits de tous les citoyens et en particulier des femmes et des minorités, met un terme aux cruels excès de la magistrature et entérine la primauté du droit. Il met également fin au cauchemar de la dictature fondamentaliste islamique en séparant Eglise et Etat, protège les droits de propriété, promeut l’égalité des chances et la protection de l’environnement, et vise à obtenir un Iran non-nucléaire, exempte d’armes de destruction massive.

    
Sur la photo de droite, Rahman est au milieu, exécuté avec les mains liées derrière le dos.

Alors que Masumeh examine deux des photos de Rahman, l’une avec son sourire juvénile et chaleureux, l’autre avec ses mains liées et gisant de manière atroce dans une mare de sang, elle chuchote à son fils qu’elle continuera à mobiliser le monde pour les rallier à sa cause.

« Tous ceux qui croient aux Droits de l’Homme et aux valeurs humaines devraient soutenir le peuple iranien, pour qu’il puisse instaurer la démocratie et la liberté dans son pays. Ceci est de notre devoir en tant qu’êtres humains »

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