jeudi, février 2, 2023
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Iran : Téhéran attise les dissensions sectaires en Irak

Iran : Téhéran attise les dissensions sectaires en IrakCNRI – Voici ci-dessous les commentaires de US Alliance for Democratic Iran sur l’intervention du régime iranien en Irak à la suite de l’attentat à Samarra la semaine dernière :
 
Plus tôt dans la semaine, le guide suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, a affirmé que l’Irak était l’ « incarnation » de la défaite de l’Amérique dans la région. Il a également déclaré que les objectifs de Washington en Irak étaient la « création de la division et de l’insécurité et la tentative de faire passer le gouvernement élu par le peuple irakien pour un gouvernement incompétent ». Réitérant ses accusations précédentes, Khamenei a ajouté : «Les Américains tentent de déclencher une guerre sectaire et religieuse en Irak, et la catastrophe de Samarra en est l’illustration ».

Par conséquent, l’attentat de la semaine dernière visait-il un futur gouvernement démocratique d’union nationale en Irak ? Effectivement, c’est bien le cas, Téhéran étant le principal bénéficiaire de cette attaque.

Le lundi précédent l’attentat à la bombe du 22 février dans la mosquée sacrée d’Askaryia, l’ambassadeur américain Zalmay Khalilzad avait sévèrement dénoncé l’ingérence croissante de l’Iran en Irak. Il a décrit la campagne de l’Iran comme la « stratégie complète » d’un « acteur souhaitant dominer la région » et qui cherche à « travailler avec les milices, à travailler avec les groupes extrémistes et à leur fournir de l’entraînement et des armes ».

La réprimande de l’ambassadeur Khalilzad dirigée contre Téhéran était assortie d’une déclaration agressive prévenant les groupes chiites pro-Téhéran que les ministères de la Défense et de l’Intérieur devaient être dirigés par des personnes « non sectaires, généralement acceptables et n’ayant aucun lien avec les milices ».

« Nous n’allons pas investir les ressources du peuple américain dans la construction de forces dirigées par des personnes sectaires », a affirmé M. Khalilzad, ajoutant que la résolution du conflit sectaire et ethnique nécessitait du gouvernement une unité nationale, ce qui constitue « la différence entre le gouvernement qui existe actuellement et le prochain».

Le message pour Téhéran n’aurait pu être plus explicite : la campagne de l’Iran en Irak attise les conflits sectaires et l’influence du futur gouvernement, particulièrement des ministères de la sécurité, des forces chi’ites sous l’influence de Téhéran, constituent un obstacle majeur à la formation d’un gouvernement d’union nationale.

Il serait très peu probable qu’un tel reproche en direction de Téhéran et de ses alliés en Irak reste sans réponse. Il n’est pas surprenant qu’au moment où émergent plus de détails sur l’explosion de Samarra, de plus en plus de monde considère Téhéran comme coupable.

Peu après l’attentat, Abdul-Aziz al-Hakim, chef du Conseil suprême pour la révolution islamique en Irak (CSRII), a déclaré à la presse qu’il tenait M. Khalilzad pour responsable en partie puisqu’ « il a donné le feu vert aux groupes terroristes ». Le ministre de l’Intérieur actuel en Irak est un haut responsable du CSRII et de sa milice Badr, opérateur de facto du ministère qui serait responsable présumé de l’exécution, la torture et la détention de milliers de sunnites irakiens.

Le lien sinistre établi par M. Hakim entre M. Khalilzad et l’attentat a été repris par d’autres hauts responsables chiites pro-Téhéran. Le même jour, le vice président Adil Abdul-Mahdi, du CSRII également, dans un défi direct à la déclaration de l’Américain, affirmait que les milices chi’ites devaient jouer un plus grand rôle dans le domaine de la sécurité. En effet, l’insistance prudente de M. Khalilzad pour que les ministères ayant un rapport avec la sécurité soient dirigés par des personnes non sectaires, a rendu furieux un grand nombre de groupes chi’ites sous influence iranienne.

Beaucoup de dirigeants sunnites attirent l’attention sur la rapidité de la réaction chi’ite à attaquer les mosquées et les leaders religieux sunnites. Les bannières et des pancartes avaient déjà été imprimées et les attaques armées des principales milices chi’ites pro-Téhéran présentaient tous les signes d’une opération organisée et bien planifiée.

La sophistication et la précision de l’explosion laissent aussi penser à une opération soutenue par un État. Et n’oublions pas que les mollahs au pouvoir en Iran ont un long passé de provocation et de manipulation de sentiments religieux. Leur survie en dépend littéralement. Ils nous ont aussi montré que lorsqu’il s’agit de faire progresser leurs vils objectifs, ils n’ont aucun scrupule à profaner et à détruire les lieux saints chiites.

En 1994, le ministère des Renseignements et de la Sécurité (VEVAK) avait fait exploser une bombe puissante dans le mausolée de l’Imam Reza dans la ville iranienne de Machad, rejetant la faute sur le principal groupe d’opposition iranien, les Moudjahidine du peuple. Des années plus tard, les factions rivales au pouvoir en Iran se mirent à laver leur linge sale en public : d’anciens responsables du ministère ont révélé que le VEVAK était derrière l’attentat qui a tué des dizaines d’Iraniens et en a blessé bien plus.

L’Iran est le premier bénéficiaire du conflit sectaire puisque celui-ci gêne les efforts des dirigeants politiques chi’ites, sunnites et kurdes pour former un gouvernement démocratique d’union nationale en Irak. Téhéran craint que ses alliés ne doivent faire face à la résistance ferme et juste des Irakiens. Jeudi, les factions politiques kurdes et sunnites ont rejeté la candidature de l’actuel Premier ministre chi’ite, pro-Téhéran, Ibrahim Jaafari, pour la direction du prochain gouvernement. Jaafari avait été recommandé par la faction chi’ite du religieux agitateur Moqtada Sadr, également très influencé par Téhéran. « Les groupes kurdes et sunnites pensent qu’il (Jaafari) n’est … pas neutre », a déclaré un législateur kurde à la presse. Jaafari et ses partisans radicaux ont juré de se venger, menaçant de plonger le pays dans une guerre politique.

Pendant ce temps, le gouverneur adjoint de la province irakienne de Salah ad-Din, où Samarra est situé, a annoncé que l’enquête préliminaire « indiquait que le ministère des Renseignements iranien était impliqué » dans l’attentat de la semaine dernière. Pas étonnant que Téhéran et ses alliés en Iran aient été aussi rapides à rejeter la faute sur les États-Unis. Il n’y a pas si longtemps, Ali Laridjani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, avait averti que si Téhéran devait subir des pressions, « l’Iran se servirait de sa capacité dans la région », faisant allusion par là à la capacité de Téhéran d’apporter la mort et la destruction en Irak.

Les Irakiens, qu’ils soient chi’ites, sunnites ou Kurdes, sont les premières victimes d’un conflit sectaire et d’un Irak divisé. Dans la théocratie totalitaire, seuls les hauts responsables iraniens et leurs alliés peuvent tirer avantage d’un conflit sectaire en Irak. Seule une coalition trans-ethnique, trans-religion, anti-intégriste et nationaliste offre une porte de sortie à cette folie sectaire au bénéfice de Téhéran. Washington doit continuer à soutenir activement cette coalition ; il s’agit d’un impératif stratégique. L’alternative est la domination irréversible de Téhéran sur l’Irak.

L’US Alliance for Democratic Iran (USADI) est une organisation indépendante à but non lucratif basée aux États-Unis qui encourage les débats politiques informés, les échanges d’idées, les analyses, les recherches et l’éducation afin de mettre en place une politique américaine vis-à-vis de l’Iran.

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