
Face à une société de plus en plus explosive, le régime iranien a durci le ton pour signaler une répression « ferme » de toute velléité de révolte populaire. Les autorités judiciaires et militaires utilisent actuellement le prétexte d’un conflit régional pour justifier une répression interne agressive, qualifiant la dissidence intérieure de « continuation d’une agression militaire » de la part de puissances étrangères.
Cette multiplication des directives d’« action décisive » est largement perçue comme une tentative désespérée d’intimider une population agitée et de prévenir une explosion imminente de manifestations nationales. En présentant la frustration des civils comme une collaboration avec l’ennemi, les autorités montrent clairement les dents pour décourager toute nouvelle résistance organisée.
Le président du régime, Massoud Pezeshkian, s’exprimant sur la situation dans la province du Kurdistan, a déclaré que « le gouverneur provincial et les forces armées du pays ont le devoir de réprimer fermement tout mouvement séparatiste ». Il a justifié cette déclaration par sa compassion pour les victimes de « l’agression américano-israélienne contre l’Iran ».
Le 4 mars 2026, le chef du pouvoir judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei, a qualifié les récentes manifestations d’instiguées par l’étranger, liant les troubles civils à ce qu’il a décrit comme la « poursuite de l’agression militaire de douze jours ».
Dans des déclarations précédentes, Ejei avait qualifié les manifestations de simples « actes de vandalisme », arguant qu’elles ne constituaient pas une protestation légitime. Il avait également averti que l’État ne ferait preuve d’aucune indulgence envers les individus accusés de « déstabiliser » l’économie ou la sécurité nationale.
Dans un discours prononcé le 2 mars et relayé par les médias d’État, Ejei a réaffirmé une position de guerre : « Nous sommes en temps de guerre ; ils ont officiellement déclaré la guerre et l’ont déclenchée. Quiconque prononce une parole ou accomplit un acte conforme aux désirs de cet ennemi criminel – à savoir l’Amérique et le régime sioniste – se range du côté ennemi et doit être traité selon les principes révolutionnaires et islamiques propres au temps de guerre.»
Salar Abnoush, membre de la commission parlementaire de la sécurité et de la politique étrangère et ancien commandant des Gardiens de la révolution, est apparu sur la chaîne d’information de la télévision d’État le 4 mars, déclarant : « Quiconque, sur le sol iranien, prononce une parole qui s’accorde avec l’ennemi se trouve sur le sol de Tel-Aviv, sa tête est entre les mains de Netanyahu, et l’ordre de tirer à vue a été donné. »
Le 4 mars, Mohammad Javad Larijani, haut responsable du régime, a averti : « Nous devons étouffer dans l’œuf le moindre mouvement qui entrave les desseins de l’ennemi… Feu à volonté pour les anéantir sur place. » Les médias d’État reprennent ce discours, rapportant que les ennemis ont « détourné des manifestations économiques pacifiques et les ont transformées en émeutes violentes ».
Dans un contexte de conflit accru, le chef de la police, Ahmadreza Radan, a annoncé le 5 mars 2026 à la télévision d’État que l’ordre de « tirer à vue » avait été donné aux forces de l’ordre pour appréhender les voleurs, dans le cadre de cette « situation de guerre ». Radan a souligné que les forces étaient en état d’alerte maximale pour préserver la sécurité publique et qu’elles contreraient fermement toute tentative de déstabilisation, y compris les actions menées dans le cyberespace qui « perturbent l’opinion publique ». Cette directive, présentée comme une mesure de « lutte contre la criminalité pendant la crise », offre un prétexte fallacieux pour recourir à la force létale contre les dissidents présumés, risquant d’assimiler l’opposition politique à des activités criminelles sous couvert de maintien de l’ordre.
Ces déclarations s’inscrivent dans le discours officiel du régime diffusé par les médias d’État, présentant les troubles internes comme le prolongement de menaces extérieures. Par exemple, des articles mettent en lumière le rôle présumé du Mossad dans les manifestations et affirment qu’il n’est pas nécessaire d’attendre une action ennemie avant de réagir.
Les responsables insistent sur l’unité face aux tentatives de transformer les problèmes économiques en crises sécuritaires, dans un contexte de sanctions et de pressions militaires.
Les frappes aériennes, menées sans relâche depuis le 28 février, ont ciblé des sites du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) et des installations nucléaires, entraînant la mort du Guide suprême Ali Khamenei et des représailles iraniennes, notamment des frappes de missiles et la fermeture du détroit d’Ormuz.
Des observateurs internationaux signalent des coupures d’internet et une répression accrue, l’ONU exprimant son inquiétude quant au recours à la force létale contre les dissidents. Les analystes notent que le régime privilégie la cohésion interne pour prévenir les soulèvements dans ce conflit.

