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Iran – Élection : un combat de marionnettes

Par Horst Teltschik

Publié le 13 juin dans le quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung

Vendredi, un nouveau président sera élu en Iran. Cette élection annonce-t-elle un nouveau départ ? Dans un régime théocratique, on ne peut pas parler d’élection libre. Parmi 686 candidats, le conseil des gardiens n’a confirmé la qualification que de huit d’entre eux.

L’un de ceux qui a été disqualifié était l’ancien président Akbar Hachemi Rafsandjani. Il est l’un des fondateurs du régime des mollahs en 1979 et un camarade de l’ayatollah Ali Khamenei. Mais désormais, Khamenei voit Rafsandjani comme une menace. Le gendre de Khamenei, Gholamali Hadad Adel, l’a mis en garde contre le « mouvement vert » qui soutenait Rafsandjani en 2009. Voilà que la révolution se met à dévorer ses propres enfants.

Les fondations politiques du guide suprême sont devenues bancales. Presque chaque jour, les forces du leadership s’accusent l’une l’autre de vol, d’abus de pouvoir et de corruption des membres de famille. Le conseil des gardiens a disqualifié le père de la belle-fille d’Ahmadinejad, Rahim Masha’i. Mais Ahmadinejad est toujours présent sur la scène. Seuls les partisans et les compagnons du guide sont restés sur la liste. Mais ils sont également dans une guerre de compétition, de rivalité et conflits internes. La lutte de pouvoir continue.

Cette querelle interne va s’intensifier. L’inflation et la récession ont saisi l’économie par le collet. La devise iranienne est devenue sans valeur. Khamenei met continuellement en garde contre une répétition du soulèvement de 2009 parce qu’il sait que cela peut entraîner tout le système vers sa chute. Tout au moins, à partir des exemples des révolutions en Tunisie, en Libye et en Égypte, il devrait être clair pour Khamenei qu’il ne peut pas protéger son pouvoir tyrannique trop longtemps en usant des leviers de la terreur et de la répression. La déception et les espoirs perdus des Iraniens sont potentiellement énormes et dangereux, et la résistance organisée grandit.

Détourner l’opinion publique des faiblesses internes en recourant aux mesures de politique étrangère est quelque chose qui a été abondamment exploité. Pendant ce temps, le régime des mollahs ne dissimule pas son soutien au président syrien Bachar el-Assad en lui fournissant des armes et de la logistique. Au Liban, l’Iran mobilise le Hezbollah et lui fournit de l’argent et des armes. Les émissaires iraniens entrent continuellement à Bagdad pour attirer le premier ministre chiite Nouri Maliki dans une coalition afin d’utiliser l’Irak comme corridor pour livrer des armes et des forces armées contre l’opposition syrienne. Dans le même temps, le régime iranien veut anéantir les membres exilés de l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran avec l’aide de Maliki.

Si Assad gagne, cela sera une victoire pour le régime iranien. Si Assad est vaincu, cela isolera davantage le régime et affaiblira significativement le leadership du régime iranien. Le mollah Taeb, un confident de Khamenei, a déclaré le 15 février : « La Syrie est notre 35ème province (…) Si nous perdons la Syrie, nous perdons Téhéran. » Par conséquent, le débat dépasse largement le sort de Bachar el-Assad.

Étant donné la situation précaire dans la région, le degré d’incapacité de l’Occident est à couper le souffle. Naturellement, les moyens sont limités. Mais les forces d’opposition à l’intérieur de l’Iran devraient officiellement recevoir des signes et s’assurer que leur résistance n’est pas seulement reconnue, mais également soutenue autant que possible.

Un premier signe pourrait être que les 3000 Iraniens du camp Liberty soient libérés des griffes de leurs dirigeants irakiens. Chaque jour, leur vie est exposée aux menaces. Dans le même temps, le principal groupe d’opposition, les Moudjahidine du peuple (OMPI), doit être politiquement soutenu. La Présidente élue de la Résistance iranienne, Maryam Radjavi, a rendu public le plan en dix points du Conseil national de la Résistance iranienne pour un Iran libre, équitable et démocratique.

Mais jusqu’à présent, le monde libre a inexplicablement gardé le silence sur cette question. Comment expliquer cette attitude ?

Découragement, lâcheté, complaisance ? Nous devrions nous rappeler comment nous avons fréquemment ignoré les mouvements dans les anciens pays communistes à l’instar des mouvements de solidarité en Pologne, mais qui ont été finalement victorieux.

Le Professeur Horst Teltschik est un ancien conseiller politique du Chancelier Helmut Kohl.

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