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La crise des exécutions en Iran ne se limite plus à une simple note de bas de page sur les droits humains

La crise des exécutions en Iran ne se limite plus à une simple note de bas de page sur les droits humains

Le 7 octobre, à l’approche de la Journée mondiale contre la peine de mort, Mme Maryam Radjavi, présidente élue du Conseil national de la résistance iranienne (CNRI), a écrit au secrétaire général de l’ONU, António Guterres, pour l’avertir que les exécutions, la torture et les condamnations à mort visant des manifestants avaient atteint un niveau alarmant.

Dans sa lettre, elle appelait à une initiative internationale pour mettre fin aux exécutions et au meurtre de manifestants, et exhortait les gouvernements à conditionner leurs relations économiques, politiques et diplomatiques avec Téhéran à l’arrêt de ces deux pratiques.

Des conclusions récentes d’Amnesty International et d’instances des Nations unies apportent des preuves indépendantes et solides de la crise qu’elle décrit.

L’Iran à l’origine de la hausse mondiale des exécutions
Le 18 mai 2026, Amnesty International a signalé que l’Iran avait exécuté au moins 2 159 personnes en 2025, soit plus du double du chiffre de 2024 et le nombre le plus élevé jamais enregistré par l’organisation en Iran depuis 1981.

À lui seul, l’Iran a représenté près de 80 % de toutes les exécutions recensées dans le monde (hors Chine). Parmi les personnes exécutées figuraient 61 femmes, au moins 998 personnes condamnées pour des infractions liées à la drogue et au moins une personne condamnée pour une infraction commise alors qu’elle était mineure (âgée de moins de 18 ans).

Cette escalade s’est poursuivie en 2026.

Le 21 mai, Amnesty a rapporté que, depuis le début des attaques américano-israéliennes le 28 février, les autorités iraniennes avaient exécuté au moins 36 personnes pour des motifs politiques, à l’issue de procès manifestement inéquitables. Au moins 78 manifestants, dissidents et personnes accusées de liens avec des groupes d’opposition interdits étaient sous le coup d’une condamnation à mort ; 41 d’entre eux avaient été arrêtés lors du soulèvement de janvier et au moins cinq étaient mineurs au moment des faits qui leur étaient reprochés. Par la suite, Amnesty a signalé plus de 6 000 arrestations arbitraires après le déclenchement du conflit, visant notamment des manifestants, des journalistes, des avocats, des défenseurs des droits humains ainsi que des membres de minorités ethniques et religieuses. L’organisation a fait état de préoccupations concernant des disparitions forcées, des actes de torture, des aveux extorqués de force et des poursuites accélérées pour des crimes passibles de la peine capitale.

Des tueries dans la rue aux condamnations à mort
Cette vague d’exécutions a fait suite à l’une des répressions les plus sanglantes de l’histoire moderne de l’Iran en matière de manifestations.

Le 23 janvier, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU a déploré la mort de milliers de personnes, dont des enfants, lors des manifestations ayant débuté le 28 décembre 2025, ainsi que l’arrestation de milliers d’autres.

Les enquêteurs de l’ONU ont recueilli des preuves attestant que les forces de sécurité avaient tiré à balles réelles sur la foule, que des manifestants avaient subi des blessures oculaires délibérées causées par des billes métalliques et que des arrestations massives d’enfants, de journalistes et de défenseurs des droits humains avaient eu lieu. Parallèlement, les autorités judiciaires ont menacé les manifestants détenus d’inculpation pour “moharebeh” — « hostilité envers Dieu » —, une accusation passible de la peine de mort.

La lettre envoyée par Mme Radjavi en octobre décrit la même dynamique : des tueries de masse lors du soulèvement, suivies de procès expéditifs, d’aveux obtenus sous la torture et d’exécutions de prisonniers politiques et de manifestants. Elle mentionne spécifiquement le recours aux chefs d’accusation de “moharebeh”, “efsad-e fel-arz” (corruption sur terre) et “baghi” (rébellion armée) pour criminaliser l’activité politique et l’appartenance à l’opposition.

Septembre : un constat plus grave
Deux rapports publiés en septembre ont fait évoluer l’évaluation internationale, dépassant le cadre des violations individuelles pour aborder la question d’une responsabilité pénale systématique.

Le 16 septembre, Amnesty a publié une enquête majeure sur la répression du soulèvement de 2022. L’organisation y documentait des crimes contre l’humanité — notamment des meurtres, des actes de torture, des disparitions forcées, des emprisonnements, des viols et des persécutions —, cartographiait les structures de commandement impliquées et identifiait 87 responsables devant, selon elle, faire l’objet d’une enquête pénale.

Amnesty a explicitement averti que l’absence de poursuites à l’encontre des responsables après les répressions précédentes avait contribué à créer les conditions propices aux tueries de masse de janvier 2026.

Le lendemain, la Mission internationale indépendante d’établissement des faits de l’ONU a conclu que la répression des manifestations de 2025-2026 marquait une escalade sans précédent, caractérisée par un usage généralisé de la force létale, des tueries de masse et des arrestations à grande échelle. Il a été établi qu’il existe des motifs raisonnables de croire que les autorités iraniennes ont commis des crimes contre l’humanité lors de la répression.

La portée de ce constat ne saurait se réduire à une simple manifestation supplémentaire de « préoccupation » internationale. Amnesty et les enquêteurs de l’ONU documentent de plus en plus un mécanisme récurrent : les manifestations se heurtent à une force létale, les survivants sont arrêtés, les détenus subissent la torture et des procédures inéquitables, et certains sont par la suite condamnés à mort.

La question est de savoir quelles en seront les conséquences
Dans sa lettre d’octobre, Mme Radjavi affirme que les condamnations à elles seules n’ont pas permis de changer la donne. Elle réclame l’accès des enquêteurs de l’ONU, l’engagement de la responsabilité pénale internationale et des poursuites fondées sur la compétence universelle lorsque cela est possible.

Sa proposition la plus immédiate concerne la diplomatie. Les gouvernements devraient conditionner leurs relations économiques, politiques et diplomatiques avec Téhéran à la fin des exécutions et du meurtre de manifestants, et intégrer une exigence de suspension des exécutions dans les accords internationaux concernant l’Iran.

Quelle que soit la décision finale des gouvernements, le constat factuel qui sous-tend cette exigence devient de plus en plus difficile à contester.

La crise des exécutions en Iran n’a jamais été dissociée de la répression politique. La potence en a toujours fait partie intégrante.