jeudi, décembre 8, 2022
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Des milices soutenues par l’Iran, contrôlent une grande partie de l’Irak (suite et fin)

Des milices soutenues par l’Iran, s’emparent du contrôle d’une grande partie de l’IrakDe Tom Lasseter

Knight Ridder Newspapers (Bassora, Irak)  –  Le sud de l’Irak, longtemps vanté comme une région pacifique qui serait parmi les premières à retourner sous le contrôle de l’Irak, est aujourd’hui dominé par des seigneurs de guerre et des milices chi’ites qui préparent le terrain à un gouvernement intégriste islamique, déclarent de hautes autorités britanniques et irakiennes de ce secteur.

La  milice semble être soutenue par les services de renseignements ou des unités militaires de l’Iran qui envoient des cargaisons d’armes aux milices en Irak et leur fournissent un entraînement en Iran.

Certaines autorités britanniques pensent que les Iraniens veulent hâter le retrait de la coalition soutenue par les Etats-Unis pour préparer le terrain à un régime clérical proche de l’Iran.

L’influence iranienne est évidente dans la région. Dans un bureau de l’administration, un assistant a approché un journaliste de Knight Ridder et, le prenant pour un Iranien, lui a dit: “ne craignez pas de parler persan à Bassora. Nous sommes une branche de l’Iran. »

"Nous pensons que des cours (d’entraînement militaire) se font” en Iran, dit le Lieutenant colonel David Labouchere, commandant des unités britanniques dans la province de Maysan au nord de Bassora. “Des gens s’entraînent de l’autre côté de la frontière puis reviennent.”

Des autorités militaires britanniques soupçonnent que le missile utilisé pour abattre un hélicoptère britannique au-dessus de Bassora le 6 mai, venait d’Iran. Cinq soldats britanniques sont morts.

"Nous avions des informations comme quoi cinq systèmes de missiles sol-air avaient été amenés d’Iran sept jours à peine avant qu’il ne soit abattu”, ajoute le major Rob Yuill, un officier britannique basé à Bassora. 

Selon Yuill, l’information suggérait que les missiles étaient destinés à l’armée du Mahdi, la milice loyale au religieux chi’ite radical Muqtada al-Sadr. Bassem al-Samir, un haut responsable du bureau de Sadr à Bassora, a démenti que son organisation soit impliquée dans l’attaque de l’hélicoptère.

Un autre responsable de Sadr, qui s’est exprimé sous condition d’anonymat par crainte de représailles des sadristes, a dit que l’armée du Mahdi n’était pas responsable, mais que “le missile a été tiré par un groupe entraîné en Iran ».

Des autorités militaires à Bagdad font souvent remarquer le nombre relativement faible d’attaques contre les soldats britanniques dans le sud de l’Irak, comme une preuve que la plupart du pays est stable.

Le mois dernier, cependant, au moins 200 personnes ont été tuées à Bassora, la plupart par des milices, selon un responsable du ministère de la défense sur place.

Une semaine avec les troupes britanniques dans les provinces de Bassora et de Maysan et trois autres jours de reportage dans la ville de Bassora ont clairement montré que le Irakiens sont là à la merci des escadrons de la mort des milices chi’ites et des religieux pro-iraniens qui ont imposé de facto un code encore plus strict de loi islamique.

La ville de  Bassora est largement sous le contrôle de religieux chi’ites qui ont interdit les ventes d’alcool. Une femme sans foulard est une vision rare. Les boutiques de cassettes et de CD de musique ont été remplacées par des points de vente de cassette de Coran. Il est difficile d’acheter des jeux d’échec ou de backgammon ; les jeux ne sont pas appréciés par les religieux radicaux.

Les autorités chi’ites irakiennes reconnaissent qu’elles veulent instaurer un gouvernement régional dans le sud, mais insistent pour dire que les provinces concernées resteraient loyales au gouvernement central de Bagdad. Cependant, un gouvernement chi’ite pro-iranien dans le sud pourrait avoir de graves conséquences en Irak et dans la région du Golfe persique. Et sur la position stratégique des forces militaires américaines dans le pays.

Les forces américaines dépendent de la ligne fragile de ravitaillement qui va du nord du Koweït à Bagdad, en passant par le sud de l’Irak. Un gouvernement régional allié de l’Iran constituerait un risque pour cette ligne de ravitaillement.

Un tel gouvernement fomenterait de l’agitation dans les minorités sunnites et kurdes irakiennes, ce qui pourrait entraîner une partition du pays, un développement qui fait craindre aux analystes une déstabilisation de la région.

Un gouvernement chi’ite régional pourrait aussi grandement renforcer l’influence régionale de l’Iran en lui donnant un partenaire chi’ite stratégique avec de grandes quantités de pétrole dans un Moyen-Orient dominé par des pays dirigés par des sunnites. La population du Koweït voisin compte environ un tiers de chi’ites, et le Bahrain et la province de l’est de l’Arabie Saoudite riche en pétrole sont en majorité chi’ite.

Il y a déjà des signes que les pays voisins sunnites envoient des ressources aux petites factions Sunnites de Bassora pour combattre l’influence iranienne, a affirmé un haut responsable du ministère irakien de la Défense à Bassora. L’autorité parlait sous condition d’anonymat, craignant pour sa vie. 

"L’Arabie saoudite essaie de contrer la montée en puissance de l’Iran à Bassora en donnant de l’argent et des armes à des groupes fanatiques Sunnites qui y opèrent”, a dit le responsable.

Beaucoup à la manière des dirigeants et des milices kurdes  qui ont pris dans le nord le contrôle de la ville pétrolière de Kirkouk, une haute priorité pour leur région, les Chi’ites ont identifié Bassora comme le moteur économique du sud chi’ite de l’Irak. Bassora est proche des plus grands champs pétroliers irakiens, avec des milliards de dollars de réserves assurées, et abrite le seul port de l’Irak.

Alors qu’il existe de nombreux signes comme quoi l’Iran soutient la poussée chi’ite pour le contrôle de Bassorah, on ne sait pas clairement si le gouvernement iranien est formellement impliué, a estimé le général de brigade James Everard, qui commande la brigade britannique de Bassora. 

"Est-ce qu’on voit des armes portent des marques iraniennes ? Oui! ” "Est-ce une initiative personnelle d’Iraniens ou une politique officielle ?  Je ne le sais pas.”

Certains officiers britanniques pensent que l’Iran agit par le biais du gouvernement central à majorité chiite en Irak.

Plus tôt ce mois-ci, le ministère de l’Intérieur irakien a envoyé une lettre ordonnant au chef de la police de Bassora d’engager ou de promouvoir 50 hommes ayant des liens directs avec l’une des plus grandes milices chiites d’Irak, l’Organisation Badr, selon Yuill, qui dit avoir examiné le document.

La lettre était signée par Bayan Jabr, le ministre de l’Intérieur de l’époque, qui a des liens étroits avec Badr. L’Organisation Badr soutenue par l’Iran est l’aile armée du Conseil suprême pour la révolution islamique en Irak, un des plus puissants partis politiques chiites dans le pays.

Yuill a affirmé que Jabr avait à plusieurs occasions dans le passé ordonné au chef de la police de remplir les rangs de la police de recrues Badr. Jabr a été récemment nommé ministre des Finances. Un nouveau ministre de l’Intérieur doit encore être désigné.

« Instinctivement, je sens qu’il (Jabr) essayait de renforcer le pouvoir de l’Iran, probablement avec l’espoir de créer un Etat séparé, presque iranien en Irak », selon Yuill. « Beaucoup de gens avec qui j’ai discuté dans le commandement (de la police irakienne) ayant des liens avec des milices ont des liens avérés avec les services de renseignement iraniens. »

Les hauts responsables britanniques accusent les dirigeants politiques irakiens à Basra de se servir de la police comme escadrons de la mort. Un conseiller politique du ministère de la Défense britannique a déclaré que le gouverneur de la province se servait d’officiers des unités d’investigations criminelles de la police pour assassiner ceux qui s’opposaient à lui.

« Ce sont ses brutes ; ils font respecter sa loi », a affirmé Al Pennycock, conseiller au quartier général de la brigade de l’armée britannique à Basra. « Un certain nombre d’individus dans la police ont joué un rôle dans ces meurtres, assassinats et extorsions. Il est difficile de tous les lier à un chef suprême, mais il est clair que le gouverneur a des liens avec ces éléments. »

Yuill a accusé le gouverneur de payer des membres de l’armée Mahdi et de Badr, les deux principales milices chiites opérant ici, pour mener des assassinats au bénéfice de ses opérations de contrebande de pétrole.

Le gouverneur a refusé la demande d’interview de Knight Ridder.

Les commandants britanniques responsables de la sécurisation du sud de l’Irak affirment qu’ils espèrent que le processus politique va calmer les milices. Le plan des milices pourrait être celui de l’Irish Republican Army, qu’un grand nombre de commandants britanniques ont combattu en Irlande du Nord.

« Pour le moment, nous ne faisons qu’observer la bagarre. Les Irakiens se battent pour le pouvoir et, comme le commandant local (de la coalition menée par les USA), je suis très réticent à intervenir », a déclaré Everard.

Ce dernier a souligné que ses hommes ne laisseraient pas une effusion de sang engloutir la ville, mais il a ajouté qu’il n’avait pas d’autres choix que d’accepter les milices.

« Il me semble que … parfois les habitants de Basra et les milices sont distincts », a dit Everard. « En réalité, les habitants de Basra et les milices sont une seule et même chose. » 

Labouchere suit la même logique en expliquant pourquoi il n’a pas envoyé de troupes pour sévir contre les milices dans la ville Majar al Kabir, au nord de Basra, après que des miliciens suspectés aient tiré 44 salves de mortier et de fusées sur sa base ce mois-ci.

« Je les regarde et je me dis ‘Est-ce que je dois y aller et mettre de l’ordre ?’ et puis je me dis que je vais juste les faire chier et les dégoûter de la démocratie », a dit Labouchere. « Est-ce que j’aurais fait du bien aux habitants d’al Majar ? Probablement pas. Je les aurais juste radicalisés. »

La lutte pour le pouvoir et les troubles qui l’accompagnent s’étendent bien au-delà de Basra.

A Amarah, ville de 400.000 habitants située au nord de Basra, la police est fortement sous contrôle de l’Organisation Badr, selon le général Charlie Howard-Higgins qui travaille avec les forces de sécurité irakiennes dans cette zone.

L’Armée Mahdi est aussi un élément important.

Le gouverneur de la province de Maysan est un ancien commandant de l’Armée Mahdi et le conseil de la province est contrôlé par des hommes politiques loyaux à Sadr, d’après Labouchere, qui commande les unités britanniques dans la province.

« Si vous ne votez pas comme ils le veulent, il y a de grandes chances pour que vous finissiez avec une balle dans la tête ou avec une bombe à votre porte », a déclaré Labouchere. « Ca se passe comme ça. »

Furat al Shara, chef du bureau de Basra du Conseil suprême, a affirmé que la voie vers la paix dans le sud de l’Irak était simple : accepter qu’il y ait un gouvernement islamiste qui ressemblera seulement de loin à la théocratie iranienne mais qui n’aura rien à voir avec la démocratie à l’occidentale.

Les hautes responsables américains et britanniques « doivent comprendre que la majorité des Irakiens croient en l’Islam », a dit al Shara. « Nous ne voulons pas d’un gouvernement laïc. »

Al Shara a ajouté : « Le fait de résister contre cette tendance ne leur attirera que des problèmes ».

A l’extérieur de son bureau, plus d’une douzaine d’hommes sont assis sur des canapés, leurs fusils AK-47 empilés contre le mur à côté d’eux.

Deux jours plus tôt, une patrouille britannique s’était rendue à un poste de police situé dans le sud de Basra afin de persuader la police de cette zone de patrouiller ensemble. La police a refusé.

Devant le poste de police, dans la chaleur de la journée, le caporal-chef Patrick Owens hausse les épaules.

« Il est difficile de savoir qui fait partie des milices ; il est difficile de faire la différence entre elles et la force de police locale », a affirmé Owens. « La seule chose que j’ai pu voir s’améliorer ici, ce sont les armes qu’ils utilisent contre nous. »

 

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