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Comme une autruche, l’ONU se cache la tête dans le sable d’Achraf

Par Tahar Boumedra

The Hill, 6 octobre Les exilés de l’opposition iranienne dans le camp d’Achraf au nord de Bagdad ont été transférés de force au camp Liberty près de l’aéroport de Bagdad courant 2012. En se fondant sur un accord entre le gouvernement irakien, l’ONU, les États-Unis et les représentants des habitants, le gouvernement irakien avait autorisé 100 résidents à rester au camp d’Achraf pour prendre soin des biens laissés tandis que les avocats cherchaient une solution.

Le 1er septembre 2013, les forces de sécurité irakiennes ont attaqué la centaine d’habitants d’Achraf, en ont tué 52 et enlevé 7, et dans ce processus, ont recouru à des explosifs pour faire sauter bâtiments et véhicules. Le lendemain, le premier ministre irakien a annoncé que son gouvernement ne savait rien sur ce qui s’était passé au camp d’Achraf.

Ceux qui connaissent la sécurité installée dans et autour du camp d’Achraf conviendront avec moi qu’il est impossible pour une opération de cette échelle de se dérouler sans l’implication directe des forces de sécurité irakiennes. La Force de Déploiement Rapide (FDR) à Achraf ainsi que la 36ème brigade de la 5ème division d’infanterie mécanisée sont basées à la porte Est (La Porte des Lions) ; la 19ème brigade d’infanterie mécanisée est basée au nord, dans l’ancienne FOB Grizzly ; la 3ème compagnie de la FDR se trouve au nord-ouest. Cette lourde présence militaire constitue le cercle de sécurité externe. Une unité de la force de police de Diyala stationnée à l’intérieur du camp près de la zone d’habitation constitue le cercle de sécurité interne ; en plus des miradors construits tout autour du camp.

Avec cette sécurité mise en place, il est impossible à un groupe d’assaillants d’atteindre Achraf, d’entrer dans le camp, et de passer assez de temps pour prendre en chasse et tuer 52 personnes, d’utiliser des explosifs pour faire sauter des bâtiments et des véhicules, d’enlever six femmes et un homme et de les conduire hors du camp, sans être détectés.

Dans une attaque similaire le 8 avril 2011, j’avais suivi les évènements heure par heure et alerté les autorités irakiennes et la communauté internationale. Alors que l’assaut se poursuivait, j’étais allé le matin du vendredi 8 avril à la résidence du conseiller à la sécurité nationale. Je l’avais exhorté à donner l’ordre d’arrêter le massacre. Il m’avait répondu que rien ne se passait. Lorsque je m’étais rendu pour une mission d’enquête à Achraf, j’avais trouvé 28 corps et un grand nombre de blessés dans le camp et on a confirmé plus tard, 8 autres morts à Baquba et à Bagdad.

Afin de porter l’affaire à l’attention de la communauté internationale, j’avais dû envoyer le rapport d’enquête à Genève de manière irrégulière dans la mesure où je n’avais pas pu l’envoyer via la chaîne habituelle de la MANUI. Cela signifie que si je n’avais pas pris cette initiative, la communauté internationale n’aurait jamais découvert la réalité de ce massacre.

C’est une insulte envers l’intelligence de tout un chacun d’entendre les autorités irakiennes dire « nous ne savons pas qui a attaqué Achraf le 1er septembre ». Il est également absurde d’entendre le porte-parole de la Haut-commissaire de l’ONU pour les Droits de l’Homme, Rupert Coleville, commenter l’enlèvement des sept résidents en disant « s’ils ont effectivement été enlevés ». Cette phrase n’est pas innocente, pour ne pas dire malveillante. Elle jette le doute sur les faits et renforce la déclaration de Maliki tendant à diriger la responsabilité loin de son cabinet. En tant qu’ancien représentant de la Haut-commissaire pour les Droits de l’Homme en Irak, je dirais que la déclaration de Coleville est une déformation des faits, dictée par l’opportunisme politique.

Le silence du monde sur le sort des sept otages et le rôle direct du gouvernement irakien dans le massacre du 1er septembre ne peuvent s’expliquer hors de l’opportunisme politique. Tandis que les politiques peuvent expliquer le silence d’un certain nombre de gouvernements, une telle considération de la part du Bureau de la Haut-commissaire pour les Droits de l’Homme est inacceptable.

Pour sauver l’intégrité de l’ONU concernant les exilés iraniens en Irak, il est impératif d’établir une commission réellement indépendante et impartiale pour mener une investigation sur les meurtres extrajudiciaires et les enlèvements qui se sont déroulés à Achraf. Le HCR doit se prononcer rapidement sur la détermination du statut de réfugié en attente avant cela, nonobstant toute considération politique. Les États membres de l’ancienne Forces Multinationales en Irak doivent se porter volontaires pour assister le HCR en offrant des possibilités de réinstallation.

Boumedra a été le directeur du Bureau des Droits de l’Homme de la Mission d’Assistance des Nations Unies pour l’Irak (MANUI), et le conseiller du Représentant Spécial du Secrétaire Général (RSSG) sur les affaires du camp d’Achraf de 2009 à 2012.