samedi, décembre 3, 2022
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Armes, espions, organismes et culture : l’offensive iranienne en Afghanistan

limesPar Fausta Speranza

Limes (revue italienne de géopolitique), 6 février – Selon Dolat Norouzi du Conseil national de la Résistance iranienne, le mouvement d'opposition iranien à Paris, Téhéran fomente le terrorisme en Afghanistan. La zone de Herat est essentielle pour la distribution des armes et des hommes des services iraniens. Parmi les objectifs s'opposer aux Pachtounes et chasser les forces étrangères.

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Le régime de Téhéran tire plusieurs fils en Afghanistan et jamais comme aujourd'hui il n’a récolté les fruits d'un semis commencé il y a des années. L'Iran a une longue frontière avec l'Afghanistan et beaucoup d'Afghans sont chiites. On peut donc immédiatement penser que Téhéran a les mains dans la pâte de l’'instabilité en Afghanistan. C’est tout autant évident qu’il y a un intérêt accru : plus Washington est embourbé en territoire afghan et moins il a d'occasions d'intervenir de quelque manière que ce soit en Iran.

 Alimenter le terrorisme est donc une mission prioritaire de la République islamique d'Iran. L'Iran est un couloir de passage des hommes et des armes en Afghanistan et au Pakistan, et il demeure actif malgré les efforts des forces internationales. La base d'Ansar, dans le nord de l’Iran, est le point central pour tout. La région d'Herat, en Afghanistan, est un carrefour pour le type d'armes bénies par les mollahs. C’est une région qui se distingue par le manque de sécurité. Dans la région de Herat il y a Valsoali, théâtre le 13 octobre 2008 d'un attentat qui a détruit une école récemment rénovée par une équipe italienne. Parmi les objectifs du terrorisme, il y a celui de faire partir toutes les forces étrangères. (cliquer ici pour agrandir la carte)

Mais la stratégie de l'invasion est venue de loin et ne bouge pas seulement sur la piste du terrorisme. Quand les talibans étaient au pouvoir, de nombreux dissidents sont partis à Téhéran. Ces dissidents sont désormais fonctionnaires du gouvernement de Karzai ou gouverneurs d'administration importantes et sont donc des points fixes à Kaboul pour le régime de Khamenei, des points d'influence politique. Ou ils sont titulaires de holdings liées aux institutions opérant dans les domaines de l'agriculture, la construction et la culture dans plusieurs villes afghanes. Nombre de ces entreprises et institutions servent de couverture effective aux services de renseignements iraniens ou sont des caisses de résonances des valeurs de la Révolution islamique.

Elle en est sûre, la responsable des Affaires étrangères du Conseil national de la Résistance d'Iran, Mme Dolat Nouruzi. C'est ce groupe d'opposition au régime de Téhéran qui est basé à Paris et qui rassemble dans la capitale française, chaque printemps, des dizaines de milliers d'Iraniens de tous les coins du monde pour sa rencontre annuelle. Dolat Nouruzi donne à Limes un exemple précis de société écran : la société Abadgaran, qui a son siège à Herat. Elle confirme ensuite que le réseau des fonctionnaires et des services secrets iraniens est significatif même à Kaboul, Badghes, Bamyan, Dainki. A partir de ces centres, les services iraniens contrôlent presque tout le territoire afghan.

Au niveau culturel, les défenseurs du régime de Téhéran ont trouvé un terrain fertile avec une présence accrue des chi’ites et de personnes parlant persan où la présence du groupe ethno-linguistique des Pachtounes est plus limitée. D’un point de vue culturel, on peut citer parmi les «bases» de la révolution islamique, Kaboul, Mazar Sharif, Kandahar et, Jalal Abad. En ce qui concerne la coexistence entre les chiites et les sunnites, à l’évidence le long bras des mollahs s’active à alimenter et provoquer des tensions, notamment à travers les organes de presse locaux. Ainsi, les armes, l'influence politique et la propagande sont les ingrédients d'une présence iranienne qui est de plus en plus importante en Afghanistan, théâtre d'attaques quotidiennes et sanglantes et le théâtre des pas très difficiles du Président Karzaï dans son nouveau gouvernement.

La Force spéciale Qods, commandée par les mollahs en 1990 comme le bras armé de la révolution islamique pour l'exportation de l'intégrisme, a beaucoup travaillé en Afghanistan, comme d'ailleurs elle a travaillé et travaille en Irak. En général, les affaires afghanes à Téhéran sont suivies de près par Saïd Jalili, Secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale et confident de Khamenei. De plus, au ministère iranien des Affaires étrangères il y a une « division de l'Afghanistan », dirigée par Mohammad Ebrahim Taherian, ancien ambassadeur d'Iran en Afghanistan, qui suit le « dossier » afghan du point de vue politique. Dans la Force Qods, «les affaires afghanes» sont coordonnées par le général des pasdaran Moussavi.

L'Iran est une république islamique basée sur l'institution du «velayat-e-Faqih, « la primauté du juriste consulte chiite », le pouvoir quasi absolu du clergé. Il s'agit du « produit » principal que le régime des mollahs souhaite exporter vers l'Afghanistan, ainsi qu'au Liban, en Irak et ailleurs. Mais, selon les dernières nouvelles en provenance de Téhéran, il semble que l'armée de jeunes qui représentent 70% de plus de 68 millions d'Iraniens travaille maintenant de concert pour remettre en cause cette primauté.

Alors que dans les manifestations après les élections du 12 Juin, le mot d'ordre était de contester Ahmadinejad, dans les dernières vidéos qui entrent clandestinement dans les universités iraniennes, on entend les cris contre l'autorité religieuse de Khamenei, qui détient réellement le pouvoir dans le pays. Les manifestations se poursuivent en dépit des condamnés à mort exécutés en public et des condamnations annoncées. Et le point, c'est qu'il semble que les manifestations mettent la barre un cran au-dessus. Selon Dolat Norouzi, elles sont sur le point de renverser le régime de Téhéran. Cela signifierait un choc considérable pour l'équilibre de beaucoup de pouvoirs au Moyen-Orient.

 

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