mercredi, février 21, 2024
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Jean-Pierre Brard : pensons à demain pour que le peuple iranien qui a versé son sang puisse vivre libre

Le Comité parlementaire pour un Iran démocratique (CPID) a tenu le mardi 7 février une conférence à l’Assemblée nationale pour faire le bilan de cinq mois d’un soulèvement héroïque par le peuple iranien et aborder la question de l’alternative démocratique au régime dictatorial. Plusieurs députés et personnalités sont intervenus à cet événements qui s’est tenu à la salle Colbert du parlement, auquel est intervenu également Maryam Radjavi, présidente-élue du Conseil national de la Résistance iranienne. La modératrice de la réunion était la députée Cécile Rilhac, présidente du CPID. Dans son intervention, l’ancien député Jean-Pierre Brard a déclaré :

« Nous avons une histoire, on ne vient jamais de nulle part. Et cette histoire nous dit qu’il y a des valeurs fondamentales, celles qui sont gravées dans le marbre, ici à l’entrée principale il y a la Déclaration des droits de l’homme de 1789. Allez la relire, elle éclaire toujours les jours d’aujourd’hui et vous retrouverez le moral, l’espérance et savoir qu’il faut toujours regarder devant, quelles que soient les difficultés du moment.

Si les sensibilités sont différentes, les convictions sont communes quand ça touche l’essentiel. Et Philippe Gosselin a cité le général de Gaulle, et Ingrid Betancourt tout à l’heure disait Maryam Radjavi ne s’est jamais rendue. De Gaulle non plus. Et je pense à l’avenir de l’Iran, à l’avenir avec nos amis de l’OMPI, parce que précisément, ce n’est pas un petit vent qui souffle, mais la bourrasque en Iran.

Comme le disait le général de Gaulle, les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts et aujourd’hui, il y en a. Il n’y a pas que l’OMPI qui pense à l’après mollahs, il y a tous ceux qui ont des intérêts qui sont sensibles. Certains sont sensibles au meilleur parfum, d’autres c’est à l’odeur du pétrole. Et donc on prépare l’avenir et l’après, et j’y pense depuis longtemps.

Je vais vous raconter deux anecdotes. La première pour montrer qu’il faut tenir toujours, et la deuxième qu’il faut faire attention. La première, c’est quand le général de Gaulle, à la fin de la guerre, ordonna aux Français libres de prendre les îles françaises de l’Atlantique Nord. Grande colère de Roosevelt qui ordonne à l’armée américaine de déloger les Français libres. Oui, parce que Roosevelt, il pensait à l’après et ce n’était ni avec les Français ni avec le général de Gaulle. C’était avec le gouvernement militaire d’occupation américaine qui avait déjà imprimé les billets pour distribuer aux Français après le débarquement. Mais de Gaulle tint bon et les militaires français de la France libre sont restés dans les îles de l’Atlantique Nord. Il ne faut jamais oublier ça.

Mais au nom de l’État, il y en a qui sont prêts à toutes les compromissions. Je vais vous raconter une autre anecdote, vérifiable tout ça. Dominique de Villepin, brillant intellectuel, était aux affaires et il était en réunion à Téhéran avec ses homologues iraniens. Et là on cause des affaires sérieuses. Du côté iranien, il faut se débarrasser de l’OMPI, et du côté français, il faut faire du business. Et je peux vous le dire aujourd’hui parce que j’avais l’information de sources indiscrètes.

Jean Jaurès, grande figure de cette Maison, disait « ce qui est révolutionnaire, c’est de chercher la vérité et de la dire ». Et j’étais un jour sur un plateau de radio, avec un ancien ambassadeur de France à Téhéran, quand Dominique de Villepin était là-bas pour discuter. Et par ces indiscrétions, je savais qu’il y a un sujet qui préoccupait beaucoup le gouvernement français. C’était faire de la place à Total pour explorer, non pas sortir de la terre de l’eau minérale bien sûr, face à BP qu’il fallait éliminer. Et à la radio, j’ai dit Monsieur l’ambassadeur, pouvez-vous me confirmer qu’au cours de cette rencontre, il fut question de la place de Total au détriment de BP et il ne m’a pas répondu, bien sûr. Mais à la sortie de l’interview, l’ambassadeur m’a dit « Vous avez été très dur avec moi ». J’ai dit Monsieur l’ambassadeur, c’était vrai ou ce n’était pas vrai. Et là, un silence comme il doit exister dans les profondeurs de l’espace, assourdissant. Donc c’était une confession déjà.

Tout ça pour vous dire qu’ils pensent à l’après tous ces gens-là, tous ceux qui ne pensent qu’aux sous, pas au bien de l’humanité, pas au droit d’être heureux, pas au droit d’apprendre, pas au droit de se soigner, mais accumuler, accumuler, accumuler. Eh bien ils sont déjà à l’œuvre pour essayer de préparer les solutions de demain, sans le peuple iranien, sans tenir compte des sacrifices consentis par ce peuple qui a arrosé de son sang la terre perse qui donne droit à chacun de ceux qui vivent sur ce sol d’être libre demain.

Eh bien oui, il y en a qui font du vélo parmi vous ? Alors vous savez, quand on fait du vélo, il faut gonfler les chambres à air, sinon vous sentez les chaos, c’est terrible. Mais quand la chambrée est un peu vieille, à ce moment-là il peut y avoir des crevaisons. Et quand votre vélo est crevé, c’est très embêtant, surtout si vous êtes dans une côte. Et qu’est-ce que vous faites ? Vous essayez de la réparer et avec quoi répare-t-on les trous dans une chambre à air ? Avec une pièce de caoutchouc qu’on appelle une rustine. Eh bien il y en a qui ont trouvé des rustines, mais ils n’ont pas bien étudié l’affaire parce que vous ne pouvez pas faire rouler le vélo seulement avec des rustines.

Alors là, ils ont trouvé une rustine de luxe, une rustine royale. Le fils du Chah. Ce n’est pas une très bonne idée, vous savez ! Nous, Français, on sait que les restaurations, ça n’a jamais été un grand succès. Demandez à Charles X, puis après à Louis-Philippe, puis après à Napoléon que Victor Hugo amoureusement appelait le petit. Tout ça, ils ont fini dans ce que André Chassaigne appelait les poubelles de l’histoire. Mais le chah, même si c’est le fils, même si c’est une poubelle de luxe, ça serait quand même une poubelle.

Mais nous, nous avons le devoir vraiment d’être solidaire du peuple iranien jusqu’au bout. Parce que vous savez, souvent, ce ne sont pas ceux qui font l’histoire qui en profitent, mais ce sont ceux qui l’écrivent, c’est à dire le vainqueur, comme les Américains dont je parlais tout à l’heure, après coup. Et ils l’écrivent évidemment. Qui a le beau rôle ? Ce sont ceux qui ont volé le résultat du combat. Et je pense que notre devoir à nous, c’est de soutenir les Iraniens dans cette phase que je pense finale de la lutte. Finale ça ne veut pas dire courte, mais où la victoire est au bout du combat.

Mais aussi il faut aider le peuple iranien, et à l’étranger les amitiés extérieures de l’Iran sont très importantes. Laissons le peuple iranien décider librement de son avenir en empêchant nos gouvernants de mettre les doigts dans le pot de confiture parce que les intérêts sont forts.

Pensons à aujourd’hui, soyons solidaire, mais pensons à demain pour que le peuple qui a versé son sang puisse vivre libre en levant la tête et en élevant ses enfants d’après leurs convictions. La liberté sur tous les plans, la liberté de croire ou de ne pas croire. Une femme égale à un homme. Le droit de pouvoir vivre de son travail, d’être éduqué et d’être soigné. Si on participe à cela, nous aurons fait ce que nous devions faire. Merci.