mercredi, février 21, 2024
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Mgr Gaillot : Les Moudjahidine du peuple d’Iran pleurent la perte d’un grand ami

Mgr Gaillot : Les Moudjahidine du peuple d’Iran pleurent la perte d’un grand ami

« Malgré les difficultés, j’ai bon espoir que la Résistance gagne un jour même si moi je ne le vois pas, il y en a qui le verront un jour » avait confié Mgr Jacques Gaillot aux militants de la résistance iranienne. L’annonce de son décès, le 12 avril à la suite d’une maladie fulgurante, a été reçu avec une grande tristesse par les Iraniens et les Moudjahidine du Peuple d’Iran qui voyaient en lui un grand ami de la cause de la liberté et un soutien précieux dans les moments difficiles du combat contre le fascisme religieux.

Dans son message de condoléance à ses proches, à la Résistance iranienne ainsi qu’à tous ses amis, Maryam Radjavi, la Présidente élue du Conseil National de la Résistance Iranienne (CNRI), a rendu hommage à « cet homme de Dieu et de justice, défenseur des opprimés » et a estimé que « Jacques Gaillot a été comme un frère plein d’affection pour les résistants iraniens, comme le fut l’Abbé Pierre. Après le décès de l’Abbé Pierre, il avait promis d’avoir le même rôle d’ange gardien des résistants iraniens. »

Compagnon de longue date de la résistance iranienne, Mgr Gaillot s’est engagé à ses côtés pour la première fois en 1986 lorsque le mouvement était victime d’un marchandage honteux entre Paris et Téhéran, conduisant à une grève de la faim pour obtenir le retour de militants expulsés au Gabon. Une campagne de solidarité avait contraint le gouvernement français de revenir sur sa décision. Aux côtés de feu Danielle Mitterrand, Mgr Gaillot avait insisté sur les droits des réfugiés politiques et les valeurs de la France terre d’asile et berceau des droits de l’homme.

En 2003, de nouveau visé par une cabale fomentée par le régime iranien en collaboration avec le gouvernement français, plus de 160 membres et sympathisants de l’Organisation des Moudjahidine du Peuple d’Iran (OMPI) étaient arrêtés le 17 juin à Auvers-sur-Oise et taxés de terroristes. Encore une fois, aux côtés de Danielle Mitterrand et nombreux autres défenseurs des droits de l’homme, l’évêque de Parténia s’étaient portés aux chevets des militants iraniens. Le gouvernement français avait menacé d’expulser les résistants iraniens et leur dirigeante Maryam Radjavi vers l’Iran, qui avait demandé leur extradition en échange de contrats pétroliers signés quelques semaines plus tôt à Téhéran.

Iran - 50ième anniversaire de la fondation de l'OMPI - Jacques Gaillot

Une grande émotion a alors gagné la société française contre cette injustice. Une campagne mondiale de solidarité, une grève de la faim de centaines de personnes et plusieurs immolations contre les extraditions, ont mis en évidence la gravité de la situation et la grande forfaiture dont s’était rendu coupable le gouvernement Sarkozy. Ce dernier a été obligé de reculer, toutes les personnes arrêtées ont été libérées et des tribunaux successifs ont blanchit les résistants iraniens de toutes les charges retenues contre eux et ont reconnu la légitimé de leur « résistance à la tyrannie ».

Mgr Gaillot s’était rendu à Auvers-sur-Oise le 12 juillet 2003 pour accueillir Maryam Radjavi, après plus de quarante jours d’emprisonnement, et pour transmettre son message de justice et d’engagement auprès des militants de la liberté et de l’égalité en Iran.

Durant toutes les années qui ont suivi cette épisode éprouvante et douloureuse pour la Résistance iranienne, l’évêque de Parténia a continué de l’accompagner sur les divers fronts de son combat pour le renversement de la dictature des mollahs et l’instauration de la démocratie en Iran.

Lors d’une rencontre à Auvers-sur-Oise avec Maryam Radjavi, la Présidente élue du Conseil National de la Résistance Iranienne (CNRI), le 5 mai 2017, Mgr Jacques Gaillot a déclaré au sujet de la menace de l’extrémisme sous couvert de la religion et sur le message authentique des religions monothéistes pour la paix et la fraternité: « L’islam est une religion de fraternité et vous représentez ce visage authentique d’un islam tolèrent et démocratique qui n’est pas celui de ceux qui propagent l’extrémisme sous le couvert de l’islam. Je pense qu’un Iran libre, débarrassé des griffes des fondamentalistes religieux, jouera un rôle déterminent pour mettre fin à l’extrémisme religieux et pour propager la paix et la fraternité dans cette région et dans le monde… L’autre est un frère. »

Se joignant à la campagne de la Résistance iranienne pour obtenir justice pour les 30 000 prisonniers politiques iraniens massacrés en 1988 sur une fatwa de Khomeiny, l’évêque d’Evreux s’est indigné : « Ce massacre sans pitié de ces milliers de jeunes prisonniers politiques c’est un crime contre l’humanité qui fera date dans l’histoire. Une telle tragédie ne peut pas rester cachée, elle ne peut pas non plus rester impunie. Et comment oublier tous ces résistants iraniens qui ont donné leur vie ? Ils ont eu un courage d’aller jusqu’au bout.

« On n’a pas pu prendre leur dignité, on n’a pas pu prendre leur vie, ils l’ont donné eux-mêmes. Parce qu’ils aimaient leur peuple et ils étaient épris de liberté et de démocratie. Ceux qui ont pris la responsabilité de faire mourir tant de martyrs, ainsi que les résistants d’Achraf, avait sans doute oublié que les martyrs sont des semences de vie, des semences de révolte, ils avaient oublié que leur mort ne serait pas vaine.

« Aujourd’hui nous recevons du courage, de la lumière de ces martyrs et nous continuons leur lutte. Nos yeux voient ce qu’ils n’ont pas pu voir : à savoir un peuple en ce moment se soulève, dont une jeune génération, il se soulève pour renverser un régime qui prend peur. On n’arrête pas le destin d’un peuple. Les martyrs ont semé dans les larmes, et bien nous moissonnerons dans la joie ! » (Intervention, le 25 août 2018, à une conférence internationale à Paris)

A l’adresse des militants des Moudjahidine du peuple, basés à Achraf 3 en Albanie, Mgr Gaillot a déclaré : « Nos amis de Tirana, en Albanie ont connu la terrible répression à Achraf dont l’anniversaire sera demain. Et ils ont l’expérience de ce que c’est qu’un massacre et une répression. C’est pourquoi ils ont quelques choses à dire et ils sont pour nous toujours sources d’inspiration. Ce qu’ils ont vécu les aident dans ce qu’il faut faire aujourd’hui. Et je pense que nos amis de Tirana, qui continuent de résister et de lutter pour que la justice se fasse, pensent que le moment arrivera et que si les bourreaux sont condamnés alors c’est le régime des mollahs qui sera condamné. Et si le régime des mollahs est condamné alors c’est qu’un changement de régime est possible. »

A l’occasion de la 50ième anniversaire de la fondation de l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran, Mgr Gaillot, a déclaré dans un message vidéo : « Mes amis, pour ce bel anniversaire des noces d’or de la Résistance iranienne, j’ai un message qui me tient à cœur: Aller jusqu’au bout. Vous savez quand on rentre en résistance c’est le fait de durer qui est impressionnant. Quand au bout de 50 ans, je rencontre des Iraniens qui résistent toujours, ça c’est formidable !

« Il y a un proverbe africain qui dit : seul on va plus vite, mais ensemble on va plus loin. On a besoin d’être ensemble pour aller plus loin, jusqu’au bout. Quand je regarde les débuts de la Résistance iranienne qui ont été dramatiques avec tous ces martyrs dont le sang a été versé. Ce sang des martyrs est une semence des résistants enfouie en terre, qui a grandi et est devenue un bel arbre ou viennent se loger les oiseaux du ciel. Quand il y a la grande réunion qui se fait à Villepinte vous êtes des milliers et des milliers, cinquante milles et plus encore. Cette petite plante a grandi et s’est développée et ça continuera, car il y a des gens qui donnent leur vie.

« Ils ne sont pas là pour eux, ils sont là pour les autres, pour la Résistance et vous avez la chance d’avoir la présidente Mme Radjavi qui se donne toute entière pour cette cause au détriment de sa vie, sa santé, de tout. Quand on parle avec elle on sent qu’il y a un feu qui brule en elle et, personne ne pourra l’éteindre. Malgré les difficultés, j’ai bon espoir que la Résistance gagne un jour même si moi je ne le vois pas, il y en a qui le verront un jour.

« Quand je vois tout ce qui s’est passé aux camps d’Achraf et de Liberty, ils nous donnent une belle leçon de courage dans la souffrance. Ce sont les grands témoins de la résistance ; ils mettent leur santé, leur vie en jeu… Je vous dis que l’avenir est ouvert et les obstacles n’arrêteront pas ces avancées. L’homme est fait pour la liberté et la démocratie. Les dictatures ne gagneront pas même si elles sont solides et organisées, elles tomberont les unes après les autres. Le jour ou la démocratie les remplacera viendra mais ça ne sera pas facile. D’autres parmi nous verront se lever ce jour de la victoire pour un Iran libre et démocratique. »